Dix pieds sur Terre

19 octobre 2018

Confiance

Petit déjeuner de vacances, pas de montre, pas d'horaires ...

Joseph: Anne, pourquoi tu as deux bagues ?”

J'explique: bague de fiançailles, bague de mariage (alliance).

Et pourquoi Cédric il n'en n'a qu'une seule?”

En fait, je ne sais pas … c'est la tradition que seules les femmes portent des bagues de fiançailles (?)

Ah non mais moi je sais pourquoi ! C'est parce que c'est une bague de fille-ançailles ! C'est une bague que pour les filles !”

Sourire triomphant, le Joseph.

Impossible de ne pas vérifier.

L'internet nous apprend finalement que “fiançailles” viendrait indirectement du latin confiare, confier à.

Et alors la conversation roule sur cette idée (un peu sexiste quand même) de “confier” sa fille à quelqu'un. Et puis aussi sur la confiance qu'il faut pour confier un objet précieux et aussi pour se fier ou se confier à autrui. Ils sont toute ouïe, et moi, tout dedans, je suis comme ça ...

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La journée commence bien ...

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14 octobre 2018

Tracer, lire, compter ... à trois ans

Mon dernier petit grandit, émotions universelles, que l'on n'en ai un, deux, trois ... ou plus. Le petit dernier grandit, on a envie de se pencher sur lui avec une loupe, de voir tout plus grand, plus gros, de ne rien perdre, de ne rien laisser filer ...

Écouter Manech c'est comme sucer un petit bonbon, parce que tout ce qu'il dit de sa p'tite voix, c'est de la musique à mes oreilles.

Mais les heures de sa vie s'écoulent, et il tend maintenant la main vers l'outil, la craie ou le crayon. Il veut laisser (encore plus) sa trace. Je le surprends devant l'ardoise noire, devant une feuille de papier, un pinceau à la main. C'est un moment où il ne parle plus (ouf ?), il s'absorbe, il grandit en silence.

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Ce n'est pas dérisoire. Tracer des semblants de ronds, scruter les échelles qu'il me demande de lui dessiner, c'est la réponse à un besoin qui commence à l'habiter. Depuis sa naissance, il a absorbé beaucoup avec ses sens, vu des choses, touché, senti, ressenti, et ce n'est pas fini. On peut avoir envie d'y voir une activité passive, mais c'est une erreur. Ce n'est pas parce que c'est invisible que ça n'existe pas. Il s'est tu pendant des mois, et puis sa parole est sortie, vivante, vibrante.

À l'école, évidemment, il peint et "dessine". À la maison, il veut toujours que je lui fasse des voitures qu'il observe et conserve avec ravissement. Il se retient encore un peu, mais crayonne avec de plus en plus d'enthousiasme.

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(et parfois collectivement)

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Et puis ce qui change aussi, c'est que ça y est, il est tombé dans la marmite familiale de la lecture. Oh bien, sûr, il ne fait que tourner les pages. Mais des pages, il en tourne. Et de l'obstination, il en a, à redescendre des piles de Tralalire dans le salon pour s'installer sur le canapé et se les enfiler (tous !), un par un, quand une armée d'adultes malveillants s'obstinent en retour à les remonter à l'étage. 

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Il a cette exacte même position que sa grande soeur Salomé, qui tendait toujours ses petites jambes à cet âge, pour y poser son livre ou son jeu (les deux autres ... non, allez savoir ?).

Il commence aussi à compter sur ses doigts et lorgne du côté des lettres/chiffres ... Rien que de plus normal, finalement, mais "ça fait toujours comme ça", je trouve. Une pointe de fierté et un peu de nostalgie du bébé qui s'éloigne encore un peu plus ...

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13 octobre 2018

Quand Joseph parle ...

Quand Joseph parle, on ne comprend pas toujours. Enfin, c'est mieux qu'il y a quelques années. Quand, déjà tout petit, il a parlé tard, n'a jamais vraiment répété, cette écholalie pourtant classique des bébés. Quand vers quatre ans il a bégayé sans qu'on sache pourquoi, ni pourquoi c'est parti d'ailleurs. Quand, après ça, il fallait une dose massive de concentration pour saisir ce dont il parlait. Il y avait bien des sons et des mots reconnaissables, mais le tout était ... incompréhensible.

Joseph est un bilingue précoce simultané: exposé à deux langues dès sa plus tendre enfance: une langue "de l'intérieur", le français, la langue de la maison, forte mais restreinte, et une langue "de l'extérieur", l'anglais, celle de l'école, des copains, de tout le monde hors de son cercle familial, la langue dominante en terme d'exposition. Il y a le chinois aussi, mais l'équation est suffisamment compliquée comme ça, alors elle ne compte pas.

Quand Joseph parle, il est drôle, il fait souvent rire autour de lui, et du coup, il rit aussi. Parce qu'il dit "crème" au lieu de "sauce", "crêpes" au lieu de "pizza", parce qu'il invente des mots qui font plus sens (pourquoi dire "dérailler" quand "déchaîner" est tellement plus logique). Il confond les mots "lion" et "tigre", il a mis une éternité à savoir dire les noms des couleurs. Quand on rectifie, Joseph secoue la tête en souriant et dit "Ah oui, mais bien sûr, c'est ça que je voulais dire". On pourrait croire que c'est parce que Joseph ne parle pas bien français, immergé qu'il est dans un bain anglophone, il aurait choisi son camps. Mais c'est faux: il fait tout pareil en anglais.

