Dix pieds sur Terre

13 juin 2017

Réflexions sur les preschool à Singapour

Quand on arrive à Singapour, on est immédiatement abreuvés par les experts de la relocation, de tous ces bénéfices, toutes ces choses merveilleuses qui font que la vie à Singap' est réputée teeeeeellement agréable: la propreté, la sécurité, l'efficacité des services publiques, des transports, la variété de l'offre en produits de consommation, les infrastructures de santé et d'éducation. 

Et d'éducation, parlons-en tiens. L'école à Singapour, c'est la pierre angulaire de la société, c'est la clef de la réussite. Qui n'a jamais entendu parler des résultats du pays aux tests académiques mondiaux (PISA et consorts) et même de la méthode d'apprentissage des mathématiques éponyme ? On me l'avait dit à mon arrivée en 2009: "À Singapour, nous n'avons pas de ressources naturelles, notre ressource la plus riche, ce sont les Singapouriens (leur cerveau, en fait)". Pour résumer, le système éducatif ici est extrêmement compétitif et centré sur les apprentissages académiques (et quelques matières reines: les maths et le mandarin).

Donc, l'école, c'est sérieux. Il y a les écoles publiques (où il est fort difficile, voire impossible pour nous z'autres étrangers de rentrer, et ça tombe bien, dirons-nous) et les privées, qui ont un libre choix du cursus qu'elle souhaitent suivre (local, international, Montessori, etc ... avec toutes la variations possibles et imaginables). L'école obligatoire commence à 6 ans, avant ça, les parents sont libres de mettre leur enfant dans une structure qui s'apparente soit à une preschool (école "maternelle", en général une demi-journée) ou un daycare center (garderie/crèche aux horaires plus longs), et qui est pratiquement tout le temps privée (il semble que le MOE, Ministry of Education soit en train d'ouvrir des preschool publiques).

Voilà pour brosser un peu le tableau. 

Alors nous, on débarque avec nos idées déjà un peu renégates en ce qui concerne les apprentissages de nos enfants. Et quelques mois de homeschooling un peu sauvage en roue libre qui traînent derrière ... Une sacré expérience, un boulot énorme (quand on veut faire les choses bien). Du coup, les grands, on les a calés dans l'école la plus hippie (hippie, mais hipper-cher quand même ... mais c'est une autre histoire)qu'on a pu trouver. Hop, une bonne chose de faite.

Et MiniMan ? Il a terriblement d'aller à l'école. Et moi, j'ai terriblement envie de pouvoir mener quelques petits projets sans bambino dans les pattes tout le temps. Ces fameux experts de la relocation avaient une solution toute trouvée: "Tu visites des écoles près de chez toi, et hop, tu trouves celle qui te convient et à toi les mani-pédi et les Tai-tai party !". Euh ... Ça ne s'est pas vraiment passé comme ça, en vrai.

Il va sans dire que nos fameuses idées, elles ne collent pas tout à fait avec la philosophie du coin dans ce domaine. Je m'en doutais bien, évidemment, alors j'y suis allée mollo, j'ai fait des recherches avant de me déplacer. J'ai contacté et visité pas mal d'écoles, à chaque fois, j'ai été déçue.

Dans l'optique de préparer des excellents élèves pour le système singapourien (le fameux "school readiness"), on s'y prend tôt: dès 2 ou 3 ans, il y a des cours, des emplois du temps chronométrés, des programmes de stimulation intellectuelle (en plus de l'école). Tout est contrôlé, les petits doivent rester assis à regarder des flashcards, répéter des mots, chanter sur commande, jouer à ce qu'on leur dit de jouer, au moment prévu pour jouer.

Dans les programmes "artistiques", il s'agit de reproduire un dessin, au trait de crayon près, quand ce n'est pas la maîtresse qui le fait elle-même (facile à repérer: il n'y a pas de coulure de colle sur le papier). Les temps de sortie aussi sont mesurés, là se combine l'angoisse sécuritaire des Singapouriens: les enfants ne doivent pas grimper trop haut, courir trop vite, sauter trop loin, ils pourraient tomber.
Quand on visite beaucoup de ces écoles, point de spontanéité, de jeu libre, d'expérimentations de l'enfance, de constructions branlantes, les enfants sont des petits robots bien traités qui avancent jusque là où on leur dit d'avancer sans vraiment pouvoir interragir entre eux, ne remontent jamais le toboggan à l'envers, ânonnent les mots en mandarin avec un petit air absent et surtout écrivent beaucoup de worksheet et regardent beaucoup d'images (de loin).

