Dix pieds sur Terre

24 juin 2018

Chacun son sport

Allez, j'ai tergiversé avant de le publier celui-là, mais j'ose espérer qu'en l'absence de référencement de ce blog, ce bon mot ingénu mais borderline n'attirera pas de mauvais esprits ...

En marchant vers son école, Manech et moi passons tous les matins devant des courts de tennis. Comme ce sont les vacances scolaires locales, nombre d'enfants s'y pressent pour participer à des camps de vacances, ce qui ne manque pas d'attirer son attention. Ils ont tous des raquettes en main et, évidemment, MiniMan s'encquiert de cet équipement. Je lui explique donc la chose, le nom du sport, le principe. Dans un grand élan d'enthousiasme et de candeur combinés, il s'écrie alors: "Moi aussi je veux jouer au pénis !"

(de mon côté j'hésite entre "Tu f'ras c'que tu voudras de ton corps, mon enfant" et "Si tu pouvais commencer par pisser dans les toilettes, ce serait un bon début").

Illustrer un bon mot pareil sans tomber dans vous-savez-quoi est une prouesse. Aussi, je botte en touche.

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16 juin 2018

Le bain du vendredi soir

Mon bain du vendredi soir commence quand je m'échappe de la maison familiale, et que l'air s'adoucit. C'est vraiment dommage d'ailleurs que toutes les autres activités quotidiennes se concentrent aux pires heures de Singapour: n'importe quand entre 9h et 17 ou 18h. Les heures assommantes, abrutissantes, étouffantes. Avant ou après, il peut (parfois) faire doux voire frais, l'air change, se prépare à la nuit. Il est fort dommageable aussi que mon heure préférée ici soit celle où tout m'appelle à la maison: la fin des jeux des enfants, les menus rangements, le début du rappel de la marmaille, le repas, et la gestion des immanquables conflits  disputes différents inhérents à la vie en communauté ... Peut-être finalement que tout ceci est la raison pour laquelle j'aime me retrouver à marcher librement vers une activité rien qu'à moi !

Et le vendredi vers six heures du soir, je marche vers Cairnhill, pour me rendre à un "Thai cooking class", dans l'entre-sol d'une maison de quartier presque neuve, dans une cuisine de pro, vaste et très bien équipée (avec le miroir géant incliné au dessous du plan de travail ! le truc de malade qui m'impressionne à chaque fois). Quand j'y arrive, il fait plus sombre déjà, les gens marchent d'un pas pressé vers chez eux ou alors vers le food court en face, les odeurs de nourriture s'échappent dans l'air tiède et les bruits de la ville déjà s'étouffent. 

Dans la salle, la lumière est vive et les éclats de voix aussi. Immédiatement, je plonge dans un bain.

Un bain doux d'odeurs et de saveurs, parce que déjà les épices embaument, les marinades dégagent leur parfum piquant, l'huile est chaude dans le wok. Et aussi (surtout) un bain de voix, de langues, d'accents.

Parce que la laoshi, elle est Thai, mais quand elle ouvre la bouche, c'est un salad bowl de sonorités chaudes et goûteuses, rieuses, chantantes qui en sortent. De l'anglais d'ici (Singlish), du mandarin bien d'ici aussi et quand elle croise une compatriote, c'est Sawatdii Ka(aaaaahhh) ! Et tout autour, c'est la même chose: on commence en anglais, pour la seule petite Caucasienne du coin, et imperceptiblement, on glisse vers du Singlish, des petites choses chinoises se glissent ça et là dans les questions ou les réponses, jusqu'à devenir de plus en plus difficilement compréhensible pour moi. Mais après quelques leçons, elles doivent croire que je comprends tout parce que je n'arrive pas à me défaire de mon sourire un peu béat et pour rien au monde je ne voudrais leur demander de "speak english please". Dans ce cooking class, je me nourris autant des parfums du pandan, du lait de coco, de la citronnelle ou de la sauce de poisson que des mots qui m'enveloppent, des intonations des langues mélangées, de la désinvolture avec laquelle les mots d'ici ou de là-bas s'inflitrent dans les bavardages, des exclamations gouailleuses, de l'accent traînant un peu sur la fin. Toutes les semaines je me dis "Ah, comme ça me donne envie de reprendre les cours de chinois !".