Joseph comprend tout, très vite. Il décode, il examine le contexte, il infère, il contourne. Même avec ça, ses mots lui font défaut, et peu importe la langue. On pourrait alors imaginer que c'est juste sa mémoire lui joue des tours. C'est la piste que j'ai exploré quand, en janvier, sa maîtresse m'a dit "Il y a quelque chose qui cloche avec Joseph". Mais Joseph a une bonne mémoire globale, les mots sont là et bien là, il a une excellente mémoire visuelle aussi.

Joseph a le manque du mot. On peut dire aussi "trouble d'accès lexical" (certains spécialistes pointilleux diront que ce n'est pas la même chose que le "trouble d'évocation lexical", mais passons). Le manque du mot, c'est le mot "sur le bout de la langue", celui qu'on connait mais qui ne vient pas. C'est le genre de situation qui est arrivée forcément à tout le monde, les jours de fatigue ou de dispersion, on en rigole presque, on dit "Ah la la ! Je perds la tête!".

Pour Joseph, c'est tous les jours, tout le temps, à l'école, à la maison, en français, en anglais, et pour beaucoup de mots, des mots tout simples. C'est ne pas savoir dire le nom de son voisin avec qui il joue tous les jours, ne pas être capable de raconter une histoire entendue quelques minutes plus tôt. C'est prendre un temps apparemment infini pour formuler une phrase, coûteuse en efforts, et peu satisfaisante. C'est avoir à disposition un lexique riche et subtil, et ne pas pouvoir y accéder à volonté. C'est extrêmement frustrant et forcément ça le gêne dans ses apprentissages.

Pour Joseph, j'ai interrogé, j'ai lu (beaucoup !), j'ai posé des questions, j'ai pris des rendez-vous. Je noircis des pages de mon cahier, je note les mots, ce qui vient ou pas, dans quel contexte. J'enregistre les détails, les progrès, je teste des livres, des polices de caractères, des méthodes de lecture, des applications ou des programmes informatiques. Je cherche de l'aide, j'essaie de comprendre, d'apprendre, pour l'aider. 

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Notre contexte de vie rend les choses à la fois compliquées et facilitées. Compliquées parce que ce genre de problème n'est jamais simple, et encore plus quand on ne sait pas vraiment depuis quelle langue aborder le problème, qui aller voir dans la jungle des professionnels locaux, étrangers, privés, compétents ou pas vraiment etc ... parce que ce genre de prise en charge n'est pas couvert spécifiquement par une quelconque assurance santé (il faut donc éviter de trop tomber malade à côté, parce que les tarifs des professionnels sont évidemment alignés sur celui de l'immobilier à Singapour). Dans un contexte scolaire privé, hors système scolaire national, pas de "référent" ou alors de "parcours" pré-établi: il faut se débrouiller tout seul, tracer son parcours (et le financer !), trouver les bonnes personnes et les bonnes pratiques.

Mais facilitées aussi parce que l'entourage de Joseph à l'école ne perd jamais de vue l'objectif de tout cela: l'aider. L'aider à parler, à grandir, préserver sa confiance en lui, progresser à son rythme. À l'école, il ne rentre pas dans le cadre ? On étire le cadre pour l'y inclure. Inclusion et différenciation, voilà ce qu'ils font pour que Joseph continue à aller à l'école avec plaisir, même quand ça lui coûte beaucoup plus d'efforts que ce qui est raisonnable pour un petit garçon de 7 ans. Joseph est conscient d'être un groupe à lui tout seul dans sa classe, et le considère avec un pragmatisme serein teinté de cette envie de progresser qui étonne tout le monde. Suivre les autres lui demande un surplus d'efforts auquel il consent avec un enthousiasme qui souvent m'émeut.

Je parle de "difficultés" car le diagnostic de "trouble" n'est pas (encore ?) fait. De ce que j'en ai lu, il en coche pourtant toutes les cases. On parle de dysphasie ("trouble spécifique du langage oral" en anglais "Specific Language Impairment"). Ce "manque d'accès au mot" c'est caractéristique de la dysphasie mnésique ou lexico-sémantique. Mais quand on commence à mettre un pied dans ce genre de terminologie, on me parle aussi de dyslexie voire dyspraxie ... Il lui faut de l'aide dans le domaine du language (orthophonie ou speech therapy), et de l'aide aux apprentissages, mais peut être devrions-nous pousser encore le bilan pour avoir un diagnostic ? Nous avançons à vue ...

Je voudrais parfois que tout ceci ne soit qu'une fausse alerte, que ces séances de soutien aux apprentissages mises en place par l'école résolvent le problème et que "tout rentre dans l'ordre". Peut être, ce sera le cas. On aura eu tous ces efforts et moi ces heures passées à apprendre "pour rien" et j'en serait parfaitement heureuse. Mais peut être pas. L'avenir nous le dira.

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En attendant, j'ai cessé avec lui les leçons de français à la maison, avec dans l'idée que si le bilinguisme n'est pas la cause de ses problèmes, il bénéficierait peut être plus d'un environnement de travail monolingue. Évidemment, nous continuons de parler français à la maison, mais je ne le fais plus lire dans cette langue (ce qui est difficile ! compte tenu du nombre de livres en français autour de nous). 

Et il continue ses progrès. Et je continue ma quête ...

