Dix pieds sur Terre

19 avril 2018

SaveursD'iciEtd'Ailleurs#10 - Rouleaux "de printemps" (Vietnam)

Je ne sais pas si quelqu'un, un jour, a écrit une thèse sur les rouleaux (rolls) comme délice asiatique universel, cru, cuit à la vapeur, frit, omnivore, végétarien, sucré ou salé, au blé, au riz ou aux oeufs, mais il y a de quoi en dire. En France, on connait les nems, d'origine indo-chinoise (merci l'immigration décoloniale), aussi un peu les "rouleaux de printemps" crus que l'on croit chinois (à tort ou à raison ?). Aux Pays-Bas, on découvre les loempias (lumpia), frits, à l'enveloppe plus ferme et au goût moins délicat (je trouve), d'origine indonésienne. En Malaisie, il y a les popiah, en Chine, d'innombrables variétés de rouleaux de toutes sortes (aux oeufs, aux nouilles de riz, au tofu, etc ...). Et encore, j'oublie la Thaïlande, les Philippines et Taiwan, qui ont eu aussi leurs propres versions, empruntées, retravaillées, renommées. J'adore goûter encore et encore, à chaque voyage.

Pour les forcenés, il y a ce petit aperçu des rouleaux asiatiques, et une liste plus globale de "rolled foods". La meilleure façon de ne pas se tromper quand on en commande un quelque part est finalement de les demander en Version Originale, mais pour nous qui ne sommes pas du coin, ce sont des "rouleaux" (avec la surprise de savoir sur quoi on va tomber !).

Mais pour moi (et après un certain nombre de dégustations acharnées), le suprême, celui qui les surpasse tous, la royce des rolls, c'est le vietnamien, celui qui n'est pas cuit après façonnage (fresh rolls) et qu'ils appellent gỏi cuốn (apparemment).
Merci la mondialisation, on peut en manger partout, et surtout à Singapour, parce que c'est la porte à côté et que de toutes façons, on peut manger de toutes les cuisines du monde à Singapour. Quand j'étais petite, en France, je préférais les nems, parce que j'avais peur de la "peau" blanche et légèrement gluante des rouleaux de printemps. J'imaginais vaguement une sorte d'organe animal cru (des intestins ?) et j'ai toujours refusé d'en goûter. 

Mon premier souvenir de dégustation de ce rouleau, c'était en Irlande en 2003, avec mon amie sino-canadienne (avec des origines Viet ?) My-Lien, la même qui m'avait initiée aux mooncakes. Elle nous avait montré, un soir d'hiver dans notre appartement d'étudiant de Cork, comment tenter de dompter ces feuilles de riz récalcitrantes, hautement cassantes quand elles sont sèches, collantes et extensibles une fois mouillées, et dont la moitié finissait irrémédiablement roulées en boule, irrécupérables, comme de vulgaires bouts de film étirable alimentaire. Ça, c'était pour nous, pauvres Occidentaux. Sous ses doigts à elle, ces petites étoffes translucides s'allongaient avec obéissance directement sur la table humide (oui !) et se pliaient sans traître résistance jusqu'à l'obtention d'un petit rouleau compact et goûteux. C'était follement amusant mais après ça, j'avais un peu laissé tomber: l'Asie, c'était encore loin.

Et puis, ici et là, de restaux Viet en voyages-sauts-de-puces, j'en ai mangé de plus en plus, des bons et des meilleurs, jusqu'à un jour, me lancer à en faire, avec en bouche les souvenirs de toutes ces saveurs. Je crois que c'était lors de notre séjour chinois. Et puis il y a eu ces souvenirs mémorables de soirées entre copains à rouler nos rouleaux en sirotant ce qu'on a sous la main et en racontant plein de bêtises.

illustrations

(Shanghai, mai 2016)

Parce qu'en vrai, le rouleau, c'est un peu la quintessence de la cuisine asiatique en terme de "travail manuel": il faut une tonne d'ingrédients différents (de première fraîcheur, autrement, c'est pas la peine), qu'il faut couper exactement de la bonne taille/forme (et souvent petit), hâcher ici, griller là, pré-cuire là-bas ... et quand il en manque, on est tenté de se dire "Oh, c'est pas grave, ça va passer inaperçu". Ben non.
C'est le genre de recettes qui attise mes tendances perfectionnistes, qui me fait acheter un couteau "spécial" (et quand on sait mes histoires de couteaux ...), parce que les carottes, quand elles sont rapées, ça rend de la flotte, et quand elles sont coupées au couteau, elles sont trop épaisses. Quant à utiliser un robot, n'en parlons même pas ... On passe donc un temps fou à préparer tout ça (séparément), les bons rouleaux, ça se mérite, voyez-vous.

DSC07920

(les courgettes et poivrons, c'était pour les légumes grillés au barbecue, pas pour les rouleaux !)

DSC07923

Quand on a une terrasse entourée de verdure, ne pas hésiter à s'asseoir par terre pour partager aussi le fastidieux travail d'épluchage de la peau des cacahuètes !

(Seremban, Décembre 2017)

 


★ ★ ★  Notre recette des rouleaux "de printemps"  ★ ★ 

Il n'y a volontairement pas de quantités indiquées dans cette recette, je n'y arrive pas. C'est fonction du nombre de personnes à manger et de ce que vous aimez (et puis si il y en a trop et que vous en avez marre de rouler, le plus simple c'est de mettre tous les restes dans un saladier, un peu d'assaisonnement et hop ! une bonne salade fraîche et goûteuse !)

Pour les rouleaux: 

* des feuilles de riz

* des crevettes (si elles sont grosses, on en met environ une et demie par rouleau) et/ou de la viande: morceaux de porcs, de poulet ou boeuf. Les Asiatiques n'hésitent pas à mélanger viandes et produits de la mer dans un seul plat. Pour nous Occidentaux, c'est encore surprenant. Alors nous faisons soit à la crevette, soit à la viande.

* des nouilles de riz (fines et banches)

* des carottes

* des concombres

* des cacahuètes

* des feuilles de laitue

* des pousses de haricot mungo (mung beans sprouts, ou bean sprouts), autrement (et improprement) appelées "pousses de soja". De préférence fraîches et pas en bocal.

* des feuilles de menthe, de basilic Thai, de coriandre fraîche (il me semble que dans la version "Viet puriste", il y a aussi de la ciboulette)

 

Pour la sauce: 

* environ 1/2 tasse (125 mL) d'eau 

* 2 cuillères à soupe de sauce de poisson (nuoc mam)

* 3 cuillères à soupe de jus de citron (vert, de préférence)

* 1 à 2 cuillères à soupe de sucre (blanc, de canne, de palme)

* de la sauce piquante ou Thai sweet chili sauce (facultatif) 

 

Recette:

* Faire bouillir de l'eau, ajouter les vermicelles de riz, couvrir pour 3 à 5 minutes (ou selon les instructions sur le paquet), égoutter. Laisser les vermicelles refroidir.

* Faire cuire les crevettes à l'eau (ou griller), enlever les carapaces, laisser refroidir et couper en deux dans le sens de la longueur (pour qu'elles soient fines).

* Faire cuire la viande (pochée, grillée), la détailler en petits morceaux et laisser refroidir. On peut assaisonner d'épices ou de sauce hoisin, mais moi je préfère rester simple.

econome-julienne-multi-peel-joseph-joseph-1

* Éplucher et couper les carottes et les concombres en julienne (pour les concombres, je garde la peau).

J'utilise ce genre de couteau, mais une mandoline fait aussi très bien l'affaire. On peut râper ... mais on obtient rapidement quelque chose de très aqueux qui ne se tient pas ...

* Faire griller les cacahuètes (à la poele, sans matière grasse), enlever la petite peau brune, si besoin. Elles doivent être légèrement colorées et bien croustillantes. Les écraser grossièrement (pas en poudre !).

* Séparer les feuilles de coriandre, de menthe et de basilic. Ne pas couper la ciboulette !