J'ai eu beaucoup de mal à (m')expliquer ce que je voulais pour Manech. Pendant longtemps, je définissais ça en tant que "ce que je ne voulais pas" (ce qui n'est pas très positif, comme démarche, quand même). La simple vue d'un emploi du temps journalier avec plein de petites cases me fichait la nausée, mais je peinait à expliquer pourquoi je ne voulais pas ça pour lui.
On me disait "Oui, mais ils apprennent avec plaisir, ils sont demandeurs, les  maîtresses sont douces, ils adorent leur école !", et c'est vrai. Pas besoin de me convaincre que les enfants aiment apprendre, c'est dans mon credo aussi. Et je suis persuadée que si Manech allait dans une de ces écoles, il apprendrait plein de choses (compter en mandarin, les noms des animaux de la ferme ...), il ramènerait à la maison de superbes oeuvres d'art, colorierait à l'intérieur de gros chiffres creux, il aurait l'air bien content. 

Mais alors, qu'est ce qui me retient de l'y inscrire ? Pourquoi, au fond de moi, j'ai cette intuition que ce n'est pas bon pour lui ? Ce n'est pas la peur de le voir apprendre des millions de choses, au contraire ... Encore moins cette idée qu'il doive "profiter de la vie avant les choses sérieuses", ça, je n'y crois pas une seconde: les enfants ont soif d'apprendre, de travailler, de progresser (c'est d'ailleurs souvent nous les adultes, qui les en empêchons) ...

Et puis l'autre jour, en tombant sur cet article (désolé c'est en anglais) tout est devenu plus clair. En gros, ça dit que cette idée de pousser un enfant à un travail intellectuel plus précoce avec l'espoir que ça lui facilitera les choses plus tard est une erreur. Or, elles ont beau s'appeler "holistic", toutes ces écoles mettent énormément l'accent sur le travail intellectuel (et, dans une certaine mesure, languagier), au détriment des autres domaines de développement: émotionnel, physique et social. Et je ne parle même pas des besoins innés de l'enfants, tels que présentés dans la philosophie de Montessori (parce que tout le monde n'est pas forcément versé dans ses idées), qui sont le besoin de mouvement (grands et petits mouvements !), d'autonomie (contrôle de son environnement, liberté de faire ses propres choix), de stimulation sensorielle (alors là, c'est carrément le désert) ...

C'est une erreur, j'en suis persuadée aussi, parce qu'à ne pas vouloir respecter les "DAP" (Developmentally Appropriate Practices, en gros les Pratiques Éducatives Appropriées -au Dévelopment-), on essaie de gagner du temps en oubliant qu'une maison aux fondations posées à la va-vite ne tient jamais vraiment bien.

Parce que la petite enfance est une période importante en elle-même, qui ne devrait pas être employée à préparer les enfants pour la prochaine étape d'apprentissage. Le temps passé dans ces petites écoles à écrire des lignes de lettres sur commande, répéter des mots sur des flashcards, rester assis à écouter (anticiper les étapes ultérieures), ce n'est pas du temps de gagné. C'est du temps volé au développement des sens, de l'autonomie, de la construction de l'imaginaire, de l'expérimentation du monde qui nous entoure, de la possibilité de relations authentiques avec leurs pairs. Et ça finit toujours par manquer un jour ou l'autre, parce que c'est tellement important pour la construction d'une personne. Ce n'est pas simplement un choix dirigé vers une performance académique supérieure, c'est carrément contre-productif, parce que dans certaines situations on tente de combler les lacunes d'un système qui mise tout sur le travail académique, en proposant ... le même travail académique encore plus précocément !

Et pourtant ce système est présenté comme un des meilleurs, si ce n'est le meilleur du monde. Comment oser en douter ? Comment s'y retrouver ?

Aors j'ai beaucoup lu, et beaucoup écouté autour de moi, et aussi beaucoup réfléchi. J'ai fini par comprendre ce que je cherchais, et qui, malgré l'offre pléthorique de preschools à Singapour, est si difficile à trouver.
Je me suis demandée si je n'étais pas un peu difficile quand même. Est-ce parce que c'est mon petit dernier, que je veux lui offrir ce que je crois sincèrement être le mieux pour lui, sans compromis, parce que ces années sont si précieuses ?
Ou parce que depuis une dizaine d'année, j'ai eu le temps et le loisir d'observer les choses, ici et là, tester et faire le tri (on a testé 4 écoles maternelles dans 4 pays différents quand même, je pourrait lancer un banc d'essai !). Il y a eu des "petites pépites" (en Afrique du Sud, une école Montessori locale), des "bien sans plus" (justement, cette école Montessori à Singapour, en 2009), et des "plus-que-bof" (la maternelle à Shanghai).
Maintenant, je sais ce que je veux (en plus de ce que je ne veux pas !). Ça doit être ça, le début de la sagesse ...

J'ai aussi admis que l'école de mes rêves, je ne la trouverai pas à Singapour. Peut-être qu'un jour, quelque part, c'est moi qui la ferai sortir de terre pour d'autres petits enfants que les miens, qui sait ?

Et en attendant, il joue.

(et il s'auto-congratule, lui aussi ... ça doit être de famille !)

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28 mai 2017

Fêtes des mères, faites des mots

Chez nous (et presque partout ailleurs dans le monde) c'était il y a deux semaines. En France, il paraît que c'est ce dimanche. Voici une petite lettre qui m'a fait bien rire (et j'ai au passage découvert ce type, fort doué pour jouer des mots).

