Dix pieds sur Terre

28 juillet 2017

Et il a eu 2 ans

Et hop, un deuxième tour du calendrier. Il y a un an, nous étions aux Sables d'Olonnes, sur la plage, il y a deux ans, à Shanghai. Entre temps, il en a fait du kilomètre, je crois bien que c'est le plus voyageur de nos quatre petits: 6 pays en 2 années (sans compter les cas particuliers: la Nouvelle-Calédonie et son sui generis) ... À deux ans et un jour, il a sa carte de voyageur fréquent, ça promet.

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Chez lui, c'est nous.

J'ai arrêté de me faire du souci pour les "changements d'air" (devrait-je ?), il s'adapte, il suit, avec bonheur. Tout au plus nous rappelle-t-il qu'il est encore sensible à ce qu'il mange et boit (les reliques des coliques du nourrisson ?) en nous réveillant la nuit parfois, mais il sa dernière pré-molaire est sortie pendant nos vacances, alors on a fêté la fin des douleurs dentaires, youpi ! Un truc qui ne me manquera pas !

MiniMan s'achemine doucement mais sûrement vers un nouvel état, de bébé à petit garçon, coupe de cheveux après coupe de cheveux (oui, ça fait toujours cet effet-là: il paraît nettement plus grand après le passage des ciseaux). Pour le pot, par contre, il suit la trajectoire familiale: à deux, ans, aucun intérêt pour la chose ...

À notre arrivée en France, il ne disait toujours presque rien, sauf un "ya" et un "no" et quelques baragouinages accessoires. Papi avait prédit une explosion de ses compétences langagières (ce qui est souvent arrivé aux enfants lors de ces séjours monolingues). Il ne s'est soudainement pas mis à former des phrases complexes, mais très nettement, il y a du progrès: il répète maintenant volontiers les mots entendus, avec plus ou moins de succès. Par contre, impossible de lui faire dire "oui": par un inexplicable mystère, son "ya" s'est transformé en un très intelligible "yes" pendant nos vacances franco-francophones, et malgré tous nos efforts, il n'en démord pas. On a donc là un enfant qui dit "Yes" (ce qui fait se retourner les gens de la file d'attente à la Poste). Bon, moi qui avait craint un temps que son frein de langue un peu court ne le gène dans sa diction (comme cela avait été le cas pour l'allaitement, au début), je suis soulagée de voir que les consonnes ne posent finalement pas trop de problème (et qu'il est juste un peu flemmard).

Alors ce qui est un peu malheureux, c'est qu'à peine lancé en français, il va devoir se mettre sérieusement à l'anglais ! C'est parce qu'après tous mes efforts de recherche, ce petit Monsieur est donc inscrit dans une petite école du coin, où on lui parlera dans les deux langues. Allez, ça a marché pour les autres, ya pas d'raison. Quelque part, je suis quand même contente que, contrairement à ses grands frère et soeurs, il sera entouré en français un peu plus longtemps et que c'est pas plus mal (parce que, quand même, il ne dit pas "oui" ...).

Pour le reste, c'est un petit gars tout à fait comme il faut, qui adore grimper (et s'y prend plutôt bien ... surtout pour s'echapper du lit pour bébé ...) et surtout n'importe quoi de motorisé (plus c'est gros, plus il aime). En balade en campagne ou en montagne, gare à ne pas croiser un tracteur, une moissonneuse-batteuse ou un engin de chantier: c'est la pause obligatoire et assurée pendant de longues minutes. Il reste absorbé, hypnotisé par la machine, le monde s'arrête de tourner, les parents-rentrez-à-la-maison-j'en-ai-pour-une-minute-comprenez-vous-je-regarde-le-tracteur. Un truc de dingue. Tout y passe évidemment, voitures, moto, trains ... À Paris, récemment, à chaque passage d'un camion-poubelle, d'un camion de pompier, ou du SAMU, c'était l'extase ...

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Merci Béatrice !

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Manech, c'est surtout un grand câlin, souriant et confiant, il aime donner et recevoir des bisous, et je lui en pique en douce, parce que c'est tellement doux et que ça s'en va si vite ...

De temps en temps, il se fait un petit passage "nan mais je veux QUE Maman en fait", mais quand il a besoin de quelque chose, il attrape doucement la première main qui passe pour l'y emmener. C'est de son âge, mais il ne se lasse pas de jouer dehors, de grignoter des fraises et framboises du jardin, de se balader partout. Alors, en France, il gardait toujours ses chaussures aux pieds ou à portée de main, histoire ne jamais rater une occasion de sortir.

Présent d'anniversaire: un premier jeux de société, tout simple tout bête, il faut nourrir le nounours ...

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À deux ans, il rentre dans le club (très très ouvert) des terrible-two's, celui des petites terreurs qui s'effondrent si la chaussure est mal serrée, balancent les assiettes par terre, hurlent leurs frustrations. Il commence aussi (enfin !) à remettre ses frère et soeurs à leur place quand ils sont trop envahissant, à réclamer son dû et protester contre les abus. Que nous concocte-t-il pour la suite ?

Joyeux deux ans, Manech 东风 !

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23 juillet 2017

SaveursD'iciEtd'Ailleurs#9 - Dahl (Inde)

Mais ... on n'a jamais habité en Inde !

C'est exact, on n'a jamais habité en Inde.

Notre aventure avec ce pays et sa cuisine a commencé vers l'année 2007, son épisode le plus remarquable étant celui du contexte de la naissance d'Augustine: MonsieurPapa était à Mumbai quand le travail a commencé, il a eu juste le temps de rentrer vite-vite et d'ouvrir les bras pour récupérer sa petite fille toute fraîche. Quelques mois plus tard, nous étions de mariage à Delhi avec notre Petite, on a mis les saris et goûté à tout.