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24 septembre 2018

SaveursD'iciEtd'Ailleurs#11 - Aloo Palak, pommes de terre et épinards (Inde)

Encore une recette indienne ! Ramenée de son pays d'origine par MonsieurPapa, qui aime bien aussi les plats sans viande. Il me dit, "Tiens, j'ai goûté ça plusieurs fois, je voudrais bien essayer ici". L'aloo palak, c'est super simple, rien que son nom est facile à retenir: aloo c'est pomme de terre, palak c'est épinards. Alors on a pioché ici et là quelques recettes sur internet, et celle qui nous plaît, on l'a trouvée en français sur ce site. Testée auprès de nos amis et voisins indiens, elle a fait son petit effet (un Français qui cuisine un -bon- aloo palak, ça en jette !).

Et puis, cette recette a été pour moi l'occasion de découvrir l'asa foetida, cet ingrédient tellement typiquement indien, dont mon amie et voisine P. s'est étonnée que je ne la connaisse pas. J'ai voulu en savoir plus, parce que le nom de cette épice m'intriguait fortement (fétide ?! rien que ça !). P. a illustré encore une fois l'empirisme de beaucoup de grands cuisiniers du quotidien: elle connaissait la chose, savait où et comment l'utiliser, mais ne savait pas me dire d'où ça venait (végétal ? minéral ?), comment c'était obtenu, son nom en anglais. 

Alors l'asa foetida est une plante dont on extrait une poudre (plutôt présentée sous la forme de cristaux d'ailleurs) aromatique, utilisée aussi en magie ésotérique selon Wiki, mais aussi en homéopathie ! P. m'en a donnée un petit pot, qui a une odeur forte (aillée et souffrée), mais dont on devine bien qu'utilisée en petites quantités, elle doive parfumer très agréablement les plats (attention ! dit mon amie, pas avec la viande !).

Notre aloo palak, non content de faire plaisir à nos invités indiens, est devenu très rapidement un plat "de semaine", parce qu'on a toujours ce qu'il faut au frigo (pommes de terres, épinards frais) et que c'est simplissime à faire. Les enfants adorent les épinards et si la recette contient beaucoup d'épices, elle n'est pas piquante. Le plat disparaît entièrement à chaque fois. Nous le mangeons souvent en plat "principal", même si traditionnellement en Inde, il en accompagne d'autres (c'est notre petit détournement !).

Il existe deux versions de ce plat: une "sèche" qui est celle que nous préférons et dans laquelle les feuilles d'épinards sont préservées, une "en sauce" dans laquelle les épinards sont cuits à part et puis mixés en une sauce homogène avant d'être cuits avec les pommes de terre. 

Comme dans beaucoup de ce genre de recettes, le dosage des épices est à l'appréciation de chacun, mais il faut les indétrônables 4C: Curry - Cumin - Curcuma - Coriandre, sans lequels, ma cuisine se sent maintenant dépossédée ...


 

★ ★ ★  Notre recette de l'Aloo palak  ★ ★ ★  

Ingrédients:

* 200 gr (ou plus !) de jeunes pousses d'épinards

* 2 tomates coupées en dés (sous les protestations de MonsieurPapa, j'ose reconnaître qu'il m'arrive de les remplacer par des tomates en boîtes -une boîte de 400g et que c'est très bon quand même)

* 1 kg de pommes de terre épluchées et coupées en dés 

* 1 oignon coupé finement

* 2 gousses d'ail dégermées et émincées

* 1 cuillère à café de graines de moutarde

* 1 cuillère à café de cumin en poudre

* 1 cuillère à café de curcuma en poudre

* 1 cuillère à soupe de coriandre en poudre

* 1 cuillère à soupe de curry en poudre ou Garam Masala

* 1 pincée d'asa foetida (facultatif)

* Eau

* Huile de coco (de tournesol ou d'olive)

* Sel

* Coriandre fraîche (pour le service)

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La recette:

Dans un wok ou une sauteuse, verser 3 cuillères à soupe d'huile. Lorsque l'huile est chaude, verser les graines de moutarde. Quand elles sautent, ajouter le cumin, l'asa foetida, l'oignon et l'ail. Laisser cuire en remuant pendant 1 minute à feu moyen.

Ajouter ensuite le curcuma, la coriandre, le curry et la tomate. Ajouter un peu d'eau pour ne pas que les épices brûlent. Comme dans tout curry, il faut "cuire" les épices avant de rajouter les "gros" ingrédients, jusqu'à ce que l'odeur change et prenne une saveur particulière.

Ajouter les pommes de terre et les épinards. Saler et mélanger.

Couvrir et cuire à feu doux pendant environ 20 minutes. Planter la pointe d'un couteau dans un morceau de pomme de terre pour vérifier la cuisson.

Parsemer de coriandre fraîche ciselée et servir bien chaud avec un pain indien.

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en cours de cuisson

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Bon appétit !

Mes autres saveurs ...

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02 septembre 2018

Le minimalisme selon ...

