Dix pieds sur Terre

28 juillet 2018

Trois ans, petit Man !

Et voilà, il a eu trois ans le p'tit loupiot, il s'éloigne du bébé et devient un vrai petit garçon. Parfois, les gens le confondent, sur les photos, avec son grand frère, moi je n'arrive toujours pas à voir la ressemblance, surtout quand je les ai sous les yeux tout le temps.

Et comme je le trouve différent ce petit Manech ! Comme s'il s'était mis en tête de conjurer son rang dans la fratrie et de briser la loi des séries, sa spécialité c'est de tracer son petit chemin et de ne pas faire comme ses grandes soeurs et grand frère.
Comme par exemple de ne commencer à parler en français qu'une fois inscrit dans une école anglophone, de sucer son pouce encore à trois ans et surtout de n'être capable de le sucer qu'en présence d'une peluche clairement identifiée comme LE doudou, l'unique, l'irremplaçable (et si on le perd ... il ne suce plus son pouce !).

DSC04650

Comme aussi, à mon plus grand désespoir, de ne montrer absolument aucun intérêt à la continence à trois ans passés, alors que ses soeurs et frère ont religieusement suivi la même règle (tacite et unilatéralement décidée): à deux ans et demie pétantes, plus de couches ni-le-jour-ni-la-nuit. En mars dernier, il s'est joué de nous en tombant la couche, puis en décidant que, finalement, tout compte fait ... non. Et retour à la case départ, sans complexe. "Ça me dérange quand je joue", me dit-il quand je lui demande pourquoi il ne pas de son fait aux toilettes. Il a compris le levier potentiel de ce truc-là, et moi, je ne rentre pas dans ce jeu. Alors j'attends. 

DSC04733

Observer Manech évoluer dans sa fratrie est un délice: mi-ange, mi-démon, les périodes de vache grasse sont du passé. Il ne mène plus son monde à la baguette, mais c'est toujours celui pour qui les autres sont prêts à faire un petit effort (et avec le sourire !). De plus en plus cependant, il "pousse le bouchon un peu trop loin" et ça ne passe plus. Les relations se construisent, dans l'harmonie et la complicité, ou bien dans les conflits et les jeux de pouvoir selon les humeurs des uns et des autres. Quelle richesse.

DSC04691

En France cet été, il a fêté cet anniversaire oh-tant attendu, une fois à Crozon (29) avec toute sa famille maternelle et une autre fois à Estaing (65) avec presque toute sa famille paternelle. L'anniversaire de trois ans, c'est quand on savoure pour la première fois être le roi de la fête, c'est l'anticipation des cadeaux et des bougies, et le début de l'apprentissage d'une cruelle lucidité: les anniversaires, aussi délicieux qu'ils soient, ne viennent pas sur commande. Il ne suffit pas de les souhaiter très fort. Alors je l'ai laissé savourer soigneusement ses deux fêtes et les prérogatives associées.

DSC04402

DSC04878

Manech, depuis quelques mois, parle -enfin ! Et il parle très bien ! Enfin, je ne sais pas s'il parle très bien "pour son âge". Son français s'est évidemment développé pendant notre séjour, et c'est agréable d'avoir des petites conversations avec lui. En fait, c'est une vraie pipelette, il est très fort pour les bons mots. Son dernier en date, encore un petit peu sous la ceinture: quand j'indique à son grand frère que sa braguette est ouverte. Manech, qui a les oreilles qui traînent, s'exclame alors: "Braguette magique" ?

À notre retour de France, mon amie-voisine me dit "Il ne fait plus si petit bébé". Et quand je le vois jouer à s'inventer des voyages en avion avec son frère, je vois aussi que la différence s'amoindrit. Il hésite encore entre être grand ou petit, trois ans, c'est l'âge où il balance ...

Posté par Annelleme à 02:14 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

18 juillet 2018

7 ans de Jo

Il a fêté trois fois son anniversaire cette année, mais aucun le 18 juillet, le jour de Mandela, son étoile bienveillante. Une première fois, chez nous, avec ses copains (au Bouuuuunce !), et puis encore deux autres fois chez les grand-parents en France. Il a tout soigneusement savouré, évidemment. 