Une fois que tous les ingrédients sont prêts, on peut passer à la phase délicate, qui demande doigté et pratique: rouler les rouleaux ! Alors au début, on se plante, mais c'est pas grave parce que souvent, les feuilles de riz sont vendues dans des gros paquets ...

Il faut préparer un saladier d'eau tiède, et un plan de travail lisse et propre, que l'on humidifie (certains le font sur un torchon propre et humide). On mouille brièvement une feuille, on la place sur le plan de travail, en la lissant vers l'extérieur. Ensuite, il faut placer les ingrédients suivants au centre, sur la partie légèrement inférieure: une feuille de laitue, quelques nouilles de riz, les légumes (carottes, concombre, pousses de haricot mungo, feuilles aromatiques, viande si vous en mettez, cacahuètes (dans notre famille, on met les cacahuètes dans le rouleau, la plupart les mettent dans la sauce). Un peu plus haut, on met les crevettes, alignées, et puis on commence à rouler en partant du bas en serrant bien. Une fois enroulée la partie avec la laitue, on replie la feuille de riz à droite et à gauche (pour "fermer" les côtés), puis on continue de rouler jusqu'à atteindre et enrouler les crevettes qui se retrouvent du coup sur le dessus et que l'on voit par transparence.

Il y a évidemment des centaines de vidéos explicatives sur YouTube, en voici une, au hasard (et une autre ici avec des jolies photos). Le secret consiste à rouler bien serré (la feuille mouillée est légèrement élastique), à fermer des deux côtés (quoique ce n'est pas obligatoire, certains laissent ouvert), et à placer les crevettes à part (à enrouler en dernier) pour les voir apparaître sur le dessus, ce qui donne un effet sympa. 

 

La sauce pour tremper tout ça se fait en mélangeant les ingrédients. On peut la préparer en avance et la garder au frais en attendant. Comme pour la salade de pomelo Thai, il faut obtenir un équilibre des quatre saveurs (acide, amer, sucré, salé), avec un peu de "piquant" facultatif. La sauce doit relever le côté "neutre" des légumes frais du rouleau. Le résultat est un délice d'équilibre: le craquant des crudités et des cacahuètes, le gluant/moelleux du riz (la feuille et les nouilles), la fraîcheur des crevettes, avec le sucré-salé de la sauce ... c'est le paradis des saveurs et des textures ! 

DSC07925

  ★    

Et le clin d'oeil "tendance" aux rouleaux est venu de l'achat de ce livre, pour l'anniversaire d'une copine d'Augustine, livre de cuisine "Unicorn" (oui, oui ... on est tombés bien bas). Et de sa recette de rolls "spécial arc-en-ciel, étoiles et paillettes cosmiques" (même si je cherche encore où est la licorne ?)

 

DSC03775

 (et donc, malgré - ou à cause de- nos antécédents de colorations culinaires déjantées, je crois qu'on va rester dans le domaine du rouleau classique, aux couleurs bien de chez-nous ...)

Posté par Annelleme à 12:47 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , ,

18 avril 2018

À vendre: à-venir

La vie n'est pas vraiment un long fleuve tranquille par ici …

En l'espace d'une semaine, l'entreprise qui devait m'employer et la maison qui nous abrite ont été vendues, signant d'une part, la fin de mon contrat de travail, tué dans l'oeuf, et d'autre part, un déménagement forcé pour l'année prochaine.

Le premier, c'était la très très grosse (et désagréable) surprise. Après presque 2 mois d'attente pour un visa de travail (dans ce genre de contexte), j'ai donc appris, à la fin de mon premier jour de travail (l'ambiance légèrement plombée autour de moi m'avait un peu mis la puce à l'oreille), que mon école venait de se faire reprendre par une autre (pas le même genre) et que l'offre que l'on me faisait n'était qu'une pathétique tentative de la part du repreneur de ne pas perdre la face. Voili voilou, ou comment se retrouver assise à l'arrêt de bus, dans l'aveuglante chaleur du milieu d'après-midi, l'esprit hagard. Mais-qu'est-ce-qui-vient-de-m'arriver-là ... Un autre gifle, assurément, chargée d'irrespect et de mépris. Mon premier jour d'embauche dans cette école fut donc aussi mon dernier. Rendez vous à case départ, ne recevez pas vingt mille dollars.

Le second, c'était à peine quelques jours plus tard (mais je flottais déjà, de toutes façons, dans un monde à part, mi-déni mi-déprime), mais ça se préparait depuis une paire de mois déjà: le terrain de notre condominium (condo, de son p'tit nom), vendu collectivement (enbloc sale) pour l'édification d'une ou plusieurs tours plus hautes, où on pourra mettre plus de monde pour plus cher (miam miam le juteux profit). Toute la ville en parle, du fait du prix exhorbitant de l'opération (on a frisé le milliard !). Notre voisin, propriétaire de sa maisonnette de 4 chambres depuis 17 ans, tente de rester modeste, mais il a touché le jackpot et nous on a signé de facto pour un déménagement dans l'année qui vient. Quand précisément ? On ne sait pas: les bruits courent, les effets d'annonce, les rumeurs parlent d'un an, mais l'équation est bien trop complexe pour qu'on puisse en tirer quoique ce soit de solide, tout de suite. J'espère juste que ça ne sera pas cet été ...

tulip-garden-image-1

Voici donc comment vont les choses à Singapour: vite, cher, et sans beaucoup de considération pour les états d'âmes des uns et des autres. C'est le revers de la médaille de cette efficience qu'on loue souvent. Une école (une entreprise, donc) en perte de vitesse ne le restera pas longtemps, un terrain occupé par de vastes appartements dans une petite tour de 35 ans se verra "optimisé" par un plus grand nombre de logements neufs et plus petits ... au même prix ! Pas de place pour les sentiments, même si de loin en loin, quelques uns (et ici aussi) s'émeuvent de la disparition des aires de jeux de leur enfance (et ces "anciens" sont plus jeunes que moi !).

Au milieu tout ça, il y a toujours les petits déjeuners du week end (les longs, qui s'éternisent), les enfants qui courent pour attraper leur bus, les râleries du quotidien, les petites pépites aussi. Il y a aussi les plans des vacances, les petites et les grandes, les livres de la bibliothèques, les découvertes, les amitiés, fidèles. Il y a les sourires de mon presque-plus-bébé, les projets pour l'avenir, les devoirs des grandes filles, les tables de multiplication, les livres de recettes, les sorties en course à pied, les courses au FairPrice, les grands éclats et les petites galères. Il y a l'implacable quotidien d'une famille nombreuse qui est comme un train qui ne peut pas s'arrêter, qui continue sa trajectoire, à l'aveugle, ralenti, hésitant, mais toujours en marche, parce que l'immobilité est la fin de tout.

Dans le repli qui a suivi les deux nouvelles, j'ai un peu perdu pied, mon cerveau s'est emballé, je me suis trouvée à brasser mille idées, mille projets à toute allure, comme une fuite (encore une !), pour continuer, pour repartir, refaire des plans. J'ai pensé dans tous les sens, envisagé mille projets. Plus tard, vient la décantation, le repos de l'esprit, peut-être l'acceptation: il n'y a pas grand chose que l'on puisse faire maintenant. S'asseoir et observer. Attendre, ne rien faire, laisser les choses aller et puis venir. Ne pas "se remettre en selle tout de suite après", laisser dégorger. Les turbulences dans mon travail, l'inéluctable déménagement à venir, nous rappellent la situation dans laquelle nous sommes: toujours entre-deux, jamais assurés, jamais fixés et posent à nouveau la question de "l'après-ici" (si tant est que la question n'aie jamais cessée de se poser). 

20180312_165623

Dans le grand ordre de l'univers, et même sans aller si loin, ce sont des pichenettes. Des petits soubresauts que l'on racontera plus tard, émus, parce qu'ils auront laissé des cicatrices (ou pas?), auront changé notre trajectoire, auront amené du bon (pourquoi pas ?) ou des blessures qui peineront à se refermer.