Et d'autres petits mots d'amour, moins habiles mais pas moins touchants. Les cartes de l'autre jour, revenues de l'école. En phonétique et en français pour Salomé (et aïe, l'orthographe, qui se dégrade nettement), en phonétique et en anglais pour Joseph (oui, pour décrypter, il faut avoir l'habitude).

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19 mai 2017

{this moment}

{this moment} - A Friday ritual. A single photo - no words - capturing a moment from the week. A simple, special, extraordinary moment. A moment I want to pause, savour and remember.

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16 mai 2017

1 an, 9 mois, 16 jours

Les jours filent, les bébés poussent. Manech, petit bonhomme, mon quotidien en tête-à-tête. Il est de tout et de tout le temps, il suit, il s'adapte. Et il grandit, silencieusement, vers sa deuxième année.

Je l'emmène maintenant à sa petite activité, la première qui lui soit exclusivement réservée: le playgroup Waldorf du lundi matin. Il nous faut une heure de bus pour nous y rendre, mais ça vaut le coup. Il connait les gens, les chansons, les petits copains et copines, même si je crois bien que j'aurai toujours du mal dans cette "ambiance playgroup", les parents qui se jaugent, les petites comparaisons, les petites réflexions crâneuses (oui, même chez Waldorf). Mais lui il n'entend pas tout ça et c'est très bien. Il tient maintenant la main de son voisin quand on fait la ronde du début, sait quand courir se laver les mains et arrive presque à se retenir de manger la pâte pas cuite du pain.

Oui, parce que chez Waldorf, on fait du pain, on coupe ensemble les fruits pour le goûter, complètement révolutionnaire pour le mode de vie de la plupart des Singapouriens (mais banal dans d'autres cultures). Encore une fois, Manech, il s'en fiche, il aime les chansons et les histoires , même si (ou justement parce que) c'est toutes les semaines la même. Et puis, à la maison, il traîne toujours dans mes pattes quand je fais la cuisine, sauf si un autre enfant veut bien jouer avec lui. 

Manech, à 22 mois, ne parle pas. J'aurai envie d'écrire "ne dis pas un mot", mais c'est pas complètement vrai. Il dit quelque chose qui ressemble à "au-revoir", qu'il décline depuis peu en "bye-bye". Il dit "mami", mais ça ne veut dire ni "Mummy", ni "Maman", ni "Mami" ... on ne sait pas ce que ça veut dire (le sait-il lui-même ?). Il babille, il chantouille, il gargouille (parfois des trucs très longs), sans queue ni tête. On essaie bien de le faire répéter, il a bien la musique du mot ... mais pas le mot !

Alors il parle avec les yeux. Dans le bus, il trouve toujours un voisin ou une voisine à qui faire des oeillades, et qui finit par craquer complètement. Un jour, lors de la visite d'une petite école, une des maîtresse lui a trouvé un surnom qui lui va comme un gant: auntie killer, ce qui se traduit en gros par "le tombeur de ces dames". Et c'est exactement ça: quand il sourit, elles tombent comme des mouches ... 

Quand il veut quelque chose, il vous prend doucement la main et vous emmène, vers une porte à ouvrir, un jouet à sortir, une poussette pour se balader. Dans son côté obscur ou quand ça va plus, il crie (ça, finalement, ça nous fait regretter quand il vient nous prendre la main !). Il a l'oreille partout, rien ne lui échappe, alors on commence à épeler certains mots...

Alors oui, il parlera quand son heure sera venue, mais ya quand même des jours où c'est pas facile de communiquer avec des onomatopées (et des cris !)... alors je me suis rappelée de cette "mode" (est-ce une mode ?) du language des signes utilisée pour les bambins. Pour Augustine, on avait à peine essayé (et puis oublié: quel intérêt quand on sait parler avec des mots ?). Il se trouve que Manech, les mimes, les signes, c'est son truc, je le vois bien dans les chansons de gestes, qu'il adore ... Alors j'ai dégoté un petit dictionnaire d'ASL (American Sign Language) et mis ça en oeuvre. Et il apprend très vite: manger, boire, fatiguévoiture, oiseau, avion, pour le moment, il les utilise de façon toute à fait appropriée et maintenant, c'est moi qui galère un peu à suivre en fait (penser à apporter de nouveaux mots, continuer la pratique). C'est chouette, comme progrès, et encore plus de me dire que ça répond à un vrai besoin, sans faire partie d'un "package maternage" comme j'ai eu l'impression il y a quelques années. On verra bien ce que ça donnera.

Il a récupéré il y a quelques semaine la chaise haute de sa plus grande grande soeur, ce qui lui permet maintenant de grimper à table tout seul ... et d'en descendre (argh ! pendant les repas !). C'est un bon mangeur qui aime tout. Après des mois de petits pots (parce que c'était tellement pratique !), il mange maintenant comme nous, de bout en bout (sauf pour un biberon, le soir). Il teste le maniement de la cuillère (sauf les jours de semoule, de quinoa ou de grosse fatigue parentale).