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En arrivant, je récupère mon polycopié avec le détail des recettes du jour, je sors mon stylo et je suis comme une étudiante, j'adore. Et je regarde ces ménagères de moins de 50 ans qui s'installent sur les chaises ou se pressent autour de la laoshi. Parfois au début, l'une ou l'autre se penchait vers moi et s'étonnait à demi-mots: "Que vient faire une Caucasienne ici ?". Elle voulait assouvir sa curiosité: "Et tu travailles ? Et tu as des enfants ? Et ils vont à quelle école? Et tu habites où ?". L'interrogatoire en règle, un classique dont il n'est pas judicieux de s'offusquer (surtout qu'il s'agit d'une version soft par rapport à la Chine: on ne me demande pas combien je gagne!). Je ne sais pas trop dans quelle mesure elles trouvent normal que je pige une partie de leur charabia Singlish ou que je copie leur accent...

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Quand le cours commence, il y a celles qui allument direct leurs smartphones et filment l'intégralité du truc, suivent chaque mouvement de laoshi, en commentant à voix haute les moindres détails. Celles qui sont assises ne voient plus rien, protestent vaguement et, de guerre lasse, finissent par s'agglutiner pareillement autour de la cuisinière, les chaises sont abandonnées. Les smartphones sont allumés tout du long, laoshi sait quand arrêter de touiller pour permettre à tout le monde de prendre son petit cliché. Imperturbable, elle ne s'énerve jamais quand une élève repose la question à laquelle elle vient de répondre six fois déjà, quelques voix s'élèvent parfois pour réprimander la distraite qui n'écoutait pas, à coup de "tsk tsk ayooooh" ... Il y a les sérieuses, les mascottes, les pas-douées, celles qui ne comprennent rien du premier coup, celles qui filment tout mais ne cuisinent jamais rien (ça se voit !), celles qui n'en pensent pas moins. Moi je suis l'alien silencieuse du coin, qui ne dit rien mais écoute tout, qui tend l'oreille, qui attrape des mots, des expressions au vol. Ma chance du début a été de commencer par le cours où on faisait des petites papillotes de poulet empaquetées dans des feuilles de pandan: le résultat est joli mais tresser le petit paquet demande une certaine coordination "visuo-motrice" (en 3D et tout), malheureusement déficiente chez un certain nombre de mes collègues. D'emblée, je me suis taillée ma petite tranche de respect, et compensé mon (supposé) handicap ethnico-linguistique. En enroulant sans hésitation mon pandan chicken, je ne n'étais plus "la p'tite jeune Ang Moh qui n'y connait rien en bouffe asiat". Ouf, ça c'est fait.

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On ne cuisine pas nous-même dans ce "cours", on assiste à la démo, on pose toutes les questions qu'on veut, on goûte. À l'asiatique, tout est déjà coupé par la auntie, l'ombre fidèle de la laoshi (celle qui fait tout le boulot en arrière-plan avant qu'on arrive). Ya plus qu'à "cuisiner", à laisser les saveurs nous envahir, ya plus qu'à ouvrir ses papilles et à sentir et goûter, pour savoir ce qui est bon. Plus que le suivi pas-à-pas de la recette, j'ai besoin de me laisser imprégner des goûts, pour savoir le reproduire plus tard, trouver le bon équilibre, sentir ce qui manque ou ce qui écrase.

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Et puis après, les choses suivent leur cours, il faut mettre sa petite boîte sur le plan de travail pour que auntie répartisse le contenu de l'énorme wok dans les boîtes à ramener à la maison. Mais avant, il y a le petit rituel de la "mise en place" pour la photo: laoshi nous fait une petite assiette artistiquement arrangée, avec un petit set de table en bambou, des onions ou piments sculptés pour la déco, et tout le monde fait la queue pour prendre une jolie photo, instantanément publiée et partagée online, évidemment. Le contraste avec le dur labeur de auntie qui, pendant le shooting food porn, compte chaque demi-crevette de la salade de mangue (pour bien les répartir laborieusement dans chacun de la vingtaine de Tupperware) est difficile à ignorer ... Bref.

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Quand les boîtes sont prêtes, c'est donc l'heure de ranger ses notes, remercier laoshi et auntie et rentrer à la maison pour goûter tout ça. Certaines ne peuvent pas attendre et mangent sur place (pour mon premier cours, j'avais oublié de manger avant: le ventre vide, j'ai cru défaillir à manipuler tous ces délices pendant deux heures sans pouvoir y goûter de suite !). Certains jours, ma voisine (Indienne et fine cuisinière) se joint à moi, je alors glisse dans mon sac quelques couverts et c'est la cerise sur le gâteau (le lait de coco sur le mango-sticky rice !): on traverse la rue et on se pose au Newton food court, juste en face. On se choisit une table pas trop poisseuse, on se commande un plat de riz blanc ou de kailan en plus, de quoi boire et on ouvre nos boîtes dans la lumière moche des néons et la chaleur de la nuit de Singapour. 