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Après ça, je n'ai plus jamais remis les pieds en Inde, mais MonsieurPapa a collectionné les visas indiens dans ses passeports, il a parcouru le sous-continent dans tous les sens, il a copiné avec des Indiens de partout, et rapporté, à chaque fois, des épices et des inspirations. Petit à petit, elles ont pris de la place dans notre cuisine et dans nos goûts. 

À Singapour, en 2009, on a réellement découvert cette version singapourienne de la cuisine indienne, puis en Afrique du Sud, berceau de la plus importante communauté indienne immigrée du monde (plus de 150 ans d'enracinement) et sa gastronomie plus diluée.
En Malaisie j'ai goûté à la subtile influence indienne dans la cuisine malaise, qui porte en elle le mariage de l'Inde et de l'Asie du Sud Est, en plus de la "vraie", celle des tamouls du Sud de l'Inde et de toutes les autres influences.
En Chine, c'était plus dur. On avait repéré ce petit restau sans prétention, bien au fond d'une ruelle, où les familles indiennes se pressaient les jours de fête (Deepavali), tout le monde apprêté, mais on a aussi continué à cuisiner, goûter, tester, à la maison. 

Chez nous, le maître de la cuisine indienne, c'est MonsieurPapa. D'où lui vient ce goût des épices, de la chaleur de ces plats, de la profondeur des saveurs et aussi la sûreté de sa main quand il s'agit de les doser ? Si l'on souhaite y croire, ça vient sûrement de ses vies d'avant celle-ci ...

À chaque voyage, il se fait emmener dans des gargottes ou des palaces de la grande cuisine indienne, goûte à toutes les variations, compare, prend des notes, ramène des sachets d'épices, compulse les sites de recettes. Avec ses copains indiens, il s'essaye à des classiques, petit à petit, le dahl en fait partie. Alors moi je n'y connais rien au dahl, je sais juste que c'est bon et facile à faire.
Mon amie indienne de Mumbai (Bombay) me dit que dahl, ça veut (plus ou moins) dire lentille. Du coup, le plat tout simple qu'on fait en les assaisonnant de quelques épices s'appelle aussi un dahl (ou dahl curry). Il va sans dire qu'il y a autant de recettes de dahl en Inde que de mères de famille qui en cuisinent tous les jours. C'est un plat d'accompagnement qui se mange avec du riz, des naans ou une sauce au yaourt à la menthe et à la coriandre (raita, je crois que ça s'appelle, mais je ne suis pas sûre). 

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La petite histoire du dahl chez nous, c'est que, jusqu'au voyage en Nouvelle-Zélande, on n'en mangeait pas tant que ça. Et puis un jour, le petit Manech de 18 mois, sur les genoux lors d'un barbecue avec des amis, a tendu un petit doigt déterminé vers le bol de dahl fraîchement préparé sur la table. On a dit comme ça "Ah mais non, ça, bébé, c'est un peu fort, tu vas pas aimer". Rien du tout, il n'a pas voulu en démordre, il voulait du dahl (que dalle !).
Première cuillère, et puis il en a redemandé, encore et encore, et a fini le bol. Depuis, quand il est grognon, ralou, fatigué, mais que quand même il faut bien manger, il reste le dahl, ça passe toujours. On a donc sur les bras un petit Français né en Chine qui préfère le dahl au jambon-purée (et puis tous les autres trucs indiens, il aime aussi). Allez savoir.

Pour la recette, on a jeté notre dévolu sur celle de Ricardo (un Canadien en plus !), testée et approuvée par nos invités indiens, que je livre ici avec quasiment pas de modifications. L'ingrédient de base est donc la lentille corail, avec des oignons, de l'ail et des épices. Il me semble avoir lu qu'on peut y mettre de la tomate sous forme de coulis ou de tomates en boîte. 

★ ★ ★ Recette du dahl ★ ★ 

Ingrédients: 

  • 5 mL (1 c. à café) de paprika

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Préparation:

Dans une casserole, faire dorer l’oignon dans le beurre. Saler et poivrer. Ajouter l’ail, le gingembre, les épices et cuire 1 minute en remuant. Ajouter l’eau, les lentilles et porter à ébullition.

Laisser mijoter doucement, à découvert en remuant fréquemment, environ 20 minutes ou jusqu’à ce que les lentilles soient très tendres. Retirer les morceaux de gingembre. Rectifier l’assaisonnement.

On peut servir avec du riz basmati et garnir de raïta (ou de yaourt). C'est surtout très bon avec des feuilles de coriandre ou un trait de jus de citron vert. De manière générale, c'est bon avec une pointe d'acidité ou de fraîcheur, qui contrebalance très bien la texture un peu pâteuse du dahl. La texture finale, justement peut varier énormément en fonction des goûts: d'un liquide presque soupe, à une purée un peu compacte, pas d'erreur possible, c'est comme on veut. 

Bon appétit !

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18 juillet 2017

6 ans, Joseph Madiba

Il a depuis le début de cet été l'invariable sourire troué des petits nouveaux de l'école primaire ...

Alors voilà le "petit Joseph" a 6 ans, il n'est plus si petit. Quand je marche derrière lui, en montée sur les sentiers d'alpages, je vois ses petits mollets un peu secs qui se dessinent, il pèse maintenant un poil plus lourd que sa plus jeune grande soeur, mais elle le bat encore de quelques centimètres (ouf ! l'honneur est sauf). 

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Il reste quand même le "petit Joseph", celui qui ne perd pas une miette de ce que disent ses soeurs, qui veut toujours participer aux jeux et aux activités. Il aimerait bien que je l'inscrive aux petites courses à pied pour enfants mais ce n'est pas toujours possible (pourtant, comme Augustine, il court vite). À l'école, il est celui qui veut toujours aider la maîtresse, cette impérieuse exigence mène parfois à des frictions avec ses copains, quel paradoxe. Lui qui a besoin de temps pour sortir les bons mots est souvent pris de vitesse par ses soeurs au verbe plus leste, alors il s'offusque, monte le ton, crie son injustice qu'on ne le laisse pas finir. 