Un autre truc qu'il fait comme nous ... c'est de dormir la nuit (presque tout le temps) complète ! Dans notre nouvelle maison, il partage la chambre de son frère, toujours avec son lit de camping parce que le prochain, ce sera un lit de grand dans quelques mois. Il lui arrive de faire des cauchemars, ou alors il digère pas bien et se réveille parfois la nuit. Des fois-même, il termine la nuit avec nous ... mais voilà, pour moi, c'est un bébé qui fait ses nuits, bonheur ultime !

Il court aussi vite et bien, de cette curieuse façon dont courent les tout-petits, sans plier les jambes. Il se casse la figure, souvent (mais pleure peu, finalement). Il grimpe, il glisse, il se balance. Il apprivoise tranquillement la petite trottinette et lorgne sur les vélos des grands. Il adore la piscine et les jeux d'eau, évidemment. On commence les petits exercices de mettre la tête sous l'eau, souffler les bulles, sauter, s'accrocher au bord, les mêmes petits exercices que faisaient les filles dans la piscine de Gaylene, en Afrique du Sud. 

Avec la reprise de l'école des grands, il commence un peu à avoir sa petite vie, des petites aventures à lui, ses copains, ses moments. Mais tous les jours vers quatre heure, c'est l'heure des retrouvailles, des jeux ensemble. Quand les grands font leur "service" (mettre la table, débarasser), il est là aussi, il porte ici une assiette, là un dessous-de-plat. Il aime bien "faire partie" des choses. Il prend souvent sa douche avec l'un de ses frère ou soeurs (et ça c'est cool pour moi !), il a un petit pot, mais ne reste pas dessus (normal, quoi ...). Il grandit, un peu tout les jours. 

J'ai cherché pour lui une école, où le seul emploi du temps qu'on lui proposerait serait deux ou trois heures de jeux libre (vraiment libre) sans interruption, sans circle time, sans goûter à une heure imposée, sans sessions d'activité où il devrait s'asseoir sur une chaise sans bouger. Évidemment, à Singapour, cela n'existe pas. Je continue à chercher.

 Au playground du condo, il se dégourdit ...

 

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12 mai 2017

Dîner en blanc (très très "maison")

Je ne sais pas si le concept de Dîner en Blanc est très connu (en France métropolitaine). J'en avais entendu parler il y a quelques années, je ne sais plus trop comment et j'avais surtout lu les mésaventures du comité d'organisation de celui de Singapour en 2012, après un retentissant impair de communication diplomatico-gastronomique (lire ici et ). Pour faire simple, un Dîner en Blanc, c'est un repas/pic-nic organisé dans un lieu public où l'on amène de la nourriture "fine" et on dîne dans une ambiance très chic (voire posh). On peut se casser la tête à cuisiner des trucs de malade ou parfois acheter un panier tout prêt, et c'est sponsorisé (évidemment) par une marque de champagne. Il va sans dire que ne va pas au Dîner en Blanc qui veut: on est sélectionné par cooptation, le lieu est tenu secret jusqu'au dernier moment.

Le truc parfait pour entretenir à l'étranger l'image de la France et des Français, summum de l'élégance et du raffinement, cher et exclusif jusque dans le pic nic.

Bon, alors ... voilà, en vrai, chez nous c'est plutôt les miettes sous la table, les enfants grognons, le repas préparé avec un bambin hurlant dans les jambes de la cuisinière, les disputes pour savoir qui aura le gobelet orange, les bricolages de dernière minute parce que damned, il manque un ingrédient. Vis ma (vraie) vie de Française, sans plat de service, sans nappe, sans chandelle sur la table (à cause du ventilateur aussi).

Et puis, l'autre jour, j'ai posé les trois casseroles sur la table et là ... révélation ! La version "maison" du Dîner en Blanc, totalement impromptue, mais rigolote ! Si j'avais su, j'aurait au moins mis tout ça dans les plats avant de prendre la photo, mais bon, hein, c'était un soir de semaine ...

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Il y avait donc un curry de barramundi, accompagné de riz et de chou-fleur. Même en ayant voulu cuisiner en blanc, je n'aurai pas pu arriver à un résultat aussi immaculé (si ce n'étaient les pois chiches et les épinards). En vrai, dans le Diner en Blanc (le snobinard, pas le nôtre), les plats n'ont pas l'obligation d'être blancs (juste les vêtements et la nappe), mais depuis cette époque, j'ai abandonné les pyjamas blancs ...

Et comme le curry de poisson était un vrai délice et vraiment simple à faire, je partage la recette trouvée ici. C'est tout simplement un poisson poché sur une base de curry au lait de coco, une variation aux accents Thai (ne pas avoir peur des épices ! le lait de coco adoucit bien).

 

Curry de barramundi au lait de coco, épinards et pois chiches

Ingrédients: 

* 125 mL de bouillon de poulet (mais poisson ça doit le faire aussi ?)