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La leçon de cuisine Thai se transforme alors en une soirée-copine, on goûte, on s'extasie sur les plats fraîchement préparés, on compare les saveurs, on juge, on extrapole. Les passants autour nous zieutent parfois: une Caucasienne et sa copine Indienne exaltées devant leurs boîtes en plastique, à bâtons rompus, seules au monde (sans enfants surtout !). La soirée s'avance trop vite, il va falloir rentrer, le ventre plein, les sens rassasiés. C'est la fin de mon vendredi soir, celui où je prends un bain de bonnes choses, de goûts et d'accents, d'épices et de mots. Je ne comprends pas encore très bien ce qui m'attire là-bas, pourquoi je m'y sens si "là où je devrais être", ni à quoi ça va "me servir dans la vie". C'est juste comme ça.

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15 juin 2018

{this moment}

{this moment} ~ A Friday ritual. A single photo - no words - capturing a moment from the week. A simple, special, extraordinary moment. A moment I want to pause, savor and remember. 

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13 juin 2018

Mélanges

Ce matin, on fait de la cuisine (demain, c'est la fête !)... et alors j'ai toujours un enfant dans les pattes qui me dit "Mamannnn, je peux t'aideeeeer ?"

Salomé cherche donc la recette du gateau à la banane, elle épluche les livres de cuisine, et puis elle en sort un:

"C'est celui-ci je crois, non ? Ça dit "Kouitchise, cakes and compagny" dessus, regarde !"

Je me retourne ... elle me colle celui-ci sous le nez ...

 

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Voilà ce que ça donne de mélanger les langues, ils ne savent plus ce qu'ils lisent !

 

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08 juin 2018

{this moment}

{this moment} ~ A Friday ritual. A single photo - no words - capturing a moment from the week. A simple, special, extraordinary moment. A moment I want to pause, savor and remember. 

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07 juin 2018

Graduation

C'est juin qui vient, le temps de presque l'été, là où il y a des étés, le temps de la fin de l'école, pour certains. Pour les nôtres, c'est le cas ! Et pour Augustine, c'est le temps de dire au-revoir à l'école primaire. Les amis d'ici s'étonnent que les Français ne fêtent pas la "graduation" des CM2, apparemment, c'est la norme "ailleurs". Je ne sais d'ailleurs pas comment le traduire, puisque pour moi, c'est "remise des diplômes" mais qu'à priori il n'y a pas de diplôme ...

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Augustine termine donc ses années d'école élémentaire. Depuis qu'elle a quitté sa petite crèche néerlandaise en 2009, elle aura fréquenté trois écoles maternelles et autant d'écoles primaires, avec une pause d'IEF entre temps. Elle a testé des preschools (maternelles) plus ou moins Montessori à Singapour (Nursery 1), en Afrique du Sud (Nursery 2, Kindergarten 1) et puis en Malaisie (Kindergarten 2), entamé le primaire en Year 2 en système IPC à Kuala Lumpur, basculé en Grade 2 puis Grade 3 en système IBPYP à Shanghai, fait l'école en camping-car, autour de la France puis en Nouvelle-Zélande (mais en français seulement), repris en Year 5 en IBPYP à Singapour et enfin bouclé la boucle de l'école commencée 9 ans plus tôt dans le même pays avec sa sixième et dernière année de primaire.

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(medley d'images de 9 années d'écoles ...)

Augustine débroussaille en partie nos questionnements sur les choix et le fonctionnement de l'école à l'étranger en système(s) international(aux), se plie à nos expériences plus ou moins heureuses, change d'école comme de chemise avec pas mal de philosophie et de bonne volonté (et quelques craquages aussi parfois pour nous rappeler les défis auxquels on la soumet ...).

Depuis son arrivée en Asie en 2009, et à l'exception des deux années sudaf et de la pause IEF, elle a toujours étudié (plus ou moins assidûment) le mandarin, c'est donc "naturellement" qu'elle a choisi cette langue en Acquisition pour la suite. Son école propose aussi toutes les langues en "Mother Tongue" (Langue Maternelle), avec un tuteur (et des frais) supplémentaires, mais choisir d'étudier le français en langue maternelle à l'école aurait signifié l'arrêt du mandarin et c'était un peu dommage (alors je suis bonne pour continuer le français à la maison, en version collège).