 

I’m definitely not where I want to be; I’m on my way to finding something ...

Posté par Annelleme à 14:54 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,
01 avril 2018

Pâques en Thailande, cloches et chocolat

On n'est pas, dans la famille, des grands garants des "traditions françaises", par delà les époques et les océans. Plus d'une fois, les Noëls se sont fait un peu à la va comme j'te pousse, en vadrouille, avec ce qui traînait ici ou là, les Fêtes Nationales sont souvent passées à la trappe, et les oeufs de Pâques, c'est seulement 1) quand on sait où en acheter, 2) quand on n'est pas au milieu d'un déménagement, 3) quand la température le permet et 4) quand on est en bonne compagnie. Cette année, Pâques tombait pendant les vacances de printemps des grands (oui, je sais, ya pas de printemps à Singapour, en vrai, on appelle ça les Mid-Term holidays, les vacances de mi-semestre, mais ça aide à situer le truc). 

Et pendant ces vacances, on s'est invités en Thailande, chez nos amis nouvellement installés près de Pattaya, et j'avais glissé dans nos valises une bonne quantité d'oeufs en chocolat (en pariant sur la célérité des gamins à débusquer les trésors avant la fonte !). La veille, on a fait une petite sortie dans un parc un peu déjanté, et on a sonné les cloches ! Bon, c'était des cloches bouddhistes et pas des cloches chrétiennes, mais le résultat était le même ...

DSC03154

DSC03155

DSC03158

DSC03159

Ensuite, on a lâché les fauves ! Et effectivement, il fallait surveiller les mains des petits, qui aiment à serrer précieusement leurs petites trouvailles, sans jamais les lâcher ... Avec sept enfants, de 1 à 11 ans, garder la surprise du "passage des cloches", c'était compliqué, mais qu'importe ! La joie était là, et les oeufs sont retournés illico au frigo après la chasse.

DSC03282

DSC03283

DSC03281

DSC03300

DSC03280 (copy)

Se retrouver, partager le plaisir des bonnes choses, des joies simples, des petits moments qui marquent. Pâques à Chon Buri, avec nos cousins de Shanghai ...

Posté par Annelleme à 22:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,
25 mars 2018

La chasse aux dieux

En cette période de chasse aux oeufs, mes enfants ce week-end ont inauguré un concept intéressant: la chasse aux dieux. Et pas n'importe lesquels, les dieux de l'Olympe, ceux qui hantent nos soirées depuis plusieurs mois. Parce que figurez-vous qu'une fois le feuilleton d'Hermès achevé (100 épisodes), on en remet une couche avec celui de Thésée (et 100 de plus !). On n'a pas fini d'aller se faire voir chez les grecs, moi je vous le dis !

feuilleton_Thesee

Parrallèlement à ça (parce que si mes enfants ne poursuivaient qu'une idée à la fois, ma vie serait un long fleuve tranquille), cela faisait des semaines qu'ils voulaient organiser un jeu de piste. Au départ, c'était prévu dans l'école (pendant la récré), mais j'ai eu peur de l'insuccès probable de la chose (chez une majorité d'enfants habitués à des loisirs un peu prémâchés par des professionnels) et j'ai suggéré d'offrir mon cadre domestique pour accueillir l'évènement. Comme leurs idées partaient dans tous les sens, j'ai laissé traîner, l'air de rien, ce bouquin, ramené de France l'été dernier et dont je comptais bien me servir, mais mes journées étant ce qu'elles sont, il prenait malheureusement un peu la poussière.

DSC03058

Et là, miracle, à la page 46 ... ça parle de Zeus ! Et voilà, c'était plié, manquait plus qu'à trouver la date, trier les invités sur le volet, faire les petites invitations et ... plein plein d'autres choses encore ! Là, je leur ai gentiment rappelé que c'était leur idée, leurs invités, leur jeu de piste ... et donc leur organisation ! On peut voir le côté pile "Responsabilisation, formation précoce à la gestion de projet, renforcement de l'autonomie et patin couffin" ou le côté face "Fuite en avant de la maternelle qui remplit son quota annuel d'animations ludo-pédagogiques à chaque anniversaire" . C'est comme on veut. Ça ne les a pas rebuté et ils s'y sont collé avec enthousiasme !

DSC03057

IMG-20180313-WA0004 (copy)

En vrai, je les ai pas trop laissés dans la mouise, leur rappelant à point nommé quelques élémentaires notions de planning et d'organisation quand on s'attend à voir débarquer une dizaine de mômes chez vous, s'attendant eux-même à être divertis sans trop d'efforts. Il a fallu cadrer dès le départ les grandes envolées lyriques de Salomé qui n'avait aucune idée du déroulement du jeu mais voulait s'entraîner tous les jours à nouer une toge, rassurer Augustine que ses deux boulets de petits soeur et frère n'allaient pas ruiner le schéma du jeu, garder un oeil sur qui avait répondu ou pas, s'assurer de l'approvisionnement des fournitures hétéoclites mais indispensables (mes listes de courses ont pris une tournure insolite pendant quelques jours: du maquillage, trois gobelets absolument identiques, des pommes, de la ficelle, du tissu/des draps blancs, de la peinture blanche, une image de la Grèce en format A3 ...). 

Bref, tout le monde, ou presque, s'y est mis et ça leur a pris des jours et des jours. Ils ont bricolé des accessoires divins en carton (foudre, trident, bouclier et même les ailettes aux pieds d'Hermès), esquissé un plan du condo, répété l'arbre généalogique (très simplifié, source) des dieux de l'Olympe, fantasmé sur le nectar et l'ambroisie qui les attendrait à la fin du jeu (les muffins à la banane et la jelly multicolore, c'était cadeau de la déesse-mère ...).

DSC03059

T2-H-4434-British-And-World-History-Timeline-001

DSC03025

(et aussi un petit de main pour superviser la traduction et l'impression des petites énigmes)

Le jour J, il pleuvait des cordes (mais des grosses, quoi), pas de bol, ils avaient installé le temple de Poséidon près de la piscine, celui d'Hermès, le dieu messager près des boîtes aux lettres, celui d'Athéna dans l'aire de jeu, on ne pouvait plus reculer. On a hésité un peu, mais les enfants se sont lancés, sous une mer de parapluies ... Les quelques adultes présents se sont lâchements retranchés au sec avec une petite boisson chaude, en attendant de les voir revenir (à la nage ?). La première épreuve leur a pris des plombes: ils avaient découpé la photo A3 du temple grec sur fond de ciel bleu en une cinquantaine de pièces. Sympa le puzzle à reconstituer ...

DSC03024

Ensuite, c'était plus facile et puis les foudres de Zeus s'étaient calmées apparemment. Ils ont dû croquer les pommes d'Athéna, se maquiller pour Aphrodite, orner (rapidement !) un bouclier pour Chronos, franchir des obstacles avec Hermès et trouver la pièce cachée pour payer le voyage vers les enfers d'Hadès et voilà et voilà, ils se sont bien amusés.

DSC02996

Pour la déesse Aphrodite, on se fait belles (le moment où les gars ont lâché l'affaire ...)

DSC03007

DSC03011

DSC03013

DSC03018

Et pour finir, la nouvelle génération de dieux de l'Olympe est rentrée dans son temple, s'est séchée et changée (on a beau être immortel, on n'est pas à l'abri d'un sale virus !) et s'est mise à table pour un banquet ... digne des dieux (bon, ok, la prochaine fois, je préparerai plus à manger !).

DSC03022

Cette petite aventure aura eu plusieurs mérites: occuper une après midi partiellement pluvieuse (et tous les jours d'avant !) et fatiguer les enfants (des autres !), mais aussi les initier (de leur plein gré !) à l'organisation d'un évènement relativement complexe sur du long terme, gérer leur temps et plusieurs activités à la fois, se partager le boulot, s'adapter aux changements de dernière minute, exercer leur créativité ... On a fait un petit debrief informel après ça, ils ont bien remarqué et intégré les succès et les choses à améliorer la prochaine fois ... Car c'est pas fini les jeux de piste chez nous !