* 1 cuillère à soupe de sauce de poisson (nuoc mam)

* 1 cuillère à café de sucre brun (ne pas faire l'impasse ! C'est important pour l'équilibre des saveurs !)

* 650g de filets de barramundi, coupés en gros morceaux (un autre poisson blanc doit aussi faire l'affaire)

* 1 boite de 400g de pois chiches, égouttés et rincés

* 70g de petites feuilles d'épinards (j'en ai mis plus,je crois bien)

* feuilles de coriandre fraîches et rondelles de citron pour servir

 

Pour la pâte de curry: 

* 1 morceau de piment long rouge, sans les graines (je n'en n'ai pas mis pour que tout les plus petits puissent en manger)

* 1 baton de citronnelle (la partie blanche), haché finement

* 1 échalotte hachée finement

* 1 gousse d'ail

* 2 cuillères à café de gingembre en poudre (j'ai mis un petit morceau de gingembre frais, haché finement)

* 2 cuillères à café de poudre de coriandre

* 250 mL de lait de coco

 

Pour préparer la pâte de curry, mettre le piment, la citronnelle, l'échalotte, l'ail, le gingembre, la coriandre et le lait de coco dans un hachoir électrique et mixer jusqu'à la formation d'une pate lisse. Sans robot, j'ai écrasé les épices à l'huile de coude dans un mortier puis j'ai rajouté le lait de coco.

Faire chauffer la pâte de curry dans un wok (ou une sauteuse) pendant 1 à 2 minutes (ou jusqu'à ce qu'il devienne "aromatic"). Ajouter la sauce de poisson, le bouillon et le sucre et faire cuire encore quelques minutes.

Ajouter le poisson et faire cuire 3 à 4 minutes, jusqu'à ce que la chair se détache facilement à la fourchette. Ajouter les pois chiches et les épinards et cuire encore 1 à 2 minutes. 

Servir.

Selamat makan !

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{this moment}

{this moment} - A Friday ritual. A single photo - no words - capturing a moment from the week. A simple, special, extraordinary moment. A moment I want to pause, savour and remember.

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29 avril 2017

SaveursD'iciEtd'Ailleurs#8 - Banana Loaf (Afrique du Sud)

Alors, tout de suite: non, ce n'est pas un plat typique d'Afrique du Sud. Il est dans ma listes de SaveursD'iciEtd'Ailleurs parce que j'ai pour la première fois goûté (et ensuite re-goûté et re-re-goûté ...) ce gateau à la banane dans ce pays, que j'ai quitté avec ce livre (et la recette, évidemment). C'est celle que j'ai gardée et que je refait de temps en temps, parce que les enfants adooooorent ce truc (en vrai: tout le monde adooooore ce truc !).

Et de fait, c'est clairement une recette un peu "anglosaxonne", parce que moi qui ait grandi dans un pays où les bananes abondent, je ne me rappelle pas avoir goûté de ce genre de gateau. Donc pour moi, le banana bread, que l'on trouve quand même sans difficulté un peu partout (où je suis allée), c'est et ça restera quand même Sudaf. Voilà.

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(au passage, trop drôle de voir un livre de cuisine avec des joueurs de rugby en tablier à toutes les pages ... et le reste des recettes du bouquin, c'est de la barbaque !)

On appelle ça couramment un Banana loaf ou Banana Bread alors qu'en fait, c'est vraiment un gateau (farine, oeuf, beurre, sucre), est-ce pour la bonne conscience ? Ou le fait qu'on le cuise dans un moule "à cake" (rectangulaire), d'où le "loaf" ? Mais moi, des fois, j'en fais des muffins, et en version ronde aussi, ça ne change rien ! J'en ai fait des dizaines de fournées, ça supporte bien un peu de chocolat, mais avec des myrtilles (séchées), c'est le top. Mon dernier avait un peu de cannelle en cadeau-bonus, et à y réfléchir, je suis certaine qu'il gagnerait à se voir rajouter quelques épices (pas trop !).

Pour ne rien gâcher, c'est ultra simple à faire (parce que la patisserie ... arf ... c'est pas vraiment mon domaine !).

Le dernier que j'ai fait, c'était cette semaine, MiniMan a participé à tout, juché sur le plan de travail. Quand j'ai mis le moule au four, il était inconsolable: la grande découverte que la cuisson vient avant le régal, que, comme pour beaucoup d'autres bonnes choses dans la vie, il faut atteeeeeeenndre ... Il s'est assis devant le four, a tendu ses petites jambes, et a pleuré jusqu'à ce que le machin soit cuit (en vrai, il s'est aussi amusé à tripoter les boutons du thermostat, créant un intéressant effet "cramé dehors/pas cuit dedans" que j'ai eu toutes les peines du monde à rectifier à coup de papier-alu...).

Chez nous, ce banana bread tient à peine un goûter. ... et j'ai cru percevoir une pointe de fierté de la part de MiniMan, à montrer "son" gateau à ses frère et soeurs ... (mais c'est peut être -encore- une hallucination maternelle) ...