Avec Augustine, les étincelles volent encore souvent: ils aiment tous les deux être les premiers, les plus rapides, les préférés. Le premier garçon et la première fille, quoi de plus normal finalement ? Parfois quand même je surprends un éclat de connivence, un moment de complicité dans une activité ... juste avant que ça explose, comme si cet esprit de compétition les liait un peu quelque part ... Salomé ne comprend pas ça ...

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Joseph, il est entier, il est toujours un peu "brut de décoffrage": J'aime ou J'aime pas, il ne sait pas cacher ce qu'il pense (et des fois, je me dis que c'est sans doute mieux comme ça ... il aura bien le temps d'apprendre quelques ficelles d'hypocrisie plus tard). Ses quelques tentatives de dissimulation (d'une menue bêtise, souvent) sont comiquement vouées à l'échec: ça se lit sur son visage ! Note pour plus tard: lui apprendre à jouer au poker ...
Il réagit souvent énergiquement à l'injustice, telle que perçue, ce qui donne des montées en volume impressionnantes et des redescentes tout aussi rapides. Il ne sait pas encore sentir quand il est fatigué, ou quand ça devient trop, même s'il y a du progrès, petit à petit. Des fois, j'aimerai qu'il soit comme ses soeurs, capable de s'occuper (longtemps) sans trop bouger. Mais la vérité est là: il a besoin de mouvement, de sortir, de bouger, de se dépenser ... et de s'écrouler de sommeil dans la voiture au retour. 

Il a aussi besoin qu'on l'aide à voir clair en lui, à tirer des enseignements des expériences passées, il vit encore complètement dans le présent, alors se poser et analyser, prendre son temps, prendre soin des choses, c'est pas facile. Il est exigeant avec ses parents parce que souvent, on n'a pas envie de lui donner trop de responsabilités, alors que justement, c'est lui qui en a le plus besoin. Quand on n'est pas dans le peloton de tête des aînées, il est facile de souffrir d'être "le petit" à qui on ne confie pas grand chose parce que "les grandes peuvent bien le faire". Il nous crie souvent (silencieusement) de l'admettre dans le club des grands, de lui faire confiance, de prendre des risques avec lui avec la préparation et la considération qui conviennent. Mais on y travaille ...

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Il aime toujours autant le goût sucré, les jus et les gateaux, les fruits, qu'il peut engloutir par kilos (cet été, les abricots !). À cet égard, il est encore tellement petit: il a du mal à attendre pour manger, alors il faut la jouer stratégique, le mettre à contribution pour aider au repas, et c'est son grand plaisir.

À six ans, il adore faire du vélo (son cadeau de Noël qu'il a eu la patience d'attendre quatre mois) et grimper sur les structrues de jeux, lancer des cailloux dans les lacs, arroser les plantes (c'est une graine de jardinier cet enfant-là, c'est sûr !), faire dégringoler des gravillons sur les pentes. Il aime feuilleter ses Tralalire, faire des rimes, mais les coloriages, ça l'ennuie: alors il déborde ... D'ailleurs, les dessins, c'est pas son truc non plus.
À l'école cette année, il est tombé sur un instit' australien, jeune, débordant d'énergie, qui m'a dit en mars (début de son "année scolaire") "On va le prendre là où il est et tout ira bien". Et c'était super. Il a fait des accrostiches alors qu'il sait à peine écrire, a appris ce qu'était la friction et plein plein d'autres choses, il a grandi et appris, il est rentré ravi (presque) tous les jours, et moi ça me suffit. 

À l'école (et à la maison, en français), il apprend doucement la lecture, le déclic est fait, mais je vois bien qu'il doit prendre son temps. Il aime ses petits cahiers de travail, recopier des mots et depuis peu, il s'entraîne à l'écriture cursive, c'est chouette de le voir progresser tranquillement. Six ans, c'est l'âge merveilleux où ils veulent tout savoir, tout comprendre, où il faut tout expliquer, tout le temps. Épuisant, mais j'adore. L'année prochaine, il sera en Year 2 (équivalent CP), évidemment, il a plus que hâte d'y être ...

Cette année, il a eu droit à un anniversaire doublement fêté, le premier étant en fait un "anniversaire triple", partagé avec Salomé et Manech, histoire de profiter de la présence de Papi et Mami à Arêches (est-ce que ça lui fait donc un tiers d'anniversaire ?).

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Et puis le 18 juillet, le Mandela Day, dans le SudOuest, il a eu son petit gateau pour lui tout seul et un cadeau fort encombrant (le genre que je ne mets pas dans la valise pour le retour, mais qui a eu beaucoup de succès).

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(et la mise à contribution du grand-père pour le montage ... mais qu'il est fier !)

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Joyeux 6 ans, Joseph Madiba !

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16 juillet 2017

Le Dieu de l'enfance

Et l'enfant grandit. Il grandit comme grandissent les enfants : comme un arbre, plongeant les racines de ses bras dans la terre maternelle, puisant sa nourriture dans les sous-bois d'une parole, multipliant les attaches, élevant les branches de ses pensées dans la lumière du dehors.

L'enfance est ce qui nourrit la vie. Qu'est-ce qui nourrit l'enfance ? Les parents et l'entourage, pour une part. Les lieux, la magie des lieux pour une autre part. Et Dieu pour le reste qui est presque tout.

Moins le Dieu de la Bible, un Dieu jardinier, bâtisseur, que le Dieu imprévoyant des pluies d'été et des premiers chagrins, le Dieu braconnier du temps qui passe. Un Dieu comme une mère un peu folle, un Dieu comme une mère qui donnerait dans le même geste une caresse et une gifle.

Ce Dieu-là est le premier rencontré dans la vie, avant l'autre, bien avant l'autre. C'est le même en plus vrai, en plus proche. On peut négocier avec le Dieu de la Bible.