La suite pour Augustine, c'est donc cinq années de MYP, Middle Year Programme, une sorte de "collège international" qui précède le DP, Diploma Programme en 2 ans. Comme pour le reste, on se lance là-dedans avec elle, parce qu'en l'état actuel des choses, c'est le meilleur choix pour elle: le genre de programme d'étude qui est parfaitement adapté à ces "enfants de partout". Aura-t-elle la chance de suivre le programme complet ? Impossible de le savoir, évidemment ...

Mais aujourd'hui, pas de pression, on fêtait juste la fin de Y6, une petite "fin d'époque" aussi, car elle (et sa soeur et son frère aussi) va changer de campus dès août prochain, pour un bel endroit plus vert, plus calme, plus "comme on l'aime" ! On a écouté les petits discours des uns et des autres, pris des photos de nos enfants avec leur chapeau "mortier", et serré quelques mains.

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C'est la fierté qui prime, évidemment. Moi qui fuit comme la peste toutes les occasions formelles et obligatoirement émotionnelles, je n'ai pu m'empêcher de repenser à cette toute petite fille que j'accompagnais dans sa première petite école il y a tout juste 9 ans, dans la chaleur de Singapour. L'école est toujours là, je passe parfois devant et je rêve. Son voyage est aussi encore un petit peu le mien, parce que je suis comme une ombre qui la suit ni-trop-près-ni-trop-loin, qui l'assure, une sorte d'échafaudage de fils invisibles qui s'estompe imperceptiblement.

Mais encore une fois ce genre d'évènement me laisse un peu perplexe. À cause simplement de cette vision, dans le bus du retour, le même bus que tout les autres jours, le même chemin, la vision de ma fille et de son chapeau sur la tête (elle en est fière !), qui se plonge dans le dernier Astrapi reçu au courrier aujourd'hui. La vie ne change que par petites touches. Égoïstement, je ne ne garderai que ça.

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31 mai 2018

Sorties d'écoles

Alors depuis que je ne travaille pas encore ... j'ai du temps devant moi. Du temps que je m'acharne consciencieusement à occuper, jour après jour, comme tous ceux qui n'ont pas de job, d'occupation, de 9-to-5, les "mères au foyer", les retraités et d'autres "inactifs" de la société (surtouuuuut ne pas montrer un agenda vide, ni laisser entrevoir une quelconque oisiveté !).

Je suis donc (re)devenue (au choix) une tai-tai (en moins riche et moins bien habillée), une trailing spouse (mais c'est pas nouveau), voire une soccer mum (si les vélléités de pratiques sportives de mes enfants continuent de s'intensifier), et évidemment, je montre ma tête à l'école de mes enfants tous les jours, ou presque (tant qu'à ne pas bosser aux heures de dépose)... Ça n'a l'air de rien, mais c'est subtil comme activité: c'est bien d'être là quotidiennement ("je suis une bonne mère qui se préoccupe de ses enfants"), sans être trop là ("je n'ai rien d'autre à faire que de faire des alle-retour et traîner dans les couloirs de l'école"), c'est un art pratiqué ici par beaucoup, dont je tente de m'inspirer l'air de rien. Nan je blague (en vrai, je me suis frénétiquement inscrite à des tonnes de cours et d'activités en tous genre ... toujours ce besoin de "remplir").

Mais en vrai, alors qu'avant, je me bornais à remplir les formulaires d'autorisation de sorties scolaires et à les renvoyer illico, depuis quelques semaines je me suis laissée tenter à cocher la case "I will be available to help for the field trip". Ce qui m'a fait me retrouver, en deux ou trois semaines: à Garden by The Bay avec les Y2, à l'exposition du PYP de l'autre campus avec les Y6, à l'Imaginarium du SAM avec les Y4 et au Jardin Botanique avec les N1.

Prêts pour un p'tit circuit touristico-éducatif dans Singapour, au gré des sorties scolaires ?