DSC04189 (another copy)

À 7 ans, Joseph sort un peu de sa coquille, lentement, il a besoin de temps pour déplier, déployer ses ailes. Joseph, c'est mon "pas câblé pareil", il a son fonctionnement propre qui demande de la souplesse, de la patience et beaucoup d'empathie.

Cette année pour lui (et pour ses parents) a été intense et riche en enseignements. S'il avait été scolarisé en système français, il aurait été en CP, mais chez nous, c'est la Year 2, la deuxième année de primaire. Une année où l'on a compris beaucoup de choses, de son fonctionnement, de ses points forts et de ses faiblesses. Sa septième année, c'est celle de l'énoncé, de la mise en mot des intuitions, des mains tendues et de l'accompagnement. En quelque mois, comprendre que Joseph a besoin d'un autre genre d'aide, d'écoute, de patience, de voir avec lui les choses sous un autre angle.

DSC03554

DSC04577

Joseph grandit, donc, par petit bout, doucement. Joseph a besoin de prendre son temps, de prendre ses appuis, de réfléchir en silence. Joseph pense beaucoup mais pas tout haut, il turbine en silence, obstiné, têtu. Depuis peu pourtant, j'entends des mots nouveaux, je perçois un peu plus d'aisance, fragile, fugace, qui ne tient qu'au fil de l'instant, de son énergie et des efforts qu'il produit. Il a beaucoup de mots enfermés dans sa tête, comme un véhicule trop puissant pour lui, une machine dont il n'a pas encore vraiment la maîtrise, comment ne pas imaginer que toutes ces "envies de" non-dites ne le submergent pas un peu parfois ? 

DSC04589

Joseph est "haut en énergie", il demande beaucoup et donne beaucoup. Joseph a tout le temps faim, faim de tout, c'est impétueux (et encore et toujours les fruits et la laitue !). Joseph n'est jamais avare en efforts, il donne parfois au delà de que je crois être possible, et puis lâche tout et s'écroule de fatigue. Parfois aussi sa peur l'arrête, il croit qu'il n'est pas capable et alors il faut respecter ça et il y aller en douceur.

DSC03602

Joseph (mais comme tant d'enfants, finalement), a besoin d'être dehors, il a besoin de nature et de liberté, de faire le plein d'impressions sensorielles, avant, un jour de rentrer dans son cadre. Les escapades françaises de l'été le comblent, alors: pelouses des jardins, sentiers, plages, forêts, arbres, fruits sauvages ou plantés lui font tourner la tête. Chaque occasion de sortir en vélo, même pour aller au bout de la rue est à prendre, il était toujours partant !

DSC04948

Il a donc 7 ans, pas encore vraiment raisonnable, mais il a plein de bonnes raisons de ne pas l'être tout de suite !

Posté par Annelleme à 23:02 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
17 juillet 2018