On peut faire des affaires avec lui, engager des pourparlers, rompre et reprendre. On peut même lutter avec lui en pariant sur sa faiblesse. Mais avec le Dieu nourricier de l'enfance, on ne peut rien. Il est la part non-maitrisée de l'enfance, la part non décidée de l'éducation et c'est la part de l'infini.

Il n'y a pas à croire en lui. Croire c'est donner son coeur. Ce Dieu des heures simples a pris le coeur de l'enfant au berceau.

Christian Bobin, Le Dieu de l'enfance

Bapteme_Manech

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30 juin 2017

Le passage en Bretagne

Et me voilà donc en Bretagne

En quelques jours, beaucoup de choses me sont revenues. Et encore plus sont parties.

Comme la mémoires de certains itinéraires pourtant bien connus (parcourus quasi annuellement: la route vers la crêperie du fond-du-bois, celle de l'aquarium). Le nom de certains endroits ou de certaines personnes, l'impression d'être “d'ici”.

Pendant des années, à chaque fois que je retournais là-bas, je revivais un paquet de trucs pas vraiment agréables: notre arrivée en 94, les premiers hivers oh-si froids et humides, les levers trop tôt pour attraper le bus derrière la maison, tous les virus que je me suis cognée, les uns après les autres, avec pour seule arme mon immunité défaillante et beaucoup de mouchoirs en papiers. Tous les hivers, tout l'hiver, des années durant, j'ai été malade, voilà ce que c'est que de rencontrer tout d'un bloc les bestioles que vos camarades de classe ont côtoyé depuis la maternelle.

J'ai reniflé de la quatrième au bac, ce qui a grandement affecté ma popularité dans les cours de récré jusqu'à l'après-bac et mon expérience bretonne en général.

Alors forcément, j'ai eu beaucoup de temps pour dessiner des triskells et des hermines sur ma trousse en écoutant Matmatah, EV et consorts …

Malgré ce relatif désert relationnel, j'aimais bien habiter en Bretagne, je me disais que ça avait plus de classe que d'autres régions “sans identité” (oui, oui, à l'adolescence, on croit facilement toutes ces âneries), en plus, à la radio, on entendait Dan Ar Braz et Tri Yann faisaient des concerts à Paris, c'était “cool” d'habiter là-bas.

Dans la famille élargie, on était passés d'un coup des “Martiniquais” aux “Bretons” (magie d'un vol transatlantique). Ça me faisait tiquer, sur le coup, sans trop comprendre pourquoi, j'y croyais un jour sur deux.

J'avais été une paire fois dans un festnoz, pris quelques cours de danse bretonne (était-ce à la fac ? je n'en n'ai qu'un vague souvenir), mais l'idée d'apprendre la langue ne m'avait jamais effleurée et l'unique dégustation de chouchenn de toute ma vie m'avait laissé un goût amer de déception (c'est pas bon en fait, hein ?).

Illustrations-visuels

En partant vers l'Est et vers les années étudiantes, tout ça s'est rapidement dissout dans l'air, sauf peut être un gwen ha du cousu sur mon sac de randonnée et quelques chansons (oui, j'écoute toujours L'héritage des Celtes). Il y a eu l'antichambre: Nantes (et les gros commentaires relou sur la question de son “rattachement à la Bretagne” m'ont vite saoulés: ça m'avait mis la puce à l'oreille, ce genre de polémiques, c'était pas pour moi), et puis tout de suite après: l'Europe. La Bretagne paraissait loin, j'étais déjà partie ...

Années après années, j'ai perdu de vue presque toutes mes rares amies de Bretagne. Quelques liens ont subsisté, ont survécu au temps, aux déménagements, aux pertes des adresses. Elles sont toujours là (l'année dernière sur mes RoutesDeFrance par exemple), je reçois des faire-part, quelques photos et des nouvelles et ça me fait toujours chaud au coeur.

Tous les ans ou presque, j'y repasse, pour quelques jours ou quelques semaines. La première fois avec Augustine-bébé dans les bras ça m'avait fait un petit choc. Revenir en Finistère, c'était à chaque fois redevenir collégienne (et l'escorte de tourments associés), alors forcément, à partir de ce moment-là, il y avait comme un accroc dans l'espace-temps.

En revenant, j'avais parfois un vague sentiment de revanche: puisque je ne pouvais pas être chez moi en Bretagne (je commençais à m'en rendre compte), au moins je pouvais y revenir et en repartir libre, et me trouver chez moi n'importe où ailleurs, parce que cet ailleurs au moins, je l'avais choisi. À ce moment-là, j'aurai aimé ne plus avoir à y revenir, oublier tout ça, passer à autre chose (la fuite, mon meilleur allié depuis toujours).

Un été, lors d'une grande opération "vidage de garage familial", j'ai balancé les photos de classe de ces années d'école sans joies (aucun état d'âme, si ce n'est le sentiment qu'il était plus que temps) et petit à petit j'ai pu reprendre les chemins creux que j'empruntais pour aller collège sans plus souffrir de ce désagréable hold-up mental.

Et puis là, je me suis formulée très clairement l'idée que la Bretagne c'était pas chez moi. Sans rejet passionnel, sans déception et sans rancœur. J'y ai habité sept années, ce qui est moins que la Martinique, mais plus que les Pays-Bas et aussi les autres pays. Ce n'étaient pas les plus chouettes années de ma vie, mais je ne me sens plus obligée de mentionner l'endroit comme étant un point de départ. C'est finalement devenu juste un point de passage, comme les autres.

Depuis lors, je me perds sur les petites routes que je parcourais autrefois sans même y penser, je confonds les noms des magasins, je perds petit à petit mes anciens réflexes. J'ai toujours des souvenirs, mais ils me viennent sans plus de charge émotionnelle ancienne. J'assume une attitude de touriste totale, ou presque. J'aime bien la Bretagne, comme j'aimerai une autre très belle région de France. Il y a les paysages magnifiques, les plages, plein de sorties, du bon air, j'adore les crêpes et me balader sur les sentiers côtiers (et on ne crève pas trop de chaud en été). C'est chouette pour les vacances. En passant, je montre aux enfants le lycée où j'ai passé trois ans, ils ouvrent des grands yeux, mais moi, ça ne me touche pas plus que ça.