Alors voici donc la recette (vous allez voir, c'est pas de la patisserie de pointe, mais ça fait son job).

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(oui, la photo date d'il y a plus d'un an ... notre cuisine de Shanghai !)


 

Banana Loaf, la recette (et mes petites notes)

Ingrédients: 

✦ 125 g de beurre mou

✦ 1 cup (250 mL) de sucre en poudre (on doit sans doute pouvoir en mettre moins ...)

✦ 2 très gros oeufs (ou 3 normaux)

✦ 3 ou 4 bananes bien mûres, écrasées grossièrement à la fourchette

✦ 1 cuillère à café d'essence de vanille

✦ 2 cups (500mL) de farine

✦ 1 cuillère à café de bicarbonate de soude

✦ 1 cuillère à café de levure

Recette: 

Préchauffer le four à 180C (et bloquer l'accès aux boutons à votre bambin) et beurrer un moule à cake.

Mélanger le beurre et le sucre (au fouet électrique ou à la main). Ajouter les oeufs entiers, un à un en battant bien entre chaque. Ajouter les bananes et la vanille. 

Tamiser la farine, le bicarbonate de soude et la levure ensemble et les ajouter à la pâte. Verser le tout dans le moule et enfourner pour 45 à 60 minutes. C'est prêt quand la lame d'un couteau ressort sèche.

La photo du truc fini ? Impossible ... pas eu le temps de dégainer l'appareil, yen avait déjà plus !

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21 avril 2017

Il se passe quoi ici ?

Alors que se passe-t-il chez nous ?

Rien de bien extraordinaire ... Chacun est bien occupé, en fait, à faire ce qu'il a à faire. Les grands à être sérieux et à déballer des cartons. Les petits à disperser le contenu des cartons partout dans la maison et à jouer à l'aire de jeux. Nous voilà chez nous (j'ai débranché la connection "pour combien de temps?" dans mon cerveau). Je fais comme si.

L'autre jour, j'ai réalisé qu'en ce moment, je n'avais pas du tout envie de penser à voyager. L'idée d'organiser un séjour, des billets de train, des programmes, des étapes ... me repousse profondément. J'ai supprimé AirBnB de mes favoris et j'ai du me forcer un peu à prendre ces billets d'avion pour la France cet été. Pas que je n'ai pas envie d'y être (au contraire), juste l'effort de me projeter dans un voyage ... Paradoxalement, j'ai fini par envoyer MonsieurPapa acheter cette foutue table à repasser et procrastiné l'achat d'un panier à linge pendant plusieurs semaines aussi. Ça aussi, j'ai du mal en ce moment (mais ça c'est sans doute parce que j'ai aussi du mal à reprendre une vie normale).

Dans mes rares moments de "libre", je farfouille Pinterest à l'affût de hacks pour la maison, d'astuces et d'idées (sans aller jusqu'à dire que c'est de la "déco" quand même). Je bouquine le livre de Planningwithkids, je complète mes listes de "home projects". Aucune envie de nous concocter des itinéraires, d'appeler des hotels, sortir, quoi. MonsieurPapa voudrait qu'on se fasse un week end en Malaisie. Moi, je suis en full-time Singapore settling-in period. Hé oui, on ne peut pas être tout le temps en mode multi-tâches.

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Alors, je prends mon temps. Je me rappelle de cette idée, lue il y a longtemps dans ce livre (The Joy of Less, a minimalist living guide, une bible que je relis dès que je peux !). Quand on déménage dans une nouvelle maison (qui plus est dans un nouveau pays), c'est comme un nouveau départ, on peut choisir d'organiser sa vie différemment, parce que c'est comme une page blanche, on peut faire du tri, réfléchir à comment on voudrait vivre à cet endroit, tout est neuf, tout est à écrire. En vrai, on peut aussi faire ça dans la maison qu'on habite depuis 10 ans ... mais c'est beaucoup plus dur ! Alors puisque nous avons du presque tout racheter en arrivant ici, je me suis dit que ce serait bien de ne pas se précipiter, de prendre son temps pour décider de ce qu'on veut vraiment, de comment on veut l'"habiter", cette maison. Sans chercher la perfection, la déco-qui-en-jette (et puis, on n'est pas doués pour ça), juste faire de cet endroit, un vrai chez-nous, choisi et plaisant.

J'ai donc fait un peu de peinture (aidée, mais pas longtemps), ressorti les affichettes, un peu partout dans la maison (brossage de dents, lavages de main, emploi du tempstableau des responsabilités -à actualiser, et d'autres à venir encore), cogité pour nous installer des meubles qui correspondent à notre mode de vie, j'ai discuté encore et encore (avec les enfants, principalement) de comment on voulait s'organiser pour que tout le monde soit satisfait.

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Pour moi, les deux gros changements de ce mois d'avril, c'est le bus scolaire, qui me délivre maintenant des deux aller-retour quotidiens en bus pour les emmener à l'école et les lunchboxes.