C'est Jo qui a ouvert le bal, avec une sortie-jardin au Garden By The Bay. Un parc relativement récent (plus vraiment récent pour les Singapouriens qui ont une toute autre notion du terme obsolescence que nous z'aut'; mais en vrai, c'est le dernier en date). Celui qui est juste derrière les trois tours et leur planche à repasser sur le dessus (les gens d'ici n'aiment pas quand je dis que ça ressemble à une planche à repasser -c'est pour ça que je le dis), qui s'appellent Marina Bay Sands et qui sont connues pour leur hotel un peu cher et leur casino. Dans ce jardin, les deuxième années devaient y rechercher et étudier des occurences d'installations et d'efforts "écologiques" (poubelles de tri, panneaux solaires, minuteurs d'arrosage ou d'éclairage automatique ... bon, ça reste Singapour ... où les beaux discours pleuvent mais finalement, personne n'en n'a rien à faire). Il faisait chaud (comme d'hab'), mais la perspective de la séance de jeux dans le petit parc aquatique gratuit, tout au fond du jardin a motivé tout le monde. Oui, ici, quand les enfants vont en sortie scolaire, les jeux d'eaux sont compris dans le package ! (et heureusement, j'ai envie de dire ... parce que malheureusement les uniformes en microfibre gardent très bien les odeurs de sueur ...).

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Je connais un peu ce parc de Gardens By the Bay, mais cette fois-ci (merci le concept de scavenger hunt qui fait toujours marcher plus que prévu !), avec mon groupe de quatre gars, on a poussé jusqu'au bout, dans des coins où je n'étais jamais allée. Et par endroit, on se croirait presque en pleine nature (dis donc !). Ils sont doués ces Singapouriens, quand même...

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(le panneau explicatif de la central de bio-fuel de ce jardin: les déchets de taille des végétaux sont utilisés pour fournir l'énergie nécessaire à la climatisation des serres)

La suivante, c'était une sortie intra-école: Augustine qui partait avec les Y6 voir l'exposition du PYP de l'autre campus de leur école. Ils avaient déjà été voir des expositions dans d'autres écoles, donc ce n'était pas vraiment nouveau pour eux (et puis ça tombait juste une semaine avant la leur, d'exposition), mais j'étais curieuse d'en apprendre plus. On reparlera de l'exposition du PYP puisque la sienne est maintenant finie (et j'en avais déjà parlé ici), mais c'était évidemment très intéressant.

Le thème de leur UOI (Unit of Inquiry) c'était Sharing The Planet, et du coup, les six groupes ont tout balayé: la prolifératon du plastique dans les océans, la pollution de l'eau, la déforestation, le gaspillage alimentaire, mais aussi les droits de l'enfants. Pour chaque sujet, une problématique, un angle d'étude, des illustrations, des exemples, et des amorces d'actions. Alors oui, Sharing The Planet, c'est toujours l'UOI où tout le monde se lâche, les enfants veulent sauver la planète et les bébés phoques et j'ai ressenti parfois une petite désespérance à comparer les chiffres affolant qui témoignent de l'ampleur des problèmes et les moyens naïfs proposés par ces enfants. On ressent aussi le paradoxe de ces presqu'ados qui commencent à ressentir (parfois viscéralement) l'urgence et l'injustice de toutes ces constatations au cours de leurs recherches, tout en évoluant (sans complexe) dans un pays tel que le nôtre, un des plus égoïstement riches et écologiquement négligent au monde.

Nous avons donc participé à cette exposition, écouté les enfants nous exposer leurs travaux, nous nous sommes extasiés du travail de mise en valeur (mise en scène parfois !). Les éléments créatifs, justement, était bluffant: chaque groupe disposait d'une demi salle de classe consacrée entièrement à leur sujet, qu'ils avaient décoré du sol au plafond, avec des énormes structures, des suspensions, des stands ou des petites cabines avec des jeux et des actvités pour informer et expliquer leur sujet. Le groupe sur les droits de l'enfant, particulièrement a proposé un jeu d'échec grandeur nature, avec d'un côté les noirs qui représentaient les différentes formes de maltraitance (physique, émotionnelle, sexuelle ...) et en face, les blancs avec des pistes d'aide, de prévention, de références. Bon, c'était un peu manichéen, mais extrêmement bien pensé et bien creusé. Les visiteurs ont participé de bonne grâce et les "accueillants" ont présenté avec beaucoup de professionnalisme.

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Le troisième épisode de cette série un peu intense de sorties de classe, c'était avec les Y4 de Salomé. C'était de l'art, mais aussi du sport, car nous avons marché depuis leur école vers le SAM (Singapore Art Museum), pour l'ouverture de l'Imaginarium de 2018 (Into the Space of Time) et aussi celle de leur UOI: How We Express Ourselves. Une paire de kilomètres (aller simple), sous la chaleur de Singapour (aux pires heures de la journée) et une journée à coacher des 9 ans dans un musée d'art contemporain, ça m'a usée !