La Bretagne de cet été

bleue, chaude, verte, jaune, mouillée, sableuse,

joyeuse, lumineuse, joueuse, liseuse,

infatiguée, incessante, indolente

DSC04366

20180709_185334

DSC04457

DSC04442

20180709_185643

DSC04484

13-07-18 - Sortie peche Concarneau

DSC04473

DSC04446

D'année en année, les habitudes s'installent, la fratrie "reconnaît" mieux les endroits, les jeux, les gens. Les framboises du jardin, la cabane en bois jaune, leurs plages préférées. Cette année, il a fait tellement beau et chaud (et inversement) que la sortie plage était presque quotidienne, avec baignades obligatoires (ce qui n'était pas toujours dans mes habitudes d'enfance) ... Il y a aussi le parc d'à côté (maintenant accessible en vélo), le dîner devenu "traditionnel" à la crêperie du bois, la visite d'Océanopolis. Le séjour en Bretagne, c'est un peu comme un loto, dont ils veulent cocher toutes les cases. Pas de lassitude, pour le moment, mais ça viendra bien un jour, je n'en doute pas. Cette année, ils ont essayé une partie du séjour sans leurs parents, une première avec le vol en UM, qui ne leur a fait ni chaud ni froid (encore heureux, quand on sait combien de kilomètres en avion ils ont déjà au compteur). Ils ont aussi essayé un petit baptême de pêche en mer à Concarneau, avec quelques belles prises quoique dans une ambiance timide. Ils ont repris leurs activités interrompues un an plus tôt et aussi essayé de nouveaux jeux, glanés avec soin par Papi et Mami. Je crois ne pas trop m'avancer en affirmant que c'était un peu du genre "vacances de rêve en Bretagne". 

Posté par Annelleme à 22:03 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , ,
10 juillet 2018

Pointe Saint Matthieu au couchant

C'était un soir de match de foot ... qu'on n'a pas vu !

Parce qu'on avait rendez-vous pour écouter des histoires, au pied d'une abbaye en ruines, dans la lumière du soleil couchant. Heureusement le vent frais s'est un peu calmé, le rythme du conteur s'est fluidifié. Le silence est tombé et le temps s'est arrêté. 

20180710_204028

20180710_204043

En marchant autour des murs sans toit de l'abbaye, du phare et sur le bord des falaises, les enfants se sont petit à petit accrochés aux histoires d'Ankou, de seigneurs du coin et de saints bretons qui font des aller-retour entre la terre, l'enfer et le paradis.

IMG-20180710-WA0034

IMG-20180710-WA0037

Manech, évidemment, n'a rien écouté. Il a couru sur les bords des sentiers, il a collecté les cailloux, a gratté la terre, la soirée était un peu longue pour lui, même quand le gars a laissé les petits enfants essayer son chapeau rond (c'était un Breton, un vrai).

Alors je suis rentrée avec le minot et le soleil couchant dans le rétroviseur.

IMG-20180710-WA0045

Posté par Annelleme à 22:26 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
03 juillet 2018

Haliotika, Cité de la pêche au Guilvinec (Bretagne)

C'est l'histoire d'une sortie-pêche en Bretagne, planifiée de longue date et plusieurs fois re-planifiée. Ce jour-là, sur la route de Concarneau, il faisait tellement mauvais (la seule fois de notre été !) que nous nous sommes arrêtés au Guilvinec pour une petite visite à Haliotika, la Cité de la pêche, une sorte de musée/expo sur la pratique de la pêche du port du Guilvinec. Les enfants, qui ne sont pas des grands habitués de la pêche et des poissons, étaient un peu réticents au début. Finalement, notre guide qui maîtrisait son sujet sur les grandes longueurs (avec des talents de conteuse, ce qui ne gâche rien) nous a entraîné dans ses histoires d'hommes et de bateaux, de vies passées sur la mer, d'espèces du fond, de pleine eau, de chaluts et de criées, et les enfants ont levé les yeux et ont bu ses paroles. 

DSC04313

DSC04316


DSC04337

Il y avait aussi une reproduction de l'intérieur d'une cabine de chalutier avec tous les appareils de navigation et de pêche, une mise en scène des espèces que l'on ramasse avec le chalut, et quelques petites choses rigolotes à toucher (à l'aveugle). La petite partie "Expo" était très bien mise en valeur et n'a pas cessé de susciter intérêt et questions.

DSC04334

DSC04324

DSC04322

Dans la salle de la criée, Jo a commencé par se boucher le nez, puis on a tous rigolé à guetter la mouette chapardeuse qui voletait à droite à gauche pour tenter de chiper son quatre-heure. Notre guide a alors pioché quelques specimens dans les bacs pour une démonstration pleine de vie (sauf pour ces pauvres bestioles, condamnées à l'assiette via la poêle). Les enfants ont bien évidemment retenu l'utilisation de certaines parties de la baudroie pour la confection de bonbons (et l'argumentaire "santé" qui va avec), mais aussi menues infos sur la latéralisation des langoustines et la bouche projetable du Saint Pierre (qui a complètement bluffé Joseph, il en parle encore !).