Jusqu'à présent, c'était cantine, mais ça plombait un peu le budget ... Ça m'angoissait un peu de devoir préparer trois repas en plus tous les soirs (parce que je sais bien que je ne peux pas compter sur l'hypothétique reste de la veille et je ne veux pas qu'ils mangent tous les jours la même chose), alors j'ai bien travaillé: compiler une liste d'idées de repas (critères: froid, bons, équilibrés, variés, facile à manger), dégoter le matos (des boîtes à compartiments), faire un petit planning sur deux semaines, tester les quantités ... se lancer ! Et ajuster, quand au retour untel n'a pas eu assez, ou alors a mangé au dessert la barre de céréale prévue pour le goûter (parce qu'en plus, il y a 2 goûters par jour à prévoir), faire des compromis quand l'un ne veut pas de fruit du dragon, ou des longans etc ...

Et non seulement ça marche pour les enfants, mais j'ai depuis un client supplémentaire (qui sinon, mange une barre de chocolat devant son ordi ... ou rien du tout), alors je prépare maintenant quatre lunchboxes ! (sauf que lui, il n'a pas encore la belle boîte qui va bien ...).

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C'est beau, hein ? Mais ça vire un peu à l'industrie ... comme beaucoup de choses dans une famille nombreuse, finalement !

Pendant ce temps-là, eux, ils jouent. Ils ont retrouvé leurs jouets, emballés depuis presqu'un an. Ils ont tout redécouvert, avec des cris de joie, les Lego's, les Playmobil's, les déguisements, la dinette (et ont tout flanqué par terre en un rien de temps). Augustine a remis illico son déguisement de Harry Potter (par 30 degrés ... la clim de leur chambre était en panne). Tout était en vrac (à cause de la peinture des blocs pas finie).


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Un peu plus tard, on a ouvert un autre carton. Il y avait dedans des mois entiers de magazines pas livrés pour cause de pas d'adresse fixe. Et c'est magique, ils ont tous disparu dans leurs chambres ...

Et puis, je cours aussi (le Jardin Botanique, pas loin, me sauve: courir le long des boulevards me rend malade), je nage (le soir, l'eau est juste tiède, en faisant la planche, les oreilles sous l'eau, je n'entends plus le bruit du trafic, je vois quelques étoiles et les lumières autour, je me crois seule au monde et exactement à ma place), je note tout et j'arrive à finalement n'oublier que peu de choses dans la folie du quotidien. Je me mets des petits défis, je rêve, je prends mon temps, aussi.

02 avril 2017

Petit bonheur du 2 avril

Pour déplacer MiniMan, on est passés du combo "porte-bébé/voiture" (en France et en NZ) à "poussette/bus" (à Singapour) (et avant ça, yavait eu le bike trailer à Shanghai) ... parce qu'ici la voiture, c'est trop cher et que le porte-bébé, c'est trop chaud.

Mais dans le bus, on doit plier la poussette ... la galère (surtout quand on le prend au minimum quatre fois par jour pour déposer et récupérer les grands à l'école).

Et puis d'un coup ...

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Danse de la joie dans le bus !

Bon, lui, il ne s'est rendu compte de rien, l'ingrat ...

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Posté par Annelleme à 22:09 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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01 avril 2017

... et reprendre une vie normale ...

Et voilà, reprendre une vie normale, c'était le menu des quelques semaines que nous venons de passer à Singapour (et c'est pas complètement fini). Encore un truc que j'avais un peu beaucoup complètement zappé et qui est venu me tirer par le bas du T-shirt, du genre "Hé, mais toi, tu croyais pas que tu allais t'en tirer comme ça ?". Reprendre l'école et le travail, une vie avec une maison, un emploi du temps routinier, des contraintes, les milliers de petites choses qui nous empoisonnent enrichissent la vie quand on vit une vie, comment dire, euh ... normale, quoi !

Pourtant, c'est pas comme si,ces dernières années, je n'avais pas lu et relu des blogs de voyageurs, d'expatriés (et d'ailleurs, je commence à arriver à saturation ...), où l'on parle des difficultés, qui de la re-patriation, qui du retour à la "vie d'avant" après un long voyage (les tourdumondistes, principalement).

Malheureusement, mes grands principes de faire les choses simplement ont parfois du mal à infuser mon entourage direct, alors on s'est fait un petit cocktail perso: reprendre une "vie d'avant", en expatriation dans un pays qu'on a quitté 7 ans plus tôt ... (les noeuds au cerveau, c'est cadeau).


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Dans le tourbillon des premières semaines, j'ai soigneusement passé outre les bons conseils de ces fameux articles, j'ai navigué entre le connu (les noms des rues, des malls, l'accent, que j'ai revêtu comme une cape d'invisibilité), les bonnes nouvelles (les poubelles de recyclage, que l'on voit un peu plus ! les transports en commun: pour une fois, merci les apps qui me permettent de parcourir la ville en sautant de bus en bus comme une pro, les livraisons de groceries ...), et les indécrottables grincements de dents (la clim' qui congèle, le monde partout, la sur-stimulation, les écrans ...). Une vraie touriste, enthousiaste et bourrée d'énergie, quoi.