Alors voilà, il m'a fallu des années pour (me) l'admettre, comme s'il s'agissait d'un gros mot, parce qu'aussi c'est une sorte d'utopie qu'on n'assume jamais complètement: j'ai des (grosses) tendances minimalistes. Même comme ça, je n'arrive pas à dire "je suis minimaliste". C'est sans doute parce que je partage mon quotidien et ma maison avec cinq autres personnes qui elles, ne se définissent pas comme telles (et certaines ne se définissent pas du tout, comme ça c'est réglé). Bon, j'ai du mal à me "définir", de toutes façons, et puis, tout est relatif. Quand même, quand l'autre jour, une visiteuse (bien intentionnée) m'a demandé comme ça en voyant mon percolateur "Tu n'as que ça comme machine à café ?", je me suis dit que oui, alors je devais avoir une fibre minimaliste ... (et je travaille à l'assumer)

Et ça fait des années que ça travaille, doucement, que ces idées s'installent. Ça devient une seconde nature, chez moi, sans effort, ça m'accompagne un peu partout. Et je comprends un peu plus ce que ça veut dire: ce n'est pas vivre dans une grande maison vide, ce n'est pas avoir un intérieur immaculé, semé ici et là d'objets design. C'est remettre en question ce que j'acquiert, questionner, soupeser, interroger, attendre. Aller au fond des choses (et tenter d'aller au fond des idées aussi tant qu'à faire). Ne pas céder au "quick fix": j'ai un problème, j'achète (un objet, un semblant de solution).

Ma maison est souvent en désordre, il y a des papiers qui débordent de partout, des objets qui ne servent à rien, des trucs à réparer qui traînent depuis trop longtemps. Mes tendances minimalistes n'atteignent malheureusement pas mes idées et mes envies, qui elles, trop souvent, ont un ticket d'entrée gratuit dans mon cerveau (mais encore une fois, j'y travaille). Et puis il y a mes colocataires aussi, dont je dois (essayer de) respecter les principes de non-minimalisme assumés.

Depuis plusieurs années, j'ai beaucoup réfléchi (et je réfléchis encore) à la valeur des objets-souvenirs, et principalement à leur valeur émotionnelle. Parce qu'évidemment, il est facile de décider de garder ou jeter un objet incontournablement utile ou bien indéniablement inesthétique. Un des gros écueils de l'acte de désencombrement, ce sont les objets chargés émotionnellement (ou à qui on décide d'attribuer une charge émotionnelle). On en a écrit des thèses, alors ce ne sera pas le propos ici (et puis franchement ...). De mon côté, après des années de pratique (et les déménagements intercontinentaux qui vont avec), j'ai tranché: ceux qui gagnent le droit de rester dans ma vie sont triés sur le volet. Je garde le meilleur. J'essaie de penser à mes enfants qui auront des cartons de vieux trucs sans signification sur les bras à ma mort.

Bref.

Je sais aussi que le mot "minimalisme" est à la mode (globalement ?), mais que si l'idée est séduisante, la réalite est autre. Quand on connait la frénésie de consommation de notre pays d'accueil du moment, cela porte à sourire: à Singapour on célèbre les GSS (Great Singapore Sales) à coup de bannières qui disent par exemple "Le shopping c'est moins cher que la thérapie". Singapour est un pays riche, le shopping est plus qu'une institution, ça coule dans les veine dès la naissance. Alors je ne sais pas très bien qui "pratique" réellement le minimalisme ici, mais peut être que l'idée séduit quelques pelés, qui sont, plus que n'importe où ailleurs, soumis à mille tentations.

L'objet de mon billet du jour, c'est juste cette petite note repérée dans le catalogue d'une célèbre enseigne de meubles en kit et surtout (surtout) d'articles (plus ou moins utiles) pour toute la maison que je feuilletais l'autre jour. Voici donc le mythe du minimalisme vu par un fabricant de boîtes de rangement, d'étagères, de placards, de tiroirs, de penderies ... bref, pas le genre à aimer que ses clients ne se débarrassent de trop de superflu !

On nous y explique que le minimalisme est un mythe et que se débarrasser de ces objets qui représentent ces rêves et ces souvenirs, c'est en quelque sorte se renier (oui, carrément). Comme ces objets nous apportent de la joie (sic), on nous conseille donc, plutôt que de s'en débarrasser, d'acheter des solutions de rangement pour les garder (oui, oui, la ficelle est un peu grosse, je sais). Sur le site mentionné plus bas, on rajoute qu'il vaut mieux prioritariser que minimiser, qu'acheter des objets qui mettent en valeur nos expériences (de vie?) peut nous aider à mieux gérer nos possessions ("Achetez des boîîîtes !!!!!").

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 Ce petit laïus m'étonne et me fait sourire: malgré l'attrait de l'idée de minimalisme (et les belles images sur Instagram), je ne crois pas une seule seconde qu'elle puisse menacer un tel monstre industriel et commercial. Ne s'agit-il pas alors d'une vague tentative de déculpabilisation de clients qui hésiteraient à acquérir une n-ième boîte de rangement pour y cacher des trucs qu'ils ne savent ni garder ni jeter (et au passage, tel ou tel autre objet qu'ils n'avaient pas l'intention d'emmener en rentrant dans le magasin, mais qui irait bien ici ou là ... oui, on a tous fait ça chez eux ...). La ligne de communication m'interpelle et je ne comprends pas bien...

Ce qui est intéressant car dans les multiples bouquins et lectures sur le sujet (tags: minimalisme, désemcombrement, organisation, simplicité volontaire, declutteringdownsizing ...), une des premières choses que l'on apprend c'est:

On ne peut pas ranger le bazar

On ne peut pas organiser le bazar

On ne peut que s'en débarrasser

... et ranger/organiser ce qui reste

 

Cela dit, je suis loin d'être inquiète pour cette enseigne: le consumérisme et particulièrement les ventes de boîtes de rangement ont encore de beaux jours devant eux, surtout à Singapour !

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01 septembre 2018

C'est reparti

Et c'est reparti pour un tour.