DSC04346

DSC04353

Cette visite un peu improvisée a donc été un vrai succès pour tout le monde: les enfants (et les grandes) ont appris des tas de choses, bien rigolé au passage, et puis il y avait une dégustation de langoustines, la petite reine du Guilvinec, à la fin, alors pensez-donc ...

Posté par Annelleme à 04:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

24 juin 2018

Chacun son sport

Allez, j'ai tergiversé avant de le publier celui-là, mais j'ose espérer qu'en l'absence de référencement de ce blog, ce bon mot ingénu mais borderline n'attirera pas de mauvais esprits ...

En marchant vers son école, Manech et moi passons tous les matins devant des courts de tennis. Comme ce sont les vacances scolaires locales, nombre d'enfants s'y pressent pour participer à des camps de vacances, ce qui ne manque pas d'attirer son attention. Ils ont tous des raquettes en main et, évidemment, MiniMan s'encquiert de cet équipement. Je lui explique donc la chose, le nom du sport, le principe. Dans un grand élan d'enthousiasme et de candeur combinés, il s'écrie alors: "Moi aussi je veux jouer au pénis !"

(de mon côté j'hésite entre "Tu f'ras c'que tu voudras de ton corps, mon enfant" et "Si tu pouvais commencer par pisser dans les toilettes, ce serait un bon début").

Illustrer un bon mot pareil sans tomber dans vous-savez-quoi est une prouesse. Aussi, je botte en touche.

similiar-cute-random-things-to-draw-keywords-the-gallery-for-cute-random-things-to-draw

Posté par Annelleme à 16:31 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,
16 juin 2018

Le bain du vendredi soir

Mon bain du vendredi soir commence quand je m'échappe de la maison familiale, et que l'air s'adoucit. C'est vraiment dommage d'ailleurs que toutes les autres activités quotidiennes se concentrent aux pires heures de Singapour: n'importe quand entre 9h et 17 ou 18h. Les heures assommantes, abrutissantes, étouffantes. Avant ou après, il peut (parfois) faire doux voire frais, l'air change, se prépare à la nuit. Il est fort dommageable aussi que mon heure préférée ici soit celle où tout m'appelle à la maison: la fin des jeux des enfants, les menus rangements, le début du rappel de la marmaille, le repas, et la gestion des immanquables conflits  disputes différents inhérents à la vie en communauté ... Peut-être finalement que tout ceci est la raison pour laquelle j'aime me retrouver à marcher librement vers une activité rien qu'à moi !

Et le vendredi vers six heures du soir, je marche vers Cairnhill, pour me rendre à un "Thai cooking class", dans l'entre-sol d'une maison de quartier presque neuve, dans une cuisine de pro, vaste et très bien équipée (avec le miroir géant incliné au dessous du plan de travail ! le truc de malade qui m'impressionne à chaque fois). Quand j'y arrive, il fait plus sombre déjà, les gens marchent d'un pas pressé vers chez eux ou alors vers le food court en face, les odeurs de nourriture s'échappent dans l'air tiède et les bruits de la ville déjà s'étouffent. 

Dans la salle, la lumière est vive et les éclats de voix aussi. Immédiatement, je plonge dans un bain.

Un bain doux d'odeurs et de saveurs, parce que déjà les épices embaument, les marinades dégagent leur parfum piquant, l'huile est chaude dans le wok. Et aussi (surtout) un bain de voix, de langues, d'accents.