Je crois bien avoir réglé son compte à cette ambiguïté qui m'a poursuivie durant des années: n'avoir aucun devoir d'appartenance pour cet endroit ni souffrir de ce ressentiment pour les ratés de mon adolescence qui me gâchent mon séjour. J'ai fais place nette.

Je ne pense plus que j'aimerai pouvoir dire “je viens de telle ou telle région”. Je mens ou je botte gentiment en touche quand on me pose la question ("Et vous venez d'où en France ? Mes parents habitent en Bretagne." End of story.). Vouloir se fabriquer une identité c'est se mentir. On peut broder tout ce qu'on veut, quand ça veut pas, ça veut pas.

Il reste toujours la maison parentale, mais les transformations successives, petites et grandes, achèvent d'y effacer les traces de mon passage (ou alors ça vient de moi ?). La fresque de la descente du garage en reste la marque la plus visible, c'est sympa et anecdotique (même si des fois je reprendrais bien un pinceau pour corriger certaines horreurs !). Ça ne fait rien, mes enfants sont encore petits et croient encore que je suis super douée en dessin.

Alors je continuerai d'y emmener mes enfants en vacances, on ira manger des crêpes et se balader à la plage (où l'on emmène toujours un pull, le temps est si changeant). Je jouirai d'un plaisir léger et sans contrainte à raconter comment j'avais croisé un jour un phoque en nageant au large de la plage de Trégana mais ils auront leurs propres souvenirs de vacances en Bretagne chez Papi et Mami, de la cabane jaune et des hortensias et ce sera bien.


13 juin 2017

Réflexions sur les preschool à Singapour

Quand on arrive à Singapour, on est immédiatement abreuvés par les experts de la relocation, de tous ces bénéfices, toutes ces choses merveilleuses qui font que la vie à Singap' est réputée teeeeeellement agréable: la propreté, la sécurité, l'efficacité des services publiques, des transports, la variété de l'offre en produits de consommation, les infrastructures de santé et d'éducation. 

Et d'éducation, parlons-en tiens. L'école à Singapour, c'est la pierre angulaire de la société, c'est la clef de la réussite. Qui n'a jamais entendu parler des résultats du pays aux tests académiques mondiaux (PISA et consorts) et même de la méthode d'apprentissage des mathématiques éponyme ? On me l'avait dit à mon arrivée en 2009: "À Singapour, nous n'avons pas de ressources naturelles, notre ressource la plus riche, ce sont les Singapouriens (leur cerveau, en fait)". Pour résumer, le système éducatif ici est extrêmement compétitif et centré sur les apprentissages académiques (et quelques matières reines: les maths et le mandarin).

Donc, l'école, c'est sérieux. Il y a les écoles publiques (où il est fort difficile, voire impossible pour nous z'autres étrangers de rentrer, et ça tombe bien, dirons-nous) et les privées, qui ont un libre choix du cursus qu'elle souhaitent suivre (local, international, Montessori, etc ... avec toutes la variations possibles et imaginables). L'école obligatoire commence à 6 ans, avant ça, les parents sont libres de mettre leur enfant dans une structure qui s'apparente soit à une preschool (école "maternelle", en général une demi-journée) ou un daycare center (garderie/crèche aux horaires plus longs), et qui est pratiquement tout le temps privée (il semble que le MOE, Ministry of Education soit en train d'ouvrir des preschool publiques).

Voilà pour brosser un peu le tableau. 

Alors nous, on débarque avec nos idées déjà un peu renégates en ce qui concerne les apprentissages de nos enfants. Et quelques mois de homeschooling un peu sauvage en roue libre qui traînent derrière ... Une sacré expérience, un boulot énorme (quand on veut faire les choses bien). Du coup, les grands, on les a calés dans l'école la plus hippie (hippie, mais hipper-cher quand même ... mais c'est une autre histoire)qu'on a pu trouver. Hop, une bonne chose de faite.

Et MiniMan ? Il a terriblement d'aller à l'école. Et moi, j'ai terriblement envie de pouvoir mener quelques petits projets sans bambino dans les pattes tout le temps. Ces fameux experts de la relocation avaient une solution toute trouvée: "Tu visites des écoles près de chez toi, et hop, tu trouves celle qui te convient et à toi les mani-pédi et les Tai-tai party !". Euh ... Ça ne s'est pas vraiment passé comme ça, en vrai.

Il va sans dire que nos fameuses idées, elles ne collent pas tout à fait avec la philosophie du coin dans ce domaine. Je m'en doutais bien, évidemment, alors j'y suis allée mollo, j'ai fait des recherches avant de me déplacer. J'ai contacté et visité pas mal d'écoles, à chaque fois, j'ai été déçue.

Dans l'optique de préparer des excellents élèves pour le système singapourien (le fameux "school readiness"), on s'y prend tôt: dès 2 ou 3 ans, il y a des cours, des emplois du temps chronométrés, des programmes de stimulation intellectuelle (en plus de l'école). Tout est contrôlé, les petits doivent rester assis à regarder des flashcards, répéter des mots, chanter sur commande, jouer à ce qu'on leur dit de jouer, au moment prévu pour jouer.

Dans les programmes "artistiques", il s'agit de reproduire un dessin, au trait de crayon près, quand ce n'est pas la maîtresse qui le fait elle-même (facile à repérer: il n'y a pas de coulure de colle sur le papier). Les temps de sortie aussi sont mesurés, là se combine l'angoisse sécuritaire des Singapouriens: les enfants ne doivent pas grimper trop haut, courir trop vite, sauter trop loin, ils pourraient tomber.
Quand on visite beaucoup de ces écoles, point de spontanéité, de jeu libre, d'expérimentations de l'enfance, de constructions branlantes, les enfants sont des petits robots bien traités qui avancent jusque là où on leur dit d'avancer sans vraiment pouvoir interragir entre eux, ne remontent jamais le toboggan à l'envers, ânonnent les mots en mandarin avec un petit air absent et surtout écrivent beaucoup de worksheet et regardent beaucoup d'images (de loin).