22 mars 2018

Couleurs, croissance

Ce jeudi, Manech m'a fait le coup de la panne du petit garçon malade. Il sait très bien le faire: tousser un coup, sucer son pouce et me regarder par en-dessous, hurler très fort de son cri perçant... Il n'était même pas chaud, mais sa plus grande grande soeur a traîné une petite crève récemment ... Et puis j'avais un peu la flemme de l'emmener à l'école aujourd'hui, parce qu'il faut toujours traverser la piste d'athlétisme de Evans Road (en plein cagniard) et que je perds deux litres d'eau à chaque fois. Alors il a gagné une journée avec sa maman, rien que sa maman. Moi, ça a contrarié mes plans de vadrouille dans la ville, et ca m'a imposé une énergique séance de ménage, rapport à ce que notre Joker profite d'un repos bien mérité dans son île natale et que la crasse commençait à s'accumuler (et que tant qu'à rester à la maison ...).

Manech est encore à l'âge où il trouve que passer la serpillière est une activité follement excitant alors ça va, il n'a pas trop râlé de mon programme.

Mais avant ça, on a sorti son jouet préféré du moment, ce puzzle Barbapapa et on a parlé de son sujet préféré du moment: les couleurs. Car Manech maintenant, parle. Six mois après son changement précipité d'école, il a ouvert les vannes, et tous les jours, j'ai envie de m'extasier devant ses avancées, ses petites drôleries, et même ses défauts de prononciation. En vrai, je le fais pas, parce que ça fait vraiment la mère qui s'ennuie dans la vie ... Mais moi je m'ennuie pas, je pourrais passer des heures à regarder un petit garçon (le mien ... mais pas que, c'est sans doute ce qui fait que je m'éclate dans une école) faire et refaire un puzzle, tendre l'oreille à ses petites conversations avec lui-même, guetter les étincelles.

Et les Barbapapas, c'est quand même top pour un petit garcon de 2 ans qui a envie de parler des couleurs, de demander et redemander ''Et çaaaaa, c'est de quelle couyeur ?'' même quand il connait déjà la réponse. J'ai quelques petits films que j'ai été tentée de publier, mais même quand ça ne dure que 2 minutes, quand on n'a pas des petits coeurs dans les yeux à écouter un bambin babiller ses petites phrases (comme moiiiii), ça n'a strictement aucun intérêt ... Alors voici l'image sans le son ...

DSC02972DSC02973

DSC02974

DSC02976

Et puis a l'école en ce moment, ça ne parle que de couleurs ... on les mélange a de la mousse a raser, on y trempe des feuilles de choux pour les voir changer de couleur, on y met les mains, les doigts ...

IMG_2150 IMG_9892

IMG_9122 SGDK4082

Manech Mars18

IMG_0569 IMG_0576

(en vrai, je crois, il n'était pas du tout malade.)

Posté par Annelleme à 19:21 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

09 mars 2018

{this moment}

{this moment} ~ A Friday ritual. A single photo - no words - capturing a moment from the week. A simple, special, extraordinary moment. A moment I want to pause, savor and remember.

20180309_100053

Posté par Annelleme à 17:19 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
04 mars 2018

Multiple

J'avais sept ans, j'habitais en Martinique, mais je ne sais plus quel effet ça me faisait (aucun, sans doute). Tous les ans, des années durant, nous rentrions en France pour les vacances. Il fallait réviser l'arbre généalogique, les nombreux cousins et leurs filiations et moi je maudissais le sort qui voulait que mes oncles partageassent leurs prénoms (doubles ! en plus). À sept ans, je ne me rappelle pas si j'étais vraiment copine avec mes frère et soeur, mais j'aimais bien l'école de notre quartier de Long Pré, qui reste dans mon souvenir une rue calme et toute en longueur, à tout jamais écrasée de soleil.

À sept ans, je devais être en CP (?), j'avais dû aller à l'infirmerie pour avoir reçu sur le front un caillou lancé (par erreur?) par ce gars dont j'ai détesté le prénom par la suite (mais aujourd'hui, impossible de me rappeler duquel). Je me rappelle de mon école, immense (dans mon souvenir seulement), de ce terrain de sport traître parce que gravillonné de gravillons noirs qui s'incrustaient dans les genoux quand on tombait et qu'il fallait enlever un par un (aaaaaïïeuuu). Un de mes pires cauchemars de l'époque: arriver à l'école pieds nus, marcher sans douleur sur ce terrain, et pourtant éprouver face à mes copains une vague fierté (celle d'enfreindre la règle -tacite ?- qui disait qu'il fallait mettre des chaussures pour aller à l'école).

À sept ans, j'avais une maison, un balcon qui donnait sur la rue et des gros autocollants rouges qu'on collait sur les baies vitrées pour pas se cogner dedans (!!!). À sept ans, j'avais un peu peur des cyclones (quand on scotchait aussi les vitres avec des diagonales de scotch marron, pour ne pas qu'elles explosent (?)). À sept ans, j'entendais la petite musique du marchand de glaces (étaient-ce vraiment des glaces ?) qui passait dans la rue, mais je n'avais pas d'argent de poche évidemment, et je n'ai jamais su quels parfums il vendait.


J'avais dix-sept ans, j'étais Française de France depuis presque 4 ans déjà, Bretonne ou pas, j'habitais chez mes parents. J'allais au lycée sans grande passion mais sans angoisses non plus. Je m'étais faite une raison, entourée de tous ces petits matheux malfaisant prépubères à lunettes, je me sentais un peu seule quand même, surtout quand il fallait aller au CIO (Centre d'Information et d'Orientation, paix à son âme) pour parler de mon avenir et que ça ne me disait rien-mais-rien. Deux fois par semaine le soir, j'allais à mon cours de ju-jitsu (cours pour adulte: il n'en n'existait pas pour enfants), ma partenaire, une Maëva menue était brune de peau, on détonnait dans ce groupe de bonshommes bretons et pères de famille, mais sympa et soudé. On travaillait dur pour les championnats départementaux et régionaux, c'était une aventure.

À dix-sept ans, je m'étais convaincue que j'étais (et serait, pour le restant de mes jours) une imbécile heureuse. Imbécile à cause des matheux de ma classe de Première S spé Maths, de mes sales notes, et de mon prof de "Sciences expérimentales", mais heureuse à cause de ... je ne sais pas. J'y croyais dur comme fer, c'était mon mantra, ça me rassurait quand le monde autour devenait trop oppressant, et justifiait la modestie de mes résultats scolaires. J'avais dû passer mon bac de français cette année-là aussi, je me souviens de mes notes, mais pas du contexte. 

À dix-sept ans, je conduisais la voiture de mes parents en Conduite Accompagnée, on se fritait quand je prenais un rond-point trop vite, mes fraternels ricanaient derrière (sans se douter qu'ils allaient en baver aussi après). Je prenais le bus trop tôt le matin, j'avais laissé tomber le VTT offert quelques années plus tôt, en partant au lycée dans la grande ville. En préparant mon permis, je regardais les gens dans les voitures à côté, particulièrement ceux qui avaient l'air bête et je me disais "S'il ou elle a pu l'avoir, moi aussi je peux !". Ça a dû marcher comme stratégie ...

À dix-sept ans, j'avais hurlé "On est les champions !" avec la fougue qu'on a à cet âge-là, j'avais été transportée de cette image d'Épinal des "Black, Blanc, Beur", j'y croyais fort (je n'ai plus jamais regardé du foot depuis, sauf ce jour). Et puis c'était l'été de mes premières vacances sans les parents, une longue rando dans les Alpes italiennes (le programme ucpa le plus long et le moins cher: on bivouaquait sans tente et on a joué aux chasseurs-cueilleurs parce qu'on avait trop faim ...). On avait chanté et dansé ce soir-là, c'était un bel été, celui des premiers amis et amours de vacances (♪ ♫ ♩ ♬ la la la ha ha ah). 