Mais surtout, j'ai travaillé comme jamais à nous installer. Dans la maison (un autre cadeau: les ampoules après le montage des meubles Ikea), les rangements, les nettoyages, les "détails" (avoir une ligne internet, une machine à laver qui marche, décider de la taille d'un matelas, de la couleur d'un canapé), les premiers approvisionnements, les contrats, les relations. À l'école: gérer les montagnes d'infos qui nous tombent dessus, les emplois du temps de chacun, les jours de sport, de bibliothèque, le bus, la cantine, les boîtes-à-snacks, les devoirs, les sorties scolaires, tous ces "détails" qui font que tout roule, dans la joie et la bonne humeur. 

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Sur le moment, j'ai cru me trouver devant une montagne, tout me paraissait énorme. Pourquoi soudainement cette invasion de tant de petites choses, d'inscriptions, de papiers, de coups de fil, d'emails, de mots de passes, de rendez-vous, de listes ? J'avais l'impression de gérer une multinationale, avec des clients à droite, des fournisseurs à gauche, des réunions administratives et un flux d'informations à ne pas rater, des approvisionnements à assurer, sinon c'était le breakdown. Alors je me disais "Oui, c'est normal, c'est le début, c'est toujours comme ça quand on arrive dans un nouveau pays, finalement. Ça va se tasser."

Mais en fait, il y avait autre chose, et cet autre chose, c'est exactement ce que décrivent les retour-du-mondistes après plusieurs mois de voyage-sac-à-dos: cette impression de flotter dans un monde qui n'est pas/plus le sien, d'être envahis de possessions inutiles (et nous n'avons pas encore récupéré nos cartons), d'avoir été transporté ici dans une bulle qui a éclaté depuis, de voir son quotidien encore tout récemment si "simple et si beau" être pollué d'enquiquinements aussi futiles que matériels. Ce qu'on pourrait appeler le "retour à la vraie vie" (comme si, ces derniers mois, on avait vécu une "fausse vie").

Eh bien (scoop !), c'est très désagréable. Parce qu'on arrive avec nos valises qu'on n'ose pas trop déballer (de peur de refermer ce chapitre pour de bon ?), que nos rêves ne résonnent nulle part autour de nous, que tout le monde se fiche un peu de nos souvenirs (et que même entre nous, on n'ose pas trop en parler, la peur d'un certain passéisme ?). Encore un scoop: forcément, une expérience pareille, même quand on voyage déjà un peu, ça laisse des traces. Et ça rend le retour difficile à gérer, au point qu'une paire de fois, j'ai eu juste envie de tout laisser, de repartir, parce qu'au moins, là-bas (ou avant, ou en voyage), c'était simple. On faisait l'école sans se préoccuper de la couleur des chaussettes des enfants, on partageait les casseroles avec des inconnus, on se fichait de la couleur des canapés, on possédait moins, le bonheur était simple. Pourquoi alors le bonheur ici devrait-il obligatoirement s'encombrer de ces fastidieux détails ?

Recommencer quelque chose à Singapour, avec les enfants immuablement tournés vers l'avenir, laisse peu de temps pour idéaliser (ou ruminer c'est selon) ce qu'on a perdu ou même ranger proprement les restes de notre grand voyage.

Ces impressions, je m'entête à les écrire, enfin, ce qu'il m'en reste, pour eux, pour elles, pour plus tard (ou pour personne ? ces mots viennent avec la liberté de ne pas les lire, de ne pas s'y intéresser), mais c'est dur, c'est comme une espèce de vie à tiroirs, je me disperse, je n'en vois pas la fin (pourtant, j'avance ! À petits pas !).

En ce début du mois d'avril, même pas un mois depuis que nous sommes dans notre nouvelle maison, je sens déjà que les choses changent. Les valises sont toutes vidées, les routines sont plus installées, j'ai caméléonisé comme il faut, je me sens même presque (presque !) prête à récupérer nos cartons (leur vaisseau est tout proche ! après il y aura la douane) et à reprendre une vie normale. J'envisage encore quelques retours de flammes, c'est sûr. Je les appelle même un peu de mes voeux: se sentir vivante !
La bonne nouvelle, et c'est ce qu'espèrent tous les retour-istes, c'est que tout ça nous change (un peu, beaucoup). Il est illusoire de croire qu'on peut vivre de la même façon quand on est sur les routes que quand on est dans une maison, les habitudes ont la vie dure et l'environnement aussi. Mais si on a réussi à tout quitter une fois, on peut le refaire, on continuera à questionner nos conditions du bonheur, à garder en têtes les choses qui comptent vraiment pour nous... même dans une maison !

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Pour ceux que ça intéressent, une réflexion intéressante de ce cycliste au long cours (les blogs/sites des tourdumondistes ont tous un article "Retour", mais c'est toujours un peu la même chose, finalement).