J'ai eu beaucoup de mal à (m')expliquer ce que je voulais pour Manech. Pendant longtemps, je définissais ça en tant que "ce que je ne voulais pas" (ce qui n'est pas très positif, comme démarche, quand même). La simple vue d'un emploi du temps journalier avec plein de petites cases me fichait la nausée, mais je peinait à expliquer pourquoi je ne voulais pas ça pour lui.
On me disait "Oui, mais ils apprennent avec plaisir, ils sont demandeurs, les  maîtresses sont douces, ils adorent leur école !", et c'est vrai. Pas besoin de me convaincre que les enfants aiment apprendre, c'est dans mon credo aussi. Et je suis persuadée que si Manech allait dans une de ces écoles, il apprendrait plein de choses (compter en mandarin, les noms des animaux de la ferme ...), il ramènerait à la maison de superbes oeuvres d'art, colorierait à l'intérieur de gros chiffres creux, il aurait l'air bien content. 

Mais alors, qu'est ce qui me retient de l'y inscrire ? Pourquoi, au fond de moi, j'ai cette intuition que ce n'est pas bon pour lui ? Ce n'est pas la peur de le voir apprendre des millions de choses, au contraire ... Encore moins cette idée qu'il doive "profiter de la vie avant les choses sérieuses", ça, je n'y crois pas une seconde: les enfants ont soif d'apprendre, de travailler, de progresser (c'est d'ailleurs souvent nous les adultes, qui les en empêchons) ...

Et puis l'autre jour, en tombant sur cet article (désolé c'est en anglais) tout est devenu plus clair. En gros, ça dit que cette idée de pousser un enfant à un travail intellectuel plus précoce avec l'espoir que ça lui facilitera les choses plus tard est une erreur. Or, elles ont beau s'appeler "holistic", toutes ces écoles mettent énormément l'accent sur le travail intellectuel (et, dans une certaine mesure, languagier), au détriment des autres domaines de développement: émotionnel, physique et social. Et je ne parle même pas des besoins innés de l'enfants, tels que présentés dans la philosophie de Montessori (parce que tout le monde n'est pas forcément versé dans ses idées), qui sont le besoin de mouvement (grands et petits mouvements !), d'autonomie (contrôle de son environnement, liberté de faire ses propres choix), de stimulation sensorielle (alors là, c'est carrément le désert) ...

C'est une erreur, j'en suis persuadée aussi, parce qu'à ne pas vouloir respecter les "DAP" (Developmentally Appropriate Practices, en gros les Pratiques Éducatives Appropriées -au Dévelopment-), on essaie de gagner du temps en oubliant qu'une maison aux fondations posées à la va-vite ne tient jamais vraiment bien.

Parce que la petite enfance est une période importante en elle-même, qui ne devrait pas être employée à préparer les enfants pour la prochaine étape d'apprentissage. Le temps passé dans ces petites écoles à écrire des lignes de lettres sur commande, répéter des mots sur des flashcards, rester assis à écouter (anticiper les étapes ultérieures), ce n'est pas du temps de gagné. C'est du temps volé au développement des sens, de l'autonomie, de la construction de l'imaginaire, de l'expérimentation du monde qui nous entoure, de la possibilité de relations authentiques avec leurs pairs. Et ça finit toujours par manquer un jour ou l'autre, parce que c'est tellement important pour la construction d'une personne. Ce n'est pas simplement un choix dirigé vers une performance académique supérieure, c'est carrément contre-productif, parce que dans certaines situations on tente de combler les lacunes d'un système qui mise tout sur le travail académique, en proposant ... le même travail académique encore plus précocément !

Et pourtant ce système est présenté comme un des meilleurs, si ce n'est le meilleur du monde. Comment oser en douter ? Comment s'y retrouver ?

Aors j'ai beaucoup lu, et beaucoup écouté autour de moi, et aussi beaucoup réfléchi. J'ai fini par comprendre ce que je cherchais, et qui, malgré l'offre pléthorique de preschools à Singapour, est si difficile à trouver.
Je me suis demandée si je n'étais pas un peu difficile quand même. Est-ce parce que c'est mon petit dernier, que je veux lui offrir ce que je crois sincèrement être le mieux pour lui, sans compromis, parce que ces années sont si précieuses ?
Ou parce que depuis une dizaine d'année, j'ai eu le temps et le loisir d'observer les choses, ici et là, tester et faire le tri (on a testé 4 écoles maternelles dans 4 pays différents quand même, je pourrait lancer un banc d'essai !). Il y a eu des "petites pépites" (en Afrique du Sud, une école Montessori locale), des "bien sans plus" (justement, cette école Montessori à Singapour, en 2009), et des "plus-que-bof" (la maternelle à Shanghai).
Maintenant, je sais ce que je veux (en plus de ce que je ne veux pas !). Ça doit être ça, le début de la sagesse ...

J'ai aussi admis que l'école de mes rêves, je ne la trouverai pas à Singapour. Peut-être qu'un jour, quelque part, c'est moi qui la ferai sortir de terre pour d'autres petits enfants que les miens, qui sait ?

Et en attendant, il joue.

(et il s'auto-congratule, lui aussi ... ça doit être de famille !)

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28 mai 2017

Fêtes des mères, faites des mots

Chez nous (et presque partout ailleurs dans le monde) c'était il y a deux semaines. En France, il paraît que c'est ce dimanche. Voici une petite lettre qui m'a fait bien rire (et j'ai au passage découvert ce type, fort doué pour jouer des mots).