À dix-sept ans, j'avais des copines, que je n'ai plus jamais revues après avoir quitté mes dix-sept ans (et ça ne m'a fait ni chaud ni froid, yek). À dix-sept ans, évidemment, je commençais à comprendre d'où je venais (en l'assumant, parfois) mais je n'avais aucune idée d'où je voulais aller, ni comment, ni avec qui. C'est beau d'avoir dix-sept ans, pour ça: l'avenir est encore lointain, il tolère un flou, un vague, tous les "on verra". À dix-sept ans, mes problèmes du moment me paraissaient suffisamment conséquents pour ne pas me préoccuper de ceux à venir ...


À vingt-sept ans, j'habitais aux Pays-Bas. "La Hollande", comme ils disent, mais en vrai, c'était la province de Hollande du Sud (Zuid Holland), du pays des Pays-Bas (non mais). À vingt-sept ans, j'étais mariée, j'avais un boulot, une petite fille et tout le monde attendait que je ponde un petit garçon, pour avoir le choix du roi (grincement de dents). En vrai, à vingt-sept ans, je rayonnais pas complètement de bonheur. Entre deux boulots, entre deux petites filles (mais je ne le savais pas encore), entre deux coupes de cheveux, entre deux pays (à venir aussi). À vingt-sept ans, je gagnais déjà moins que mon mari, dont j'avais corrigé le mémoire de fin de Master pour qu'il puisse avoir les félicitations du jury, mais ça m'allait quand même. J'avais quitté mon tout premier boulot pour un autre "mieux" qui ne m'allait finalement pas (dommage), je fabriquais, dans des petites usines miniature, de la nourriture liquide pour malades dans le coma (tu parles d'une niche).

À vingt-sept ans, je parlais néerlandais (depuis, j'ai presque tout oublié), j'allais au boulot en voiture (pourtant j'aimais bien mon vélo), j'avais ma propre maison, mon "nid familial" à Delft. À vingt-sept ans, je disais que j'habitais à l'étranger avec un peu de fierté (après, je ne l'ai plus dit). À vingt-sept ans, j'avais oublié le sens du mot "grass' mat", mon dilemne quotidien était "sein ou biberon?", je courais les kringloopwinkels pour habiller ma toute Petite de vêtements d'occasion. À vingt-sept ans, on sortait faire des pic-nics au Delftsehout avec les copains, on faisait encore un peu semblant d'être étudiants, notre appartement était tout petit. Mes copains de vingt-sept ans, je les ai toujours, seules quelques dizaines d'heures de voyage nous séparent ...

À vingt-sept ans, j'avais été frappée par ce numéro de Courrier International qui titrait "Travailler moins, gagner moins et vivre mieux", j'y avais pensé des mois durant, ça m'avait fichu le moral en l'air (ou bien, c'était la grisaille néerlandaise). Au lieu de cogiter, j'aurai du bouquiner, tiens ! À vingt-sept ans, quand j'avais annoncé à mes collègues que je partais pour Singapour, on m'avait dit "Tu vas faire femme-de" (bam !). Sur le coup, ça m'a glissé dessus comme une goutte d'eau sur une motte de beurre. Qu'importe, je partais à l'aventure !

À vingt-sept ans, il venait de m'arriver un des trucs les plus importants du monde (ma P'tite fiiiiiille !), et je me sentais pousser des ailes: partir, partir loin, frénétiquement, qu'importe les contraintes, les pertes, les difficultés. À vingt-sept ans, j'avais ma petite Salomé qui partait avec moi, j'avais ma petite Augustine a l'âge charmant des moins-de-deux-ans, j'avais MonsieurPapa qui sentait le vent de l'Est lui gonfler les voiles.


J'ai trente-sept ans, j'habite (encore une fois) à Singapour (non, cela ne fait pas partie de la Chine, ne pas confondre avec Hong Kong). Quand je me déplace, quatre petites paires de pattes se mettent en mouvement (ça fait de l'inertie, mais pas autant qu'on pourrait l'imaginer).  À trente-sept ans, je fais (presque toutes) mes nuits, ça semble bête comme ça, mais je l'aurai pas parié il y a peu. Je redécouvre donc que j'ai vraiment besoin de beaucoup dormir pour fonctionner correctement. D'ailleurs, j'vais m'coucher au lieu de continuer à raconter des âneries.

À trente-sept ans, quand on me demande d'où je viens et que je compte sur mes doigts, ce n'est pas de la fausse modestie: je n'arrive pas à maintenir dans ma tête un nombre fixe d'endroits où j'ai habité (on compte ou pas les pays-doublons et les séjours de moins de 6 mois ?). Et je m'en fiche: je ne me définis plus à partir de d'où-je-viens. J'essaie de ne pas trop parler de ça, je sais bien que ça saoûle pas mal de gens, tout comme je ne tends pas la main pour me présenter en disant "Bonjour, j'ai trente-sept ans et quatre enfants." Ça les regarde pas. Des fois pourtant, je réalise que je commence à avoir un peu de bouteille (le comble quand on ne boit pas d'alcool !).

À trente-sept ans, quand je travaille, je gagne environ dix fois moins que mon mari (dont je ne corrige plus les rapports, d'ailleurs ... son cas est désespéré), mais ça me va encore. Petit à petit, je me rends compte que mon vrai travail est, au sens premier du terme, inestimable, et je me satisfais de mon rôle de facilitatrice. Mais à trente-sept ans, et depuis que mon Dernier a son propre emploi du temps, je recommence à utiliser (des fois) la première personne du singulier, dire "J'ai envie d'aller là, de faire ceci ou cela", même si je me fiche toujours du parfum du dernier yaourt ou de donner ma part de gateau à celui ou celle qui a fait tomber la sienne par terre.

À trente-sept ans, quand je vais au playground du Jardin Botanique, j'ai envie de dire "Relaaaaaax" aux parents d'à côté qui tannent leur gosse pour qu'il prête ses jouets, mais l'empêchent de s'approcher de ceux des autres. Je sens les regards sur moi quand je me ballade avec ma portée, des admiratifs ou des apitoyés, je lis dans leurs yeux la question "Ils sont vraiment tous à vous ?" (qu'on m'a déjà posée d'ailleurs: un pari sur le fait que je n'étais qu'une infortunée baby-sitter). J'avoue: à trente-sept ans, des fois, je m'amuse à jouer la mère super-zen, entretenant ainsi des mythes urbains culpabilisateurs pour les pauvres primipares (mais si on n'a pas ça comme petites satisfactions à avoir 4 enfants, à quoi ça sert alors ?).

À trente-sept ans, je n'ai plus de voiture, toujours pas de maison "à moi". J'adore prendre le bus à Singapour et je bénis ces applis sur mon téléphone qui me permettent de savoir laquelle, parmis les centaines de lignes, je dois prendre pour faire ce trajet jusqu'ici inconnu. Je voudrais bien reprendre le ju-jitsu et les cours de chinois, mais je me rends bien compte que l'insouciance d'avant s'est barrée pour de bon. J'ai un programme "childcare" qui tourne en arrière-plan en permanence et même en re-bootant la machine, ça repart, c'est pire qu'un virus ce truc.


J'ai donc trente-sept ans. Un foutu nombre premier. Multiple de rien du tout.

Ils ont dû se tromper, mon trente-sept à moi, c'est un multiple de tous les autres, ceux qui sont passés avant lui, qui complexifient chaque jour un peu plus l'équation de ma vie. À quoi bon sinon ?

26 février 2018

Un an de maison à Singapour

C'est mon amie qui me l'a rappelé: cela fait un an que nous sommes revenus à Singapour. Il y a un an, nous étions en Nouvelle-Zélande, que nous nous apprêtions à quitter, le coeur très très gros, après plusieurs mois d'aventures, de découvertes, d'amitiés, de vie en liberté.

20171213_162458

Botanic Garden - décembre 2017

Nous avons retrouvé une école, une maison, un boulot (pour MonsieurPapa), une routine. Deux mille dix-sept a donc été l'année du retour à la normale après tous ces vagabondages, avec quand même un petit coup de blues pour moi sur le début. 