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Mais je ne regrette pas du tout, et pourtant, je ne suis pas une habituée de ce genre d'endroit. C'est de l'art contemporain, donc, une dizaine d'artistes dans une dizaine d'espaces, et il y a de tout: des bricolages de bouts de chiffons, des prés lumineux, des boîtes en bois avec des "image-par-image" réinventés, et surtout quelques géantes peintures "reliez-les-points" que j'ai trouvé géniales. Sur l'idée que nos vies se déroulent en une ligne, que chaque évènement, chaque point ajouté, altère sa trajectoire et laisse des marques, on voit ses peintures changer, au fur et à mesure que l'artiste relie chaque nouveau point. J'ai aimé ce dynamisme, ces images en mouvement (mais sans écran !), ce travail jamais fini, ce fil que l'on déroule (mais d'où vient-il ?).

J'ai promené mon petit groupe de salle en salle, on a pris des notes, joué à être des critiques d'art, on s'est allongés par terre, on a touché et regardé dans tous les sens, on s'est essayés à aller au plus loin de nos retranchements, de nos folies. On s'est demandé "Mais que veut-il bien dire ?" (et aussi "mais pourquoiiiii?") c'était vraiment du "How we express oursevles".

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Et pour finir cette série de sorties scolaires, pour la fête des mères (qui ne tombe pas le même jour qu'en France), la petite école de Manech avait organisé une excursion-peinture dans le jardin botanique. Il a de la chance: son école n'est pas dans un shopping-mall, il lui suffit d'ouvrir la porte, de traverser la route (tenir-la-main !) et hop ! Ils ont un immense jardin à disposition. Cette fois-là, les maîtresses, enthousiastes, voulaient faire décorer et puis cacher des galets (SG Rocks) par des dyades maman-enfants, et en plein air ! Avant ça, on a eu droit à une projection un peu longuette de petits films nunuches à souhaits de "Happy Mother's Dayyyyy" par les Papas et les siblings. À ce stade, j'aurait dû filmer l'assistance, qui telle une portée de petits chiots, penchait la tête sur le côté en poussant des "OOOOooooh" à l'épaisseur des joues des bébés sur l'écran.

Une fois dans le jardin, on est en Asie, ne l'oublions pas, il a fallu tout de suite s'installer pour manger le petit goûter (et ce même si le petit dej est à peine avalé, et que le déjeuner est dans une heure ...). Après ça, on a sorti les galets et c'était parti pour le barbouillage. Je n'ai pas su si le machin avait fini par sécher, parce qu'il y avait autant de peinture que de cailloux, mais Manech, il est comme son grand frère, il aime la peinture. 

Après ça, les nuages se sont amoncelés au dessus de nos pelouses, aux premières gouttes, on a tout remballé, et tout le monde a reflué vers l'école. Sauf moi et quelques Danoises. Forcément (faut-il encore ce genre d'anecdote pour renforcer la réputation de guerriers des éléments naturels des natifs d'Europe du Nord?). Il n'a même pas plu, en vrai (une fausse alerte, oui, il y en a ici aussi). Les enfants ont poursuivi les cygnes noirs qui s'étaient aventurés sur les lieux, en quête de menus restes de pic-nic, et puis c'était tout. Les cailloux, au lieu d'être cachés dans le jardin, ont été ramené en lieu sec, que sont-ils advenus ?

Un peu pétard mouillé à peine humide cette sortie ...

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Voilà les dernières sorties en date, le mois de mai s'achève et bientôt ce sera la fin de l'année scolaire (mi-juin pour les écoles internationales). Toutes ces sorties m'inspirent ... du coup, je me replonge là-dedans !

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13 mai 2018

mon jardin d'ici

Mon jardin d'ici, c'est le Botanic Garden, c'est ma deuxième maison. Je tourne autour, à pied, en vélo, en bus. Je le traverse, seule, ou avec les enfants. Toujours en visu, c'est ma boussole, mon point de repère autour de Singapour. Parce que je ne supporte quasiment plus de courir le long de routes bruyantes et encombrées, je me retrouve presqu'invariablement au Botanic pour ma petite foulée, j'en ai parcouru les moindres allées dans tous les sens. Et le dimanche après-midi ou même parfois en semaine, c'est la sortie proche et facile, on emmène les maillots à cause du jeu d'eau du Jacob Ballas children's garden, on en revient suants et sales, mais heureux.