Et d'autres petits mots d'amour, moins habiles mais pas moins touchants. Les cartes de l'autre jour, revenues de l'école. En phonétique et en français pour Salomé (et aïe, l'orthographe, qui se dégrade nettement), en phonétique et en anglais pour Joseph (oui, pour décrypter, il faut avoir l'habitude).

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19 mai 2017

{this moment}

{this moment} - A Friday ritual. A single photo - no words - capturing a moment from the week. A simple, special, extraordinary moment. A moment I want to pause, savour and remember.

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16 mai 2017

1 an, 9 mois, 16 jours

Les jours filent, les bébés poussent. Manech, petit bonhomme, mon quotidien en tête-à-tête. Il est de tout et de tout le temps, il suit, il s'adapte. Et il grandit, silencieusement, vers sa deuxième année.

Je l'emmène maintenant à sa petite activité, la première qui lui soit exclusivement réservée: le playgroup Waldorf du lundi matin. Il nous faut une heure de bus pour nous y rendre, mais ça vaut le coup. Il connait les gens, les chansons, les petits copains et copines, même si je crois bien que j'aurai toujours du mal dans cette "ambiance playgroup", les parents qui se jaugent, les petites comparaisons, les petites réflexions crâneuses (oui, même chez Waldorf). Mais lui il n'entend pas tout ça et c'est très bien. Il tient maintenant la main de son voisin quand on fait la ronde du début, sait quand courir se laver les mains et arrive presque à se retenir de manger la pâte pas cuite du pain.

Oui, parce que chez Waldorf, on fait du pain, on coupe ensemble les fruits pour le goûter, complètement révolutionnaire pour le mode de vie de la plupart des Singapouriens (mais banal dans d'autres cultures). Encore une fois, Manech, il s'en fiche, il aime les chansons et les histoires , même si (ou justement parce que) c'est toutes les semaines la même. Et puis, à la maison, il traîne toujours dans mes pattes quand je fais la cuisine, sauf si un autre enfant veut bien jouer avec lui. 

Manech, à 22 mois, ne parle pas. J'aurai envie d'écrire "ne dis pas un mot", mais c'est pas complètement vrai. Il dit quelque chose qui ressemble à "au-revoir", qu'il décline depuis peu en "bye-bye". Il dit "mami", mais ça ne veut dire ni "Mummy", ni "Maman", ni "Mami" ... on ne sait pas ce que ça veut dire (le sait-il lui-même ?). Il babille, il chantouille, il gargouille (parfois des trucs très longs), sans queue ni tête. On essaie bien de le faire répéter, il a bien la musique du mot ... mais pas le mot !

Alors il parle avec les yeux. Dans le bus, il trouve toujours un voisin ou une voisine à qui faire des oeillades, et qui finit par craquer complètement. Un jour, lors de la visite d'une petite école, une des maîtresse lui a trouvé un surnom qui lui va comme un gant: auntie killer, ce qui se traduit en gros par "le tombeur de ces dames". Et c'est exactement ça: quand il sourit, elles tombent comme des mouches ... 

Quand il veut quelque chose, il vous prend doucement la main et vous emmène, vers une porte à ouvrir, un jouet à sortir, une poussette pour se balader. Dans son côté obscur ou quand ça va plus, il crie (ça, finalement, ça nous fait regretter quand il vient nous prendre la main !). Il a l'oreille partout, rien ne lui échappe, alors on commence à épeler certains mots...

Alors oui, il parlera quand son heure sera venue, mais ya quand même des jours où c'est pas facile de communiquer avec des onomatopées (et des cris !)... alors je me suis rappelée de cette "mode" (est-ce une mode ?) du language des signes utilisée pour les bambins. Pour Augustine, on avait à peine essayé (et puis oublié: quel intérêt quand on sait parler avec des mots ?). Il se trouve que Manech, les mimes, les signes, c'est son truc, je le vois bien dans les chansons de gestes, qu'il adore ... Alors j'ai dégoté un petit dictionnaire d'ASL (American Sign Language) et mis ça en oeuvre. Et il apprend très vite: manger, boire, fatiguévoiture, oiseau, avion, pour le moment, il les utilise de façon toute à fait appropriée et maintenant, c'est moi qui galère un peu à suivre en fait (penser à apporter de nouveaux mots, continuer la pratique). C'est chouette, comme progrès, et encore plus de me dire que ça répond à un vrai besoin, sans faire partie d'un "package maternage" comme j'ai eu l'impression il y a quelques années. On verra bien ce que ça donnera.

Il a récupéré il y a quelques semaine la chaise haute de sa plus grande grande soeur, ce qui lui permet maintenant de grimper à table tout seul ... et d'en descendre (argh ! pendant les repas !). C'est un bon mangeur qui aime tout. Après des mois de petits pots (parce que c'était tellement pratique !), il mange maintenant comme nous, de bout en bout (sauf pour un biberon, le soir). Il teste le maniement de la cuillère (sauf les jours de semoule, de quinoa ou de grosse fatigue parentale).

Un autre truc qu'il fait comme nous ... c'est de dormir la nuit (presque tout le temps) complète ! Dans notre nouvelle maison, il partage la chambre de son frère, toujours avec son lit de camping parce que le prochain, ce sera un lit de grand dans quelques mois. Il lui arrive de faire des cauchemars, ou alors il digère pas bien et se réveille parfois la nuit. Des fois-même, il termine la nuit avec nous ... mais voilà, pour moi, c'est un bébé qui fait ses nuits, bonheur ultime !

Il court aussi vite et bien, de cette curieuse façon dont courent les tout-petits, sans plier les jambes. Il se casse la figure, souvent (mais pleure peu, finalement). Il grimpe, il glisse, il se balance. Il apprivoise tranquillement la petite trottinette et lorgne sur les vélos des grands. Il adore la piscine et les jeux d'eau, évidemment. On commence les petits exercices de mettre la tête sous l'eau, souffler les bulles, sauter, s'accrocher au bord, les mêmes petits exercices que faisaient les filles dans la piscine de Gaylene, en Afrique du Sud. 