Parce que la laoshi, elle est Thai, mais quand elle ouvre la bouche, c'est un salad bowl de sonorités chaudes et goûteuses, rieuses, chantantes qui en sortent. De l'anglais d'ici (Singlish), du mandarin bien d'ici aussi et quand elle croise une compatriote, c'est Sawatdii Ka(aaaaahhh) ! Et tout autour, c'est la même chose: on commence en anglais, pour la seule petite Caucasienne du coin, et imperceptiblement, on glisse vers du Singlish, des petites choses chinoises se glissent ça et là dans les questions ou les réponses, jusqu'à devenir de plus en plus difficilement compréhensible pour moi. Mais après quelques leçons, elles doivent croire que je comprends tout parce que je n'arrive pas à me défaire de mon sourire un peu béat et pour rien au monde je ne voudrais leur demander de "speak english please". Dans ce cooking class, je me nourris autant des parfums du pandan, du lait de coco, de la citronnelle ou de la sauce de poisson que des mots qui m'enveloppent, des intonations des langues mélangées, de la désinvolture avec laquelle les mots d'ici ou de là-bas s'inflitrent dans les bavardages, des exclamations gouailleuses, de l'accent traînant un peu sur la fin. Toutes les semaines je me dis "Ah, comme ça me donne envie de reprendre les cours de chinois !".

DSC03913

En arrivant, je récupère mon polycopié avec le détail des recettes du jour, je sors mon stylo et je suis comme une étudiante, j'adore. Et je regarde ces ménagères de moins de 50 ans qui s'installent sur les chaises ou se pressent autour de la laoshi. Parfois au début, l'une ou l'autre se penchait vers moi et s'étonnait à demi-mots: "Que vient faire une Caucasienne ici ?". Elle voulait assouvir sa curiosité: "Et tu travailles ? Et tu as des enfants ? Et ils vont à quelle école? Et tu habites où ?". L'interrogatoire en règle, un classique dont il n'est pas judicieux de s'offusquer (surtout qu'il s'agit d'une version soft par rapport à la Chine: on ne me demande pas combien je gagne!). Je ne sais pas trop dans quelle mesure elles trouvent normal que je pige une partie de leur charabia Singlish ou que je copie leur accent...

DSC03962

Quand le cours commence, il y a celles qui allument direct leurs smartphones et filment l'intégralité du truc, suivent chaque mouvement de laoshi, en commentant à voix haute les moindres détails. Celles qui sont assises ne voient plus rien, protestent vaguement et, de guerre lasse, finissent par s'agglutiner pareillement autour de la cuisinière, les chaises sont abandonnées. Les smartphones sont allumés tout du long, laoshi sait quand arrêter de touiller pour permettre à tout le monde de prendre son petit cliché. Imperturbable, elle ne s'énerve jamais quand une élève repose la question à laquelle elle vient de répondre six fois déjà, quelques voix s'élèvent parfois pour réprimander la distraite qui n'écoutait pas, à coup de "tsk tsk ayooooh" ... Il y a les sérieuses, les mascottes, les pas-douées, celles qui ne comprennent rien du premier coup, celles qui filment tout mais ne cuisinent jamais rien (ça se voit !), celles qui n'en pensent pas moins. Moi je suis l'alien silencieuse du coin, qui ne dit rien mais écoute tout, qui tend l'oreille, qui attrape des mots, des expressions au vol. Ma chance du début a été de commencer par le cours où on faisait des petites papillotes de poulet empaquetées dans des feuilles de pandan: le résultat est joli mais tresser le petit paquet demande une certaine coordination "visuo-motrice" (en 3D et tout), malheureusement déficiente chez un certain nombre de mes collègues. D'emblée, je me suis taillée ma petite tranche de respect, et compensé mon (supposé) handicap ethnico-linguistique. En enroulant sans hésitation mon pandan chicken, je ne n'étais plus "la p'tite jeune Ang Moh qui n'y connait rien en bouffe asiat". Ouf, ça c'est fait.

DSC03899

On ne cuisine pas nous-même dans ce "cours", on assiste à la démo, on pose toutes les questions qu'on veut, on goûte. À l'asiatique, tout est déjà coupé par la auntie, l'ombre fidèle de la laoshi (celle qui fait tout le boulot en arrière-plan avant qu'on arrive). Ya plus qu'à "cuisiner", à laisser les saveurs nous envahir, ya plus qu'à ouvrir ses papilles et à sentir et goûter, pour savoir ce qui est bon. Plus que le suivi pas-à-pas de la recette, j'ai besoin de me laisser imprégner des goûts, pour savoir le reproduire plus tard, trouver le bon équilibre, sentir ce qui manque ou ce qui écrase.