Un tour, c'est une année (scolaire), ou plutôt une demi-année, puisque dans nos vies en ce moment, je n'ai qu'une seule certitude quant à notre futur: une fois la (triple) facture de l'école réglée pour le semestre à venir, rien ne changera jusqu'à la fin de la période en question.

(pour MiniMan on paye au mois, héhéhé).

Oui, c'est trivial, mais quand on sait les tarifs des écoles internationales ici, on comprend aisément. Comme quoi on peut chausser du 32 et peser plus qu'on ne le croit dans la dynamique d'une famille de six personnes. C'est presque reposant, en fait, parce que pendant ce temps-la, la procédure de vente collective de notre condo passe par des hauts et des bas, feuilleton que nous suivons avec délectation (un des cent soixante deux propriétaire refuse de signer la vente et casse les pieds -pour ne pas dire autre chose- de tous les autres. C'est jouissif). Du coup, il ne se passe rien, et on repousse d'autant un hypothétique déménagement (parce que ce type a en théorie le pouvoir de faire capoter la vente à un milliard ...).

Le séjour en France paraît déjà loin, évidemment. Toutes les habitudes ont été reprises en quelques jours, les bonnes et les moins bonnes. MonsieurPapa rouspète de nouveau quand les enfants ne ferment pas la porte d'entrée (rapport à la clim'), la petite voisine est à nouveau fourrée chez nous tous les après-midi, j'ai repris un rythme décent de cafés/lunches avec les copines, MonsieurPapa, ses visites chinoises et les enfants, le chemin de l'école. 

La rentrée pour les parents, c'est comme les anniversaires pour les enfants: c'est le moment où on croit qu'ils grandissent d'un coup. Certaines années, ça se voit très fort, parfois non (comme cette année sans rentrée scolaire), cette année c'est un peu le début d'une nouvelle ère: j'ai un enfant en "maternelle" (preschool), deux en primaire, et une en "collège" (middle school).
Pour ce faire (et ça va commencer à être une habitude après leur expérience en Chine), les trois grands ont dû changer de campus (mais pas d'école !). L'ouverture d'un campus (en fait la reprise de celui d'une autre école internationale) surplombant la jungle sur les hauteurs de Bukit Timah m'avait ravie: pendant plus d'un an, j'ai souffert de les savoir en classe au milieu d'une artère ultra-commerçante de Singapour, coincés entre des dizaines de centres commerciaux et leurs écrans de pubs bruyants et agressifs.

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De la fenêtre de leurs nouvelles classes, Salomé et Joseph voient la jungle et il leur est conseillé de ne pas laisser leurs sacs en dehors de la classe sous peine de se voir piquer leur lunchbags par les familles de singes de passage ! J'adore, même si l'enclavement relatif de l'endroit complique un peu les choses. Les enfants continuent de prendre le bus de ville, mais doivent attraper la navette entre l'arrêt de bus et le sommet de la colline. Mais depuis cette année, l'école m'autorie à confier mon Y3 (Joseph) à ma Y7 (Augustine) pour la sortie des classes, alors je m'épargne l'aller-retour en bus aux heures de pointe !

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Cette année, Salomé a perdu tous ses copains de l'année dernière (dont sa BFF, énorme déchirement), Joseph aussi, mais il s'en fiche: il a rencontré un autre petit Joseph français dans sa classe (de onze enfants, le truc de fou !). Chez Salomé, ils ne sont que neuf, elle a intérêt à bien s'entendre avec les deux autres filles ... Mais comme pour leurs deux dernières rentrées dans cette école (ici et ), c'est fou de voir leur aisance dans cet environnement. 

Pour Augustine aussi, même si clairement, la donne a changé pour elle: le MYP 1 (Year 7), c'est une autre histoire. Emploi du temps sur sept jours, neuf matières à gérer, des devoirs maintenant quotidiens, du travail noté (une grande nouveauté, même si je ne sais pas encore quelle forme cela va prendre), beaucoup de travail connecté (avec la responsabilité de son propre matériel), le rythme, l'autonomie et les responsabilités ont nettement augmenté et il va lui falloir beaucoup d'efforts pour s'organiser efficacement. En attendant qu'elle maîtrise totalement, on travaille tous les jours à apprivoiser ses agendas (papier et électronique), planifier son travail, optimiser son temps.

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L'emploi du temps "fait maison" de Joseph, pour l'aider à se repérer dans la semaine ... rien à voir avec celui d'Augustine !

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Pour moi, c'est aussi reparti. Refaire des listes, le plein des uniformes (et la couture qui va avec), des emplois du temps (et ouf ! pas de fournitures scolaires pour nous !), reprendre le rythme des lunchboxes, mettre en place l'organisation des transports (les grandes sont maintenant autonomes), des activités des uns et des autres (orthophoniste pour Jo -en pause pour le moment, gymnastique pour Salomé, judo pour Augustine), superviser communications, devoirs et activités de l'école. Un job à part entière (quand on veut faire les choses bien) ...

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23 août 2018

Couture d'école, école de couture ...

Cela fait des années que je n'ai pas parlé de couture ici, c'est normal, cela fait des années que je n'ai pas cousu. Oui, ça m'a fait un peu peur en réalisant ça, mais c'est vrai. Entre ma formation Montessori finie en 2014 (mon bébé de Malaisie, avec mon travail de guide au musée national), mon quotidien sur les chapeaux de roue et puis mon bébé de Chine jusqu'en 2016, et puis évidemment ma vie sur roulettes et dans les valises en 2016-2017, la machine est restée dans son carton pendant longtemps. Il faut dire aussi que coudre pour des petits garçons, je trouve ça personnellement moins rigolo que de faire des petites robes ...