20180205_130351

Everton Road - février 2018

En arrivant, il y avait quelques urgences: trouver une maison, trouver une école pour les grands, ce qui s'est fait plutôt rapidement et sans accroc. Un an plus tard, nous avons toujours la même maison (malgré une procédure en cours de enbloc -mise en vente collective de la résidence pour destruction ultérieure- qui nous pend au bout du nez) et les trois grands enfants ont presque fini une année scolaire complète (youpi !). Et ce qui ne gâche rien, c'est que leur école, ils s'y sentent comme des poissons dans l'eau (elle est faite pour eux !). Alors forcément, on est contents.

DSC01735

Safari Zoo Run - janvier 2018

Côté Manech, c'était plus délicat. J'avais beaucoup tergiversé pour lui trouver un chouette endroit, avant d'opter pour cette école "bilingue" Montessori qu'il a commencé en août.

Fiasco total.

Comme quoi ça peut marcher sur le papier, mais la réalité, c'était pas ça: il n'aimait pas, il pleurait tous les soirs, c'était vraiment pas la joie. Il a tenu quelques semaines à peine, avant que je ne l'en enlève un peu en catastrophe. Dans sa nouvelle école locale/internationale, il s'est épanouit comme un fleur dans la rosée du matin, c'était le jour et la nuit, un truc de fou. Lui qui ne disait pas un mot (dans aucune langue), s'est décidé à parler (dans les deux en même temps), il s'éclate, il danse, il peint, il joue, il adore y aller, revient avec plein de petites chansons.

IMG_4231

"We're going on a bear hunt ! We're not scared !" - octobre 2017

Moi non plus, elle ne m'a pas réussie cette école, d'ailleurs. Inutile de revenir sur cet autre fiasco, si ce n'est pour en tirer un certain nombre de conclusions sur ce que je suis et où je dois errer dans le futur. 

Dans cette deuxième première année singapourienne, j'ai couru, au Jardin Botanique, le soir, le matin, au MacRitchie, dans tous les parcs possibles. J'ai pédalé pour aller au travail, j'ai fait beaucoup d'aller-retour vers et depuis les écoles des uns et des autres. J'ai rencontré pas mal de gens, mine de rien, j'ai tissé ma toile, pour le plaisir, et puis avec à l'esprit que les CV c'est has been, ce qui marche maintenant c'est les relations

En 2017 à Singapour, on a repris nos habitudes asiatiques: partir en vadrouille, moins loin et moins longtemps que l'année d'avant, mais ce genre de "petits" voyage c'est vraiment ce qui me plaît aussi. 

DSC01882

East Coast Park - février 2018

Notre avenir ici est incertain, comme il en a toujours été depuis une quinzaine d'année, en fait. Chaque fois que la question se pose, elle est balayée, poussée sous le tapis. Les enfants sont bien. Nous, on y trouve notre compte aussi. À chaque jour suffit sa peine.

En 2017 à Singapour, j'ai retrouvé l'Asie du Sud Est, que j'aime tellement, et pourtant, les dieux m'en sont témoin, comme j'avais traîné les pieds pour venir! En 2018 à Singapour, je m'y trouve plutôt bien. Est-ce l'endroit ? Ou cette force invisible, cette conviction tranquille que je peux me sentir bien partout, tant qu'ils y sont bien eux aussi ?

DSC02896

 

25 février 2018

Force de la nature

DSC02890

Posté par Annelleme à 08:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,
20 février 2018

Borobudur, ou le voyage pas-comme-prévu

J'ai cette destination dans la tête depuis 2012, et le début de ma formation de Guide Volontaire au Musée National de Kuala Lumpur. Dans la deuxième galerie du musée, celle qui parle du monde malais, il y a une grosse maquette d'un bateau en bois, de ceux qui naviguaient d'île en île dans l'archipel indo-malais et une photo: celle d'un bas relief représentant un bateau, sur une paroi d'un temple bouddiste du 8ième siècle, quelque part en Indonésie, sur l'île de Java. Ce bateau m'a toujours fascinée, en même temps que ce qu'il représente: une facette de la culture de cette région, peu connue des Occidentaux, qui témoignait de leurs exceptionnelles compétences de navigateurs. Et je m'étais dis à l'époque: "Un jour, j'irai le voir".

DSC02068

(en fait, il y a plus d'un bas-relief représentant un bateau ... et c'est pas çui-là !)

Et voilà. J'ai réservé des billets pour Borobudur. 

En fait, c'était des billets pour Yogyakarta, parce que Borobudur, c'est pas non plus une métropole régionale. À Singapour il y a quelques jours fériés pour le Nouvel An Chinois, on ne voulait pas vraiment se faire un long voyage dans la région, juste sortir de Singapour, aller voir cet endroit.

Pour une fois, je n'avais lu aucun guide touristique du coin avant de réserver. Si je l'avais fait, nous ne serions jamais partis. Parce que février, c'est à peu près le pire mois pour aller à Java: c'est la saison des pluie, la période la plus humide, disent-ils. L'instant où je m'en suis rendue compte (recherche "weather Borobudur") m'a vue bien seule devant mon ordinateur ... juste avant que j'aille extirper les imperméables du placard de l'entrée, ce que je ne fais jamais évidemment (à six, on ne se permet généralement pas ce genre de superflu dans les bagages). Parce que zut quand même.

Le jeudi, on a atterrit sous la pluie, roulé sous la pluie, salué notre hôte Andreas sous ... etc ... Je me suis payée une bonne barre de déprime, la météo nous promettait 5 jours de flotte ininterrompue. J'ai été tentée de regarder les conditions de changement de nos billets d'avion, j'ai tourné en rond dans ma tête parce que les enfants tournaient en rond dans leur chambre (pourtant sympatiquement décorée et agrémentée d'un cheval de bois fait maison et fourni par Andreas). MonsieurPapa a dû supporter ma mauvaise humeur naissante (pourtant j'ai fait des efforts). Nous logions dans une adorable petite homestay multicolore, environnés de petites choses miroitantes et pendouillantes, de peintures, de sculptures, de plantes, dans une ruelle près du marché populaire, loin des hotels chics et chers, mais dont le propriétaire (un ancien marin au très long cours) allait s'avérer adorable et plein de ressources.

DSC01907

DSC01908

DSC01909

DSC01911

DSC01912

(la référence au Douwe Egberts Koffie ... pour ceux qui sont passés par les Pays-Bas, ça fait un peu sursauter: Dat klopt, we zijn in Indonesië!)

DSC02142

Le soir, on s'est bougés (sous la pluie), pour aller dîner, on s'est retrouvés devant deux portes closes (à 19h30 hors saison, ya plus à manger ...), on a réussi à se sustenter tout de même et au retour, on a voulu couper par le petit chemin qui longe la rizière, derrière chez. Et là, on a failli perdre Salomé (au sens figuré, hein !), parce que c'était tout noir (malgré mon heureuse intuition d'emporter nos faibles lampes de poche ... ), qu'on suivait un sentier qui faisait floc floc (et cette lutte interne contre l'appréhension de tremper son pied quasi-nu -quand il pleut sous les tropiques, on ne met pas de chaussures fermées !- dans de la boue qu'on ne voit pas - Que peut-il y se trouver dans cette boue ?), et qu'en plus on n'était pas trop sûrs du chemin (avec des grosses ornières à droite et à gauche).

Je me suis rappelée qu'à Singapour, on emmène les enfants (de plus de 10 ans) faire l'expérience de leur vie: un night confidence walk où ils cheminent à la queue-leu-leu sur un chemin bétonné avec des arbres de part et d'autres après la tombée de la nuit (mais ya des petits bâtonnets lumineux tous les cinquante mètres quand même ...). Salomé, elle était au bord des larmes et de la panique, je crois que si elle avait pu, sur le moment, elle aurait changé de famille illico !