08-06-18 - Thai cooking

Et puis après, les choses suivent leur cours, il faut mettre sa petite boîte sur le plan de travail pour que auntie répartisse le contenu de l'énorme wok dans les boîtes à ramener à la maison. Mais avant, il y a le petit rituel de la "mise en place" pour la photo: laoshi nous fait une petite assiette artistiquement arrangée, avec un petit set de table en bambou, des onions ou piments sculptés pour la déco, et tout le monde fait la queue pour prendre une jolie photo, instantanément publiée et partagée online, évidemment. Le contraste avec le dur labeur de auntie qui, pendant le shooting food porn, compte chaque demi-crevette de la salade de mangue (pour bien les répartir laborieusement dans chacun de la vingtaine de Tupperware) est difficile à ignorer ... Bref.

DSC04120

Quand les boîtes sont prêtes, c'est donc l'heure de ranger ses notes, remercier laoshi et auntie et rentrer à la maison pour goûter tout ça. Certaines ne peuvent pas attendre et mangent sur place (pour mon premier cours, j'avais oublié de manger avant: le ventre vide, j'ai cru défaillir à manipuler tous ces délices pendant deux heures sans pouvoir y goûter de suite !). Certains jours, ma voisine (Indienne et fine cuisinière) se joint à moi, je alors glisse dans mon sac quelques couverts et c'est la cerise sur le gâteau (le lait de coco sur le mango-sticky rice !): on traverse la rue et on se pose au Newton food court, juste en face. On se choisit une table pas trop poisseuse, on se commande un plat de riz blanc ou de kailan en plus, de quoi boire et on ouvre nos boîtes dans la lumière moche des néons et la chaleur de la nuit de Singapour. 

DSC03974

La leçon de cuisine Thai se transforme alors en une soirée-copine, on goûte, on s'extasie sur les plats fraîchement préparés, on compare les saveurs, on juge, on extrapole. Les passants autour nous zieutent parfois: une Caucasienne et sa copine Indienne exaltées devant leurs boîtes en plastique, à bâtons rompus, seules au monde (sans enfants surtout !). La soirée s'avance trop vite, il va falloir rentrer, le ventre plein, les sens rassasiés. C'est la fin de mon vendredi soir, celui où je prends un bain de bonnes choses, de goûts et d'accents, d'épices et de mots. Je ne comprends pas encore très bien ce qui m'attire là-bas, pourquoi je m'y sens si "là où je devrais être", ni à quoi ça va "me servir dans la vie". C'est juste comme ça.

Posté par Annelleme à 14:48 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
15 juin 2018

{this moment}

{this moment} ~ A Friday ritual. A single photo - no words - capturing a moment from the week. A simple, special, extraordinary moment. A moment I want to pause, savor and remember. 

DSC04171

Posté par Annelleme à 10:46 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
13 juin 2018

Mélanges

Ce matin, on fait de la cuisine (demain, c'est la fête !)... et alors j'ai toujours un enfant dans les pattes qui me dit "Mamannnn, je peux t'aideeeeer ?"

Salomé cherche donc la recette du gateau à la banane, elle épluche les livres de cuisine, et puis elle en sort un:

"C'est celui-ci je crois, non ? Ça dit "Kouitchise, cakes and compagny" dessus, regarde !"

Je me retourne ... elle me colle celui-ci sous le nez ...

 

5182PKBJPNL

Voilà ce que ça donne de mélanger les langues, ils ne savent plus ce qu'ils lisent !

 

Posté par Annelleme à 11:43 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
08 juin 2018

{this moment}

{this moment} ~ A Friday ritual. A single photo - no words - capturing a moment from the week. A simple, special, extraordinary moment. A moment I want to pause, savor and remember. 

DSC04032

Posté par Annelleme à 09:38 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,