Les grands ont repris l'école la semaine passée et avec la bonne nouvelle du changement de campus en est venue une moins bonne: celle du changement d'uniforme. Pour les Secondaires, je peux comprendre: la chemisette à carreaux, c'était pas très "mature". Les voilà maintenant en polo bleu roi, pourquoi pas. Mais pour les Primaires, c'est plus dur à avaler: le tissu reste le même, seul changent le col et un liseré sur les manches, maintenant bleu marine, rappel du bas (short ou jupe-short). Et moi qui ait deux enfants en Primaire, déjà pourvus en chemisettes, l'idée de racheter un stock de chemises et de robes alors que les autres sont encore mettables, ça avait du mal à passer ...
Et évidemment, les uniformes sont à la charge des parents (une fois qu'on a payé les frais de scolarité, bon, ils doivent croire que ça passe tout seul ...).
Alors, franchement, pour un malheureux col de chemise, je me suis laissée tenter à jouer ma radine et à saisir une occasion d'apprendre quelque chose de nouveau. J'ai illico googlé (ou plutôt "youtubé") un tuto "Comment coudre un col de chemise", j'ai fait un tour chez Spotlight (heureusement le bleu marine est commun ici pour les uniformes), dépoussiéré la machine ... et vogue la galère !

Sur le moment, c'était un peu hésitant, mais la mémoire kinésthésique est un outil formidable: alors que j'hésitais sur les premiers gestes (faire passer les bobines ...), il a suffit que je ferme les yeux, que je me transporte un peu dans le temps, et le geste m'est revenu ! Je n'avais jamais cousu de col de chemise, je pressentais que c'était le genre de travail sur lequel la précision doit être extrême, c'est le cas effectivement, ce qui est un bon travail pour moi qui avais tendance à être un peu brouillon et à vouloir aller trop vite.
J'ai dégotté ce tutoriel très bien fait de Hello Superette (et j'adore aussi son franc parler: "Sinon on fait de la m*****rde !"), c'est exactement ce dont j'avais besoin (je le mets ici au début du tuto car il y a beaucoup de blabla avant). 

Alors sans mentir, le premier de mes cols m'a pris du temps. J'avais la vidéo à droite, la machine à gauche, et le fer à repasser pas trop loin (alors que j'ai toujours été très flemmarde là-dessus, je reconnais maintenant que ça permet de faire du plus beau travail !), je faisais du "start-pause-start-pause", j'ai tout bien suivi en mode "ultra concentrée" et ça m'a pris deux bonnes heures.

Heureusement le résultat m'a récompensée: ça ressemble à un col et ça fait tout à fait illusion en comparaison des uniformes du commerce. Bon, pour le coup, le liseré des manches m'a donné du fil à retordre (pourtant c'est tout droit !), mais sans démonter la manche, c'était un peu ardu.

J'avais, par curiosité, demandé à une retoucheuse du coin combien elle me prendrait pour changer mes cols: c'était plus cher que de racheter le chemisier (et multiplié par le nombre d'enfant et le nombre de chemisiers ça devenait carrément déraisonnable!) ! Malgré le temps que ça me prend, je suis fière d'avoir "sauvé" ces chemisiers (qui n'auraient jamais été remis hors de l'école, je les connais mes bambins !), et d'avoir appris quelque chose de nouveau. Ça me donne envie de me remettre à la couture, tiens !

Voici un petit avant/après ...

My Pictures

(oui les liserés des manches sont loin d'être parfaits !)

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05 août 2018

"Vacances" en France

La langue française fait les choses comme ça: pour nous France rime avec vacances. Il serait plus judicieux pourtant qu'elle rime avec voyage, famille ou vite-passées, mais c'est comme ça.

Vite passée cette journée au Jardin d'Acclimatation de Paris, malgré le monde. Les enfants qui jouent jusqu'à plus soif (et on a eu soif !), les amis retrouvés, ce vrai parfum d'été en France, le soleil, la poussière, le vert des pelouses, les rires, la bonne humeur. On a joué à être dans un parc d'attraction, les enfants ont fait du manège. J'ai essayé de rattraper le temps avec les amies, mais c'était un peu peine perdue. Ces journées où j'apprend à me contenter de peu, de quelques heures en passant, de tenter de rattraper le temps, de tout raconter, c'est jongler avec le profond et le trivial, les petites nouvelles et les grandes confidences, qu'on a du mal à caser dans nos quotidiens trop remplis ou dans nos absences trop longues.

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Vites passées ces chaudes journées dans le Sud Ouest, où l'on envoie les enfants au jardin des heures durant, où j'ai envie de ne rien faire, mais le simple fait d'être en France déclenche en moi une sorte de petite panique intérieure: de toutes ces choses que j'ai dit que je ferai "quand je serait en France", j'ai peur de ne pas y arriver, de "gâcher" ce temps rare. Alors que tout le monde s'oblige à une glandouille acharnée, j'ai du mal à lâcher prise, comme on dit. J'y travaille.

Dans le SudOuest, on a été dans les bois et un peu dans les montagnes. L'accrobranche reste une valeur sûre, qui ne lasse jamais les enfants et me permet d'exercer un peu une activité physique. Et il y fait frais, on y est resté des heures. On est aussi sortis un peu en altitude, marcher autour de lacs, pas de la grande aventure quand même, mais c'était déjà bien pour moi et évidemment, les enfants y ont laissé pas mal d'énergie.