Avec la reprise de l'école des grands, il commence un peu à avoir sa petite vie, des petites aventures à lui, ses copains, ses moments. Mais tous les jours vers quatre heure, c'est l'heure des retrouvailles, des jeux ensemble. Quand les grands font leur "service" (mettre la table, débarasser), il est là aussi, il porte ici une assiette, là un dessous-de-plat. Il aime bien "faire partie" des choses. Il prend souvent sa douche avec l'un de ses frère ou soeurs (et ça c'est cool pour moi !), il a un petit pot, mais ne reste pas dessus (normal, quoi ...). Il grandit, un peu tout les jours. 

J'ai cherché pour lui une école, où le seul emploi du temps qu'on lui proposerait serait deux ou trois heures de jeux libre (vraiment libre) sans interruption, sans circle time, sans goûter à une heure imposée, sans sessions d'activité où il devrait s'asseoir sur une chaise sans bouger. Évidemment, à Singapour, cela n'existe pas. Je continue à chercher.

 Au playground du condo, il se dégourdit ...

 

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12 mai 2017

Dîner en blanc (très très "maison")

Je ne sais pas si le concept de Dîner en Blanc est très connu (en France métropolitaine). J'en avais entendu parler il y a quelques années, je ne sais plus trop comment et j'avais surtout lu les mésaventures du comité d'organisation de celui de Singapour en 2012, après un retentissant impair de communication diplomatico-gastronomique (lire ici et ). Pour faire simple, un Dîner en Blanc, c'est un repas/pic-nic organisé dans un lieu public où l'on amène de la nourriture "fine" et on dîne dans une ambiance très chic (voire posh). On peut se casser la tête à cuisiner des trucs de malade ou parfois acheter un panier tout prêt, et c'est sponsorisé (évidemment) par une marque de champagne. Il va sans dire que ne va pas au Dîner en Blanc qui veut: on est sélectionné par cooptation, le lieu est tenu secret jusqu'au dernier moment.

Le truc parfait pour entretenir à l'étranger l'image de la France et des Français, summum de l'élégance et du raffinement, cher et exclusif jusque dans le pic nic.

Bon, alors ... voilà, en vrai, chez nous c'est plutôt les miettes sous la table, les enfants grognons, le repas préparé avec un bambin hurlant dans les jambes de la cuisinière, les disputes pour savoir qui aura le gobelet orange, les bricolages de dernière minute parce que damned, il manque un ingrédient. Vis ma (vraie) vie de Française, sans plat de service, sans nappe, sans chandelle sur la table (à cause du ventilateur aussi).

Et puis, l'autre jour, j'ai posé les trois casseroles sur la table et là ... révélation ! La version "maison" du Dîner en Blanc, totalement impromptue, mais rigolote ! Si j'avais su, j'aurait au moins mis tout ça dans les plats avant de prendre la photo, mais bon, hein, c'était un soir de semaine ...

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Il y avait donc un curry de barramundi, accompagné de riz et de chou-fleur. Même en ayant voulu cuisiner en blanc, je n'aurai pas pu arriver à un résultat aussi immaculé (si ce n'étaient les pois chiches et les épinards). En vrai, dans le Diner en Blanc (le snobinard, pas le nôtre), les plats n'ont pas l'obligation d'être blancs (juste les vêtements et la nappe), mais depuis cette époque, j'ai abandonné les pyjamas blancs ...

Et comme le curry de poisson était un vrai délice et vraiment simple à faire, je partage la recette trouvée ici. C'est tout simplement un poisson poché sur une base de curry au lait de coco, une variation aux accents Thai (ne pas avoir peur des épices ! le lait de coco adoucit bien).

 

Curry de barramundi au lait de coco, épinards et pois chiches

Ingrédients: 

* 125 mL de bouillon de poulet (mais poisson ça doit le faire aussi ?)

* 1 cuillère à soupe de sauce de poisson (nuoc mam)

* 1 cuillère à café de sucre brun (ne pas faire l'impasse ! C'est important pour l'équilibre des saveurs !)

* 650g de filets de barramundi, coupés en gros morceaux (un autre poisson blanc doit aussi faire l'affaire)

* 1 boite de 400g de pois chiches, égouttés et rincés

* 70g de petites feuilles d'épinards (j'en ai mis plus,je crois bien)

* feuilles de coriandre fraîches et rondelles de citron pour servir

 

Pour la pâte de curry: 

* 1 morceau de piment long rouge, sans les graines (je n'en n'ai pas mis pour que tout les plus petits puissent en manger)

* 1 baton de citronnelle (la partie blanche), haché finement

* 1 échalotte hachée finement

* 1 gousse d'ail

* 2 cuillères à café de gingembre en poudre (j'ai mis un petit morceau de gingembre frais, haché finement)

* 2 cuillères à café de poudre de coriandre

* 250 mL de lait de coco

 

Pour préparer la pâte de curry, mettre le piment, la citronnelle, l'échalotte, l'ail, le gingembre, la coriandre et le lait de coco dans un hachoir électrique et mixer jusqu'à la formation d'une pate lisse. Sans robot, j'ai écrasé les épices à l'huile de coude dans un mortier puis j'ai rajouté le lait de coco.

Faire chauffer la pâte de curry dans un wok (ou une sauteuse) pendant 1 à 2 minutes (ou jusqu'à ce qu'il devienne "aromatic"). Ajouter la sauce de poisson, le bouillon et le sucre et faire cuire encore quelques minutes.

Ajouter le poisson et faire cuire 3 à 4 minutes, jusqu'à ce que la chair se détache facilement à la fourchette. Ajouter les pois chiches et les épinards et cuire encore 1 à 2 minutes. 

Servir.

Selamat makan !

Posté par Annelleme à 14:11 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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