 

Le lendemain, je me suis réveillée morose jusqu'à ce que je constate que, même s'il restait encore une certaine densité d'humidité dans l'air, le ciel était sec. Alors, vite-vite, j'ai embarqué tout le monde vers le temple, le fameux temple, me répétant à moi-même: "Au moins, s'il flotte le reste du séjour, on aura vu les Bouddhas au sec".

Le temple de Borobudur (Candi Borobudur), je l'imaginais un peu comme dans mes souvenirs d'Angkor, et sur le moment, j'ai été saisie d'une pointe de déception: il est en plein coeur de la ville, ceinturé de verdure, mais quand même, tout autour, il y a les carrioles des vendeurs de nouilles et de saucisses venues de l'espace (parce qu'en vrai, c'est pas vraiment de la viande), la rue qui fait du bruit, les camions, les bus qui circulent et font du bruit. Rien qui rappelle vraiment la forêt dense et calme du Cambodge, les longueurs des routes rectilignes qui s'enfoncent entre les arbres, une certaine déférence qui s'impose et l'image d'Épinal du temple perdu dans la jungle ...

Du fait du petit décalage horaire (une heure), nous étions à point d'heure sur les lieux et la suite nous a donné raison car l'endroit est fort touristique quand même. Bizarement, peu d'Occidentaux, beaucoup de familles et de groupes d'Indonésiens, auprès desquels nos têtes de laowais (oui je sais, c'est pas la bonne référence culturo-linguistique) ont eu beaucoup de succès. Un certain nombre de ces visiteurs sont donc repartis avec moult portraits de Français au milieux de leurs photos de Bouddhas ... 

Mais revenons au temple en lui-même, qui est une sacré merveille, voilà c'est dit. Construit au 8ième ou 9ième siècle, il a été oublié et partiellement détruit puis recouvert des cendres des volcans alentours. Comme les temples du groupe d'Angkor il a été redécouvert par des Européens et reconstruit, pierre par pierre (et on nous rappelle au passage que ça a coûté une blinde à l'Unesco). Il est massif, sombre, géométrique, concentrique. On retrouve des constantes d'autres temples en d'autres lieux, magie de la pensée religieuse qui voyage, s'adapte et se transforme, mais garde son âme. Comme je l'avais découvert en visitant le Temple du Ciel à Beijing, les étages du bas sont carrés (la Terre), ceux du haut sont rond (le Ciel), et je ne sais pas pourquoi, cette symbolique me touche.

Il y a des hautes marches inégales, des statues de Bouddhas par centaines, de celles que j'aime: les Bouddhas d'Asie du Sud Est, minimalistes à l'air serein, pas les Chinois, replets et rigolards. Il y a aussi des kilomètres de fresques sur les murs, restaurées ou pas, parfois envahies de mousses vertes, "lisibles" ou pas. Nous n'avions pas de guide, mais j'ai un peu regretté de n'avoir pas quelques semaines de libre (comprendre, sans bambins) et un expert à disposition qui m'aurait raconté tout ça (et un parapluie/parasol bien occultant histoire de supporter les éléments pendant la conférence).

Tout en haut, ce n'est ni carré ni rond, c'est le nirvâna, évidemment (et ça se mérite, à cause de la chaleur et de la foule à affronter), mais on a gentiment tourné autour, parcouru toutes les coursives, pris notre temps. Je cherchais le fameux bateau (que je n'ai finalement pas vu de mes yeux: preuve s'il en est besoin, que je vais devoir y retourner), et MonsieurPapa cherchais à fuir les autres visiteurs qui se contentaient d'un aller-retour au nirvâna (mais y z'ont rien compris à la vie ou quoi ? la beauté est dans l'ascension).

DSC01917

DSC01928

DSC01967

DSC01961

DSC01976

DSC01963

DSC01980

Parfois, les nuages trouaient et on aperçevait les volcans ...

DSC02021

DSC02031

DSC02039

DSC02099

Alors on y a passé du temps, on a soutiré aux enfants de parcourir chaque galerie sous des prétextes fallacieux (chercher le bateau ! chercher la scène de la conception du Bouddha, avec la reine Maya et l'éléphant à six défenses !), jusqu'à ce qu'ils soient vidés de toute leur eau et de toute leur énergie. On les a récompensés après ça à coup de bons petits plats du coin et d'une petite séance de tir à l'arc dans l'enceinte du parc. Après ça, MonsieurPapa a voulu retourner dans le temple pendant que je faisais le tour du parc avec les petits ... On ne l'arrêtait plus.

DSC02116

DSC02123

DSC02122

Et puis quand même, on est rentrés, tout estourbis de chaleur et de fatigue... En fait de prévisions pluviosissimes, on s'est pris quelques légers coups de soleil, et je me suis dit "Bon, ça y est, mon voyage est gagné; éléments, déchaînez-vous si tel est votre dessein, j'ai eu ce que je voulais."


Le deuxième jour, il faisait beau malgré la pluie nocturne. En fait, c'était encore mieux: la rosée brillait dans la lumière du matin, les couleurs étaient déjà incroyables dans le calme de notre ruelle ...

DSC02130

DSC02132

 ... et MisterJo grelottait de fièvre dans son lit. Allons bon. Une méchante récidive de la sinusite consécutive à notre échappée viet' du début d'année, ça se voyait tout de suite. Damned, je me suis dit, alors que ça promettait du bon... Ni une ni deux, notre hôte choppe une moto pour MonsieurPapa et un "rendez-vous" chez le docteur du coin, à même pas 8 heures du matin. Une demie-heure plus tard, ils étaient de retour, avec un diagnostic express en bahasa (heureusement qu'Andreas était là, parce que personne ne parlait anglais, et dixit MonsieurPapa, la "clinique", c'était un coin de table ...) et une dose d'antibiotique de cheval (sans rire, c'était un truc à usage vétérinaire !). Ben voilà, des fois, faut s'asseoir sur ses principes et prendre ce qu'il y a (et en être content !). Le fait est que ce truc a fait des miracles, bien mieux que le traitementde KK Hospital à Singapour (et pour beaucoup beaucoup moins de roupies/dollars ...).

Quand même, je l'ai laissé à la maison couver ses microbes, le temps d'une petite balade dans les rizières pour monter au petit temple (Candi Selogriyo) au sommet d'une petite colline, au nord de Borobudur. J'ai donc emmené les filles et le petit Manech et c'était super chouette (et ça montait un peu ! sous le soleil du matin, j'ai sué à porter MiniMan qui s'est offert un petit roupillon dans le porte-bébé !). Il y avait dans le village en contrebas une espèce de fête, avec des hommes qui faisaient voler des pigeons depuis les flancs de la montagne. J'ai appris plus tard que c'était un concours de vitesse en vol. Je regrette de n'avoir pas pris de photos de ce concours de vol. On était bien tranquilles dans ce petit coin de campagne...

DSC02180

DSC02182

DSC02169

DSC02171

(oui, la structure est quelque peu ceinturée ... mieux vaut ça que de se prendre un gros tas de pierres sur la figure, je suppose)

Et on était de retour pour le déjeuner, quel bonheur !

L'après-midi, MonsieurPapa avait très envie de retourner au temple de Borobudur pour voir les lumières du couchant (à défaut de voir le soleil se coucher, car s'il avait arrêté de pleuvoir, les nuages s'accumulaient dans l'après-midi). Moi j'ai pris mon ticket de babysitter et j'ai regardé (et trié !) ses centaines de photos ... Le principal intérêt d'y aller le soir, c'est que le temple s'est vidé des visiteurs du jour et qu'on est un peu seuls au nirvâna (moyennant finance, évidemment), on peut profiter du calme et apprécier l'endroit. Ils en sont revenus ravis, que demander de plus ?