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Les vacances en France sont toujours un trompe-l'oeil parce que, année après année, on essaie de croire que ce sont des vacances, des vraies. Alors bien sûr, il y a l'exotisme et un peu de dépaysement (surtout pour les enfants: leur vie à Singapour ne ressemble en rien à ce qu'ils vivent en France !). Il y a l'été et le temps passé dehors, sans école, sans travail (ou presque). Il y a la plage, les balades, les sorties, l'absence d'horaires.

Mais quand on ne voit la famille élargie qu'une fois l'an, les vacances, c'est un peu comme un rendez-vous qu'il ne faut pas rater, les visites annuelles pour garder le lien. Ce n'est pas la même chose que les voyages à six, libres et sans contrainte. L'exercice du retour annuel quand on habite à l'étranger (depuis longtemps) est ambivalent, inconstant, imprévisible. Parfois, on en rêve des mois durant, on l'idéalise, pour se retrouver, une fois sur place, de retour dans la réalité qui impose de la fatigue, des changements, des compromis, des aller-retour émotionnels, de la frustration. Ce n'est de la faute de personne, malheureusement, c'est juste comme ça.

D'année en année, je vois notre "retour en France" qui évolue. Avant la scolarisation "formelle" des enfants, j'évitais de rentrer en été, et puis il y a eu les naissances estivales (ou hivernales, selon l'hémisphère dans lequel nous vivions), les mariages, qui ont compliqué les choses. Certaines années, nous sommes venus en France en février, d'autres en avril, parfois à Noël. Il semble maintenant que nous soyons bien partis pour établir un rythme de retour annuel pendant les grandes vacances annuelles des grands (mi-juin à début-août). Cela permet de profiter de beaucoup de temps et d'activités en extérieur, atténue les effets du décalage horaire, mais les enfants se plaignent de ne jamais voir de neige ... Rien n'est parfait ...

Voilà donc notre séjour français annuel derrière nous. Comme l'an passé, nous nous sommes jetés à pieds joints dans une atmosphère de rentrée, de travail ... et de rêveries au prochain voyage !

 

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01 août 2018

Salomé, 9 ans

Elle aussi, grandit. Neuf ans de Salomé, c'est neuf ans d'Asie, neuf ans entre nos deux séjours à Singapour, neuf ans de deux soeurs, de deux petites filles, plus vraiment petites, maintenant.

Neuf ans de Salomé, c'est neuf ans de surprises quotidiennes. Salomé, elle a toujours son petit air de pas-y-toucher, mais il ne faut pas s'y fier: dedans, c'est du béton armé. Salomé me fascine par ses mille facettes, son intérieur "multi-couche", dur comme du granite ou tendre comme du talc. Elle divague parfois sur des tsunamis d'émotions, ou prend en charge toute la maisonnée comme une vraie petite-mère, c'est selon.

Salomé à neuf ans, aime toujours crayonner et s'inventer des histoires, prêter de l'argent de poche à sa soeur pour qu'elle achète un collier à sa copine, écrire des programmes de "maison de ses rêves" ou de "vacances parfaites", faire la cuisine, et prendre des douches avec son xiao didi (son petit-petit-frère). Salomé n'aime toujours pas trop les efforts, mais c'est mieux quand ça ne vient pas de moi. 

En mai dernier, elle avait commencé des cours de gymnastique un peu sérieux (dans la maison de quartier du coin), malheureusements avortés deux mois plus tard (départ en retraite de l'entraineur, ça c'était pas de bol), mais j'avais aimé comment l'entraîneur la stimulait. Elle avait fait des progrès intéressant ...

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Salomé, dans sa neuvième année, m'a épatée ... Parce que oui, elle a changé de tête. Elle avait ce même genre de tignasse que moi: fournie, touffue, frisée anarchiquement, une vraie crinière indomptable ... Elle en pleurait tous les jours, quand il fallait peigner. Elle me suppliait de lui couper les cheveux courts (mais comment couper ÇA ?). Je lui disais "Mais tout le monde envie tes cheveux Salomé !", tout le monde le lui serinait. Ou encore "Mais COMMENT couper tout ça et obtenir quelque chose de sympa?". Elle n'en n'avait cure, elle n'était que détermination. Et puis surtout je n'avais aucune espèce d'idée de ce que ça pouvait donner. Un jour, elle m'a tellement tannée que j'ai craqué: après une nuit d'angoisse à chercher des modèles et des tutos sur internet (parce que les coiffeurs d'ici -mis à part les "special Causasian hair à prix d'or"- ils paniquent total devant des cheveux frisés), je me suis attelée à lui enlever tout ça. J'ai tremblé tout du long, mais elle, elle était déjà ailleurs: elle allait avoir LES CHEVEUX COURTS (jubilation!) ! Je crois bien qu'elle aurait été satisfaite, quel que soit le résultat. Après ça, elle a exulté des jours durant. Elle bombait fièrement le torse sous les premières exclamations, se passait la main dans les cheveux des milliards de fois par jour en se répétant "J'ai les cheveux courts ! Comme ils sont beaux !".
Un truc de dingue. Moi, petite, je rêvais de pouvoir attacher les miens, elle, à neuf ans, avec ses attitudes de petite fille coquettissime, elle déplace des montagnes pour se les faire couper court "comme un garçon". Au passage, elle a affronté bravement les remarques maladroites ou moqueuse de certains avec une assurance qui m'a scotchée sur place. Elle est incroyable ma Salomé.