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Le matin, il y a les groupes de yoga, de taichi, de danses. Les sorties scolaires, les classes de tout-petits, avec leurs uniformes trop grands. Les gens qui marchent, les gens qui courent. Les touristes, ceux-là, on les repère tout de suite: ils ont un plan à la main et un appareil photo autour du cou.
Les mamans Californian-style en yoga pants, casquette sur la tête et queue de cheval sur chevelure blonde et lissée, avec leurs grosses poussettes à mille dollars. Les Chinoises plus âgées, les bras couverts, leur visière en plastique teinté qui leur mange le visage. Parfois aussi des coachs qui crient sur des tai-tai (aussi en yoga pants !), avec des gros ballons, et des cordes lourdes, qui font semblant de se boxer, partent en courant, reviennent, refont semblant de boxer etc ... Quand je passe, je tourne la tête: j'ai de la peine pour elles, à se faire crier dessus pour suer en plein soleil.

Et puis la chaleur monte, sur les pelouses en plein soleil, il fait étouffant. L'après-midi, encore des promeneurs, des maids avec des enfants blonds, des étudiants qui le traversent, quelques amoureux, encore des sportifs. Le soir, des coureurs, par dizaines, des jeunes gens qui rentrent du travail, leur boisson à la main, dans le petit sac en plastique qui pend au bout de leur main. Le dimanche, c'est un des rendez-vous des Philippines (celles qui en ont marre de traîner à Lucky Plaza ?). 

Dans les petits chemins du Botanic, je m'ouvre à tout.

J'aime sa couleur, ses couleurs plutôt. Du vert de tous les tons, des chauds, des bleutés, des marrons de feuilles mortes et molles, du beige chaud des troncs, des rouges sur les fleurs étranges. Du gris, quand il va pleuvoir, qui se reflète presque sur les feuilles des grands palmiers, qui tournent alors au vert grisé, presque métallique. J'aime particulièrement la nuit, dans mon jardin. Dès cinq heures du soir, l'air n'est plus un poison brûlant, le soleil n'est plus une menace, il devient une source dorée qui colore tout. Et la nuit tombe, et les ombres s'allongent, et le noir vient. Les lumières étirent et gonflent les frondaisons, il me semble que les arbres sont mis en spectacle, pour attirer le regard. Derrière les éclairages, la forêt devient plus dense et plus profonde. La nuit dans le parc ne me fait pas peur, je ne saurais dire pourquoi. L'air est doux et confortable, les bruits sont étouffés, il n'y a même plus à tendre l'oreille pour entendre les crissements stridents des insectes. Je me dis toujours que je pourrais passer la nuit dehors, il ne fait même pas frais, juste terriblement bon.

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J'aime ses formes, celles les grandes feuilles qui font de l'ombre, qui me forcent à pencher la tête quand je passe à côté, j'aime la rondeur des gros nénuphars, sur le lac des cygnes, ou celui de l'esplanade de théatre, au milieu. J'aime le petit passage sous la pergola, avec les racines qui pendent, les sinuosités des sentiers.

J'aime traverser la petite placette avec l'horloge des quatre points cardinaux, et le groupe des "danseurs-taichi/que-sais-je", tracer en courant à travers eux et faire un clin d'oeil au vieux type tout en blanc qui mène toujours la danse et qui me rend toujours mon sourire, en grand.

J'aime surtout son odeur, celle de l'humus et des sous-bois, celle qu'on appelle animalic dans le jargon des arômatiseurs/parfumeurs. Pas tant que l'odeur soit vraiment plaisante, mais elle me rappellera jusqu'à ma mort ma collègue du laboratoire de développement d'application alimentaire à Delft, qui associait elle-même cette odeur à celle du vivarium de reptiles où elle allait quand elle était petite. Tortueux mais fantastiques méandres de la mémoire humaine: quand je cours dans le jardin botanique de Singapour, je repense à Damiet K. et l'odeur du reptilarium de son enfance aux Pays-Bas. Il y a aussi l'odeur des fleurs, celle du pandan parfois, odeurs d'ici, pas légères, pas de "bouquets floraux" aériens et légers, mais des odeurs un peu lourdes et tenaces, qui collent.