DSC02233

DSC02228

DSC02256

DSC02305

DSC02328DSC02388

DSC02428

DSC02438

DSC02433


 

Le troisième jour, il faisait encore beau (mais c'est quoi ces prévisions ?) MisterJo avait recouvré sa santé de fer (depuis cet épisode, je ne jure plus que par les antibiotiques indonésiens !), alors Andreas a dit "Je vous emmène quelque part, je vous en dit pas plus, mais ça va vous plaire". A sept sur trois scooters, on a roulé longtemps, sur les petites routes de Java, on a passé des rizières, on a grimpé dans la montagne. Une fois en haut, on a posé les scooters, laissé quelques billets à la dame de la cahute en bambou, et là ... j'ai eu encore eu envie de changer nos billets. Pour rallonger le séjour cette fois-ci.

DSC02477

DSC02489

DSC02495

On a descendu des passerelles en bambou suspendues au dessus de petits vallons, on a suivi le cours de ruisseaux enchantés (de celui-ci, si on boit son eau claire, on a la jeunesse éternelle, de cet autre ... la richesse !), on a enjambé une cascade et on a découvert ce bassin magique: bleu turquoise lacté, un petit muret qui faisait comme une sorte d'infinity pool (le truc à la mode) qui ouvrait sur une jungle dense, l'ombre des grands arbres autour ... et personne, ou presque. Le genre de petit paradis sur terre que je dessinerait si je savais tenir un crayon ... 

DSC02502

DSC02649

DSC02514

Évidemment, je n'avais pas emmené les maillots, et évidemment, cela n'a posé aucun problème ... Providentiellement, il y avait un autre cabanon où un gars vendait des bols de nouilles instantanées et louait des chambres à air. Que demander de plus ? Les heures et les plongeons se succédant, des petits groupes et des familles d'Indonésiens et quelques étrangers aussi sont venus se tremper, dans une ambiance bon enfant (c'était un dimanche). Il faisait bon et frais, on n'entendait que la cascade et les rires des uns et des autres.

DSC02517

DSC02521

DSC02550

DSC02604

DSC02572

DSC02576

DSC02615

DSC02627

DSC02561

Oui, à un certain moment, Manech s'est retrouvé attablé devant cette assiette, et ça aurait pu très mal tourner. Il aime vivre dangereusement cet enfant ... 

DSC02606

Mais il a quand même fallu quitter ce paradis perdu. Andreas nous a expliqué qu'étant du coin, il a longtemps ignoré l'existence de ce petit trou de verdure et de rivière, et qu'il l'avait découvert grâce ... à un Italien ! Le genre d'endroit dont on se passe le nom de bouche à oreille et qui, on l'espère, ne figurera jamais dans le guide du routard.

DSC02632

DSC02642

En continuant à monter un peu, on a vu la mer ! On est à quelques brasses de l'Australie ...

DSC02652

DSC02657

DSC02662

Sur le chemin du retour, on a fait une halte pour s'ouvrir un durian (c'est la saison). Les garçons de la famille en on mangé, les filles se sont abstenues. Une fois suffit, merci bien. Mais ceux-ci semblaient moins odorants que les nôtres, à Singapour (chair plus claire). De retour à Borobudur, et après beaucoup de kilomètres sur deux-roues, MonsieurPapa a profité du joli lit indonésien, les enfants ont joué tout ce qu'ils pouvaient (ils ne s'arrêtent donc jamais ?), en invitant même les petits voisins à se joindre à leurs jeux, moi, j'ai continué à mitrailler. On avait à nouveau pris quelques couleurs (parce que du coup ... je n'avais pas jugé utile d'emmener de la crème solaire, ah ah ah).

DSC02667

DSC02680

DSC02672

DSC02676

DSC02681

DSC02678


 

Le quatrième jour, il faisait ... toujours beau (non mais là, j'ai juré mes grands dieux de ne plus jamais regarder la météo en vacances, voilà, c'est fait). On n'avait pas encore complètement épuisé le stock de temples à visiter dans le coin (héhéhé), alors, on a repris les scooters, mais un peu moins roulé que la veille pour aller à Candi Pawon, puis à Candi Mendut (oui, candi -prononcer tchandi, ça veut dire temple).

Pawon est un tout petit temple (mais tout petit alors !), au petit matin, il n'y a personne, sauf des vendeuses de souvenirs qui vous assaillent pour vous vendre tout un tas de petits objets (et une famille avec tant d'enfants, alors pour elle, c'est génial, ya de l'opportunité !). On en fait vite le tour, mais la lumière du matin, très pure, est belle.

DSC02701

Un peu plus loin, il ya le temple de Mendut, qui est plus grand, mais sans commune mesure avec le Candi Borobudur. On en parle à cause de sa statue de Bouddha non-conventionnellement assis (les deux pieds par terre), mais ce qui frappe le plus, c'est cet immense figuier banian juste à côté, qui est presque aussi volumineux que la construction de pierre. Les enfants jouent à se balancer dans les lianes, pendant que les grands font le tour du temple (et négocient menus souvenirs dans les boutiques d'à côté).

DSC02704

DSC02707

DSC02719

DSC02721

DSC02726

DSC02733

DSC02742

DSC02747

Un peu plus tard, Andreas vient nous retrouver et nous mène, par les petits chemins entre les rizières, vers la maison d'une femme artisan qui fait du batik. Oh comme j'aime ce genre de petites séances de découverte, dans la simplicité de la petite salle aménagée juste à côté de sa maison (et pas dans un hangar conçus pour maximiser le nombre de touristes chinois), avec les poules et les enfants du coin qui jettent un coup d'oeil à ces étrangers en passant. Elle nous montre donc comment tenir le petit stylet que l'on remplit de cire liquide, comment le déposer sur le tissu ... Chacun son oeuvre, chacun ses galères de gouttes ! N'est pas artiste qui veut ! Ensuite, elle teint le tissu, retire la cire en chauffant et la magie opère (et on pose pour le avant/après !).

DSC02755

DSC02759

DSC02765

DSC02764

DSC02767

DSC02776

DSC02789

DSC02802

Et quand yen a plus, yen a encore ... L'après-midi, pendant que je couvait la sieste de MiniMan, les grands et leur père se sont embarqués pour une petite sortie en rafting sur la rivière d'à côté (modeste, au regard de leurs baptêmes kiwis ici et , mais ils ne boudent pas leur plaisir). Et pour une fois ... il a plu ! Mais ils s'en fichaient: ils étaient déjà mouillés !!!

IMG_5484

IMG_5512

IMG_5514

IMG_5498

Et la pause, sous la pluie ...

DSC02825

Et un petit intermède gastronomique ... Tous les matins de ce séjour, on s'est régalés des douceurs apportées par notre hôte, douceurs bien consistantes car très souvent préparées à base de riz, de patate douce, d'igname, de noix de coco, de banane (ou tout ça à la fois), sucrées au sucre de palme (sucre de noix de coco) et parfumées au pandan. Tout ce que j'aime (mais à la longue, on a l'impression de ne se nourrir que d'enclumes). Beaucoup de ces petits en-cas sont cuits à la vapeur dans des feuilles (de bananiers ou autre), ce qui est formidable car on peut les emmener dans un sac ou une de nos boîtes et jeter l'emballage (la feuille) dans la nature après consommation. Et la découverte la plus sympa, c'est ces espèces de "sucettes" faites d'une pâte de riz assez dense (semblable à de la pâte de fruit), enroulées dans une feuille séchée assez résistante, avec un "baton poussoir" à la base. Pour manger, il faut dégager un peu le dessus et puis pousser au fur et à mesure que l'on déguste: la version "faite-maison" et écologique d'une glace bien connue !

DSC02843

DSC02839


 

Le voyage de retour (Borobudur-Yogyakarta-Singapour) a été incroyablement facile et sans histoire, c'est l'un des voyages les plus fluide que j'ai jamais fait avec des enfants. Je fais le pari de croire que les quelques jours que nous venions de passer, loin de la grosse ville, dans un endroit simple et beau, à prendre notre temps, à rencontrer de belles personnes et voir des merveilles, nous ont fait un bien incroyable.
Ce voyage restera donc comme celui qui ne s'est pas passé comme prévu ... et c'était très bien comme ça !