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(le soir après THE coupe ... elle rayonne)

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Janvier 2018: sa premiere "classe verte" (residential trip comme on dit ici)

Salomé attaque en août la cinquième année du primaire, sans ses copines de l'année dernière (qui sont toutes, soit reparties vers d'autres cieux, soit restées dans l'ancien campus), mais avec la force tranquille qui la caractérise. Elle reçoit depuis janvier déjà un petit pécule d'argent de poche, qu'elle utilise avec son grand coeur: pour acheter des cadeaux aux uns et aux autres.

Salomé parle vite, trop vite (est-ce parce qu'elle pense trop vite aussi ?), je me bats avec elle pour qu'elle AR-TI-CU-LE, bon sang (et aussi qu'elle réfléchisse avant de raconter n'importe quoi) ! Salomé, entre ses grands moments d'assurance et de raison, se cherche, teste des attitudes, des looks, des réactions. Salomé cherche la faille, va jusqu'au bout, conteste. Elle est celle qui vit le plus durement l'écart de mode de vie entre sa famille et celles de ses amies d'ici (le monde des riches, des enfants-rois, qui finissent toujours par avoir ce qu'ils veulent). Petite, elle avait peur qu'on l'abandonne, maintenant, elle veut être sûre que ce que nous faisons, c'est parce que nous l'aimons.

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Salomé, comme ses frères, a fêté son anniversaire en France, elle a adoré ses cadeaux (un truc à pile !) et la compagnie de ses grands-parents et cousins-cousines (et même des amis venus de loin !). En la regardant, j'ai du mal à me convaincre qu'elle a 9 ans déjà. Qu'elle a été ce petit bébé (rapidement dodu quand même !), qui a vu le jour pas loin d'ici ...

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28 juillet 2018

Trois ans, petit Man !

Et voilà, il a eu trois ans le p'tit loupiot, il s'éloigne du bébé et devient un vrai petit garçon. Parfois, les gens le confondent, sur les photos, avec son grand frère, moi je n'arrive toujours pas à voir la ressemblance, surtout quand je les ai sous les yeux tout le temps.

Et comme je le trouve différent ce petit Manech ! Comme s'il s'était mis en tête de conjurer son rang dans la fratrie et de briser la loi des séries, sa spécialité c'est de tracer son petit chemin et de ne pas faire comme ses grandes soeurs et grand frère.
Comme par exemple de ne commencer à parler en français qu'une fois inscrit dans une école anglophone, de sucer son pouce encore à trois ans et surtout de n'être capable de le sucer qu'en présence d'une peluche clairement identifiée comme LE doudou, l'unique, l'irremplaçable (et si on le perd ... il ne suce plus son pouce !).

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Comme aussi, à mon plus grand désespoir, de ne montrer absolument aucun intérêt à la continence à trois ans passés, alors que ses soeurs et frère ont religieusement suivi la même règle (tacite et unilatéralement décidée): à deux ans et demie pétantes, plus de couches ni-le-jour-ni-la-nuit. En mars dernier, il s'est joué de nous en tombant la couche, puis en décidant que, finalement, tout compte fait ... non. Et retour à la case départ, sans complexe. "Ça me dérange quand je joue", me dit-il quand je lui demande pourquoi il ne pas de son fait aux toilettes. Il a compris le levier potentiel de ce truc-là, et moi, je ne rentre pas dans ce jeu. Alors j'attends. 

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Observer Manech évoluer dans sa fratrie est un délice: mi-ange, mi-démon, les périodes de vache grasse sont du passé. Il ne mène plus son monde à la baguette, mais c'est toujours celui pour qui les autres sont prêts à faire un petit effort (et avec le sourire !). De plus en plus cependant, il "pousse le bouchon un peu trop loin" et ça ne passe plus. Les relations se construisent, dans l'harmonie et la complicité, ou bien dans les conflits et les jeux de pouvoir selon les humeurs des uns et des autres. Quelle richesse.

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En France cet été, il a fêté cet anniversaire oh-tant attendu, une fois à Crozon (29) avec toute sa famille maternelle et une autre fois à Estaing (65) avec presque toute sa famille paternelle. L'anniversaire de trois ans, c'est quand on savoure pour la première fois être le roi de la fête, c'est l'anticipation des cadeaux et des bougies, et le début de l'apprentissage d'une cruelle lucidité: les anniversaires, aussi délicieux qu'ils soient, ne viennent pas sur commande. Il ne suffit pas de les souhaiter très fort. Alors je l'ai laissé savourer soigneusement ses deux fêtes et les prérogatives associées.

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Manech, depuis quelques mois, parle -enfin ! Et il parle très bien ! Enfin, je ne sais pas s'il parle très bien "pour son âge". Son français s'est évidemment développé pendant notre séjour, et c'est agréable d'avoir des petites conversations avec lui. En fait, c'est une vraie pipelette, il est très fort pour les bons mots. Son dernier en date, encore un petit peu sous la ceinture: quand j'indique à son grand frère que sa braguette est ouverte. Manech, qui a les oreilles qui traînent, s'exclame alors: "Braguette magique" ?

À notre retour de France, mon amie-voisine me dit "Il ne fait plus si petit bébé". Et quand je le vois jouer à s'inventer des voyages en avion avec son frère, je vois aussi que la différence s'amoindrit. Il hésite encore entre être grand ou petit, trois ans, c'est l'âge où il balance ...

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