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J'aime les bouffées de fraîcheur qui s'en dégagent, quand je le longe à vélo, au matin en emmenant MiniMan à l'école, ou encore mieux le soir, en rentrant de ma séance de jujitsu à la maison de quartier (je rallonge un peu la sauce pour passer à côté et m'éviter cet affreux boulevard assourdissant en face de chez nous). À Singapour, les seuls autres endroits où on peut avoir cette impression, c'est en passant devant la porte ouverte d'un shopping mall (la clim' à fond), alors forcément, j'apprécie. Mais réellement, quand je passe à vélo, je ressens quelque chose qui se dégage de cette masse de vert, cette chose presque vivante, je l'imagine tel un monstre endormi, qui cherche paresseusement à s'étendre, à se propager, à lancer ses racines et ses branches hors des limites qu'on lui a consacré. À Singapour, comme sous toutes les tropiques, la nature lutte perpétuellement (pas de trève hivernale !) pour reprendre sa place, elle envahit, inlassablement (et les hommes coupent, inlassablement aussi). Et de cet amas d'arbres, de lianes, de feuilles se dégagent à certains moments, d'imperceptibles vagues de frais, même pas une brise, juste un léger flottement, qui me fait parfois imaginer que je perçois là l'haleine fraîche d'une fabuleuse créature alanguie, avant de douter que ce ne soit que mon imagination qui me joue des tours.

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J'aime le bruit un peu sourd que ça fait quand je court sur le petit sentier de bois, dans le petit coin de forêt primaire (le Rainforest walking trail, un des seuls qui reste à Singapour), j'aime le chant des oiseaux, le crissement des insectes, et le craquement des feuilles mortes sous les pas. J'aime l'absence du bruit des véhicules, cette impression d'être dans une bulle, loin de tout ça.

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J'aime toujours regarder les empreintes de ces immenses feuilles, à l'entrée côté Tanglin Gate, chaque matin ou presque, à vélo, je ne m'en lasse pas. J'essaie de m'imaginer le moment où ces empreintes ont été prises, cette activité d'école maternelle par des gars bien sérieux (et ça me rapelle des fois cette séance de pâte à modeler).

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Parfois, nous pensons à notre prochain déménagement. Tout de suite, il a été question de changer de quartier pour se rapprocher de l'école des grands. Mais je ne sais pas si j'arriverait à m'éloigner de mon jardin d'ici ...

04 mai 2018

{this moment}

{this moment} ~ A Friday ritual. A single photo - no words - capturing a moment from the week. A simple, special, extraordinary moment. A moment I want to pause, savor and remember. 

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First world problems - Problèmes de riches

En face de l'arrêt de bus de chez nous, cette publicité. Elle mérite un petit sous-titrage parce que quand on n'habite pas ici, elle est difficile à comprendre (même parfois quand on habite ici: il m'a fallu plusieurs jours pour admettre le message qu'elle envoie).

C'est donc une pub pour une compagnie d'assurance qui propose de rajouter une couverture "maid" (la helper = la domestique) pour une assurance vacances. Il faut savoir qu'ici, il est très courant d'employer une "bonne à tout faire" étrangère comme aide domestique, qui réside obligatoirement chez son employeur (les derniers chiffres du MOM font état d'environ 250.000 Foreign Domestic Helpers, ce qui est plus que les Employment Pass, typiquement les expatriés). Moi-même, je compte beaucoup sur V., notre "joker" qui me permet d'assurer presque tout le temps. Bref. Et quand l'employeur part en vacances, il peut demander à sa helper de l'accompagner (sans, évidemment, que cela ne constitue des vacances pour elle), seulement, elle n'est pas couverte par l'assurance obligatoire souscrite par l'employeur, qui ne fonctionne qu'à Singapour.

Cette société d'assurance nous propose donc de dire au-revoir à nos vacances fatiguantes en emmenant notre domestique avec nous et en l'incluant dans l'assurance du voyage (avec une réduc quand même !).

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Je bloque évidemment sur les vacances fatiguantes de ces petits poupées russes, plan à la main et appareil photo autour du cou, suant à grosses gouttes et pleurant à chaudes larmes parce que leur bonne n'est pas là pour ranger leurs affaires et nettoyer derrière eux (et s'occuper des gamins pendant que les parents s'éclatent).

Que la vie est dure à Singapour, quand on doit se passer de domestique pendant ses vacances ... 

Quant au "Plus jamais de mauvais souvenirs" ... je suis déjà partie.

C'est bien, finalement, cette petite piqûre de rappel de pourquoi je ne voulais pas trop retourner à Singapour, l'année dernière ...

Posté par Annelleme à 13